9. Hip-hop et citoyenneté rebelle
Jeunes Bboys dakarois ou comment être « artistes-députés »
- Par Abdoulaye Niang
Pages 327 à 355
Citer ce chapitre
- NIANG, Abdoulaye,
- DIOUF, Mamadou
- et FREDERICKS, Rosalind,
- Niang, Abdoulaye.
- Niang, A.
- M. Diouf
- et R. Fredericks
https://doi.org/10.3917/kart.diouf.2013.01.0327
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- Niang, A.
- M. Diouf
- et R. Fredericks
- Niang, Abdoulaye.
- NIANG, Abdoulaye,
- DIOUF, Mamadou
- et FREDERICKS, Rosalind,
https://doi.org/10.3917/kart.diouf.2013.01.0327
Notes
-
[1]
Abdoulaye Niang, Intégration sociale et insertion socioprofessionnelle des jeunes Bboys par le mouvement hip-hop à Dakar, thèse de doctorat, Université Gaston Berger de Saint-Louis, 2010, pp. 445-455.
-
[2]
B-boys ou Bboys : pratiquants ou, plus généralement, fans de hip-hop ; de même, b-boying est synonyme de danse hip-hop.
-
[3]
Le masla est un évitement des conflits, une attitude de négociation très développée au Sénégal. Mais le masla est de plus en plus critiqué, en étant vu comme un encouragement du laisser-aller ambiant.
-
[4]
Le rap regroupe normalement le MCing ou emceeing (MC = Master of Ceremony) et le DJing (DJ = disc-jockey). Ici, lorsque je parle de rap, je fais spécialement référence au MCing.
-
[5]
Sakré Corruption, un album qui dénonce la corruption, est une compilation qui a reçu le soutien d’ONG telles que le Forum Civil : Sakré Corruption, Daara J Family et al., CD audio, Dakar, Bois Sakré Records Studio/Forum Civil, 16 décembre 2008 (pochette : voir fig. 5).
-
[6]
Dans la danse hip-hop, on retrouve plusieurs styles classés en deux grands groupes : la danse au sol (Break Dance) et la danse debout dite Top Dance.
-
[7]
Abdoulaye Niang, op. cit., p. 55-58 ; « Hip-hop culture in Dakar, Sénégal », Pam Nilan et Carles Feixa (sous la direction de), Global youth ? : Hybrid Identities, Plural Worlds, Londres et New York, Routledge, 2006, p. 167-168 ; et Étude interdisciplinaire du rap à Dakar à travers une approche de la complexité : entre mouvement social et groupe primaire, mémoire de maîtrise, Université Gaston Berger de Saint-Louis et African Studies Centre de Leiden (Pays-Bas), 2001, p. 131-136.
-
[8]
Nada Abshir, « Confronting invisibility : Youth & hip-hop in Dakar », Master of Arts in International Affairs, New York, The New School, 2006, p. 15.
-
[9]
Sophie Moulard-Kouka, « Le rap à Dakar. Approche sociolinguistique du langage hip-hop au Sénégal », Dominique Caubet, Jacqueline Billiez et al. (sous la direction de), Parlers jeunes, ici et là-bas. Pratiques et représentations, Paris, L’Harmattan (Espaces discursifs), 2004, p. 111-126 ; Roland Kiessling et Maarten Mous, « Urban Youth Languages in Africa », Anthropological Linguistics, vol. 46, n° 3, 2004, p. 15 ; Michelle Bento, Margaret Auzanneau et Vincent Fayolle, « De la diversité lexicale dans le rap au Gabon et au Sénégal », La linguistique, vol. 38, n° 1, 2002, p. 69-98.
-
[10]
Voir par exemple, Daniel Künzler, « Hip-hop movements in Mali and Burkina Faso. The local Adaptation of a Global Culture », Paper presented at the xvi International Sociological Association World Congress of Sociology, Durban, USA, 2006 et Meaghan C. Dunn, “Ça va pas, mais ça va changer. Guinean hip-hop : A Postcolonial History”, Master Thesis on International Development Studies, University of Amsterdam, 2006.
-
[11]
Assane Seck, cité dans Louis-Jean Calvet, Les voix de la ville. Introduction à la sociolinguistique urbaine, Paris, Payot et Rivages, 1994, p. 171.
-
[12]
Douglas Hartmann et Joseph Gerteis, « Dealing with Diversity : Mapping Multiculturalism in Sociological Terms », Sociological Theory, vol. 23, n° 2, 2005, p. 218-240, p. 224.
-
[13]
« Villes et problèmes urbains », Programme du concours externe de l’agrégation de sciences économiques et sociales session 2001, note du 10 mai 2000 du ministère de l’éducation nationale, Boen spécial n° 4, 18 mai 2000.
-
[14]
Karl M. Van Meter (sous la direction de), La sociologie, Paris, Larousse, 1992, p. 320.
-
[15]
Nancy Kleniewski, Cities, Change, and Conflict. A Political Economy of Urban Life, Belmont, Wadworth Thomson Learning, 2002, p. 171-264.
-
[16]
La géographie dite « nouvelle » a été élaborée en s’appuyant à la fois sur l’école sociologique de Chicago, connue pour ses recherches sur la sociologie urbaine, et l’école d’Iéna, axée sur la modélisation économique. Voir Antoine Bailly, « La nouvelle géographie », Sciences humaines, n° 42, 1994, p. 50-53.
-
[17]
Raymond Ledrut, Sociologie urbaine, Paris, Puf, 1979.
-
[18]
Alfred I. Ndiaye et al., Rapport sur l’insertion des jeunes sénégalais dans le monde du travail (secteur formel et informel) : expériences et perspectives, Dakar, Conseil économique et social/Observatoire économique et social, 2000, p. II.
-
[19]
Agence nationale de la statistique et de la démographie, « Situation économique et sociale de la région de Dakar. Année 2006 », Dakar, Ansd, 2007.
-
[20]
Robert Castel et al., Sciences économiques et sociales, Paris, Hatier, 1995, p. 261.
-
[21]
Ibid.
-
[22]
Marc-André Deniger, « Crise de la jeunesse et transformations des politiques sociales en contexte de mutation structurale », Sociologie et Sociétés, vol. 28, n° 1, 1996, p. 73-88 ; et Madeleine Gauthier, « Précaires un jour… ? : ou quelques questions à propos de l’avenir des jeunes contemporains », Sociologie et Sociétés, vol. 28, n° 1, 1996, p. 135-146.
-
[23]
Marc Molgat, « De l’intégration à l’insertion. Quelle direction pour la sociologie de la jeunesse au Québec ? », Madeleine Gauthier et Jean-François Guillaume (sous la direction de), Définir la jeunesse ? D’un bout à l’autre du monde, Laval, Presses universitaires de Laval/Éditions de l’Iqrc (Culture et Société), 1999, p. 77-93, p. 89.
-
[24]
Ledrut, op. cit., p. 191.
-
[25]
Loïc Lafargue de Grangeneuve, Politique du hip-hop. Action publique et cultures urbaines, Toulouse, Presses universitaires du Mirail (Socio-logiques), 2008.
-
[26]
Patricia Loncle, « Les jeunes et les villes : continuités et renouvellement des politiques locales », Lien social et Politiques, n° 43, 2000, p. 121-132, p. 121.
-
[27]
Emmet G. Price, Hip-hop Culture, Santa Barbara, Abc-Clio, 2007, p. 6-7.
-
[28]
Graffitis peu élaborés sur le plan artistique.
-
[29]
Graffitis gratifiés d’une valeur artistique plus élevée.
-
[30]
Mamadou Diouf, « Engaging Postcolonial Cultures : African Youth and Public Space », African Studies Review, vol. 46, n° 2, 2003, p. 1-12, p. 2.
-
[31]
Marc Sommers, « Urban Youth in Africa », Environment & Urbanization, vol. 22, p. 2, 2010, p. 317-332, p. 322-323 ; Mamadou Ndongo Dimé, « Galérer, bricoler, partager, contester et rêver : figures de la précarité juvénile à Dakar », Yao Assogba (sous la direction de), Regard sur… la jeunesse en Afrique subsaharienne, Laval, Presses universitaires de Laval/Éditions de l’Iqrc (Regards sur la jeunesse du monde), 2007, p. 123-126 ; Deniger, op. cit.
-
[32]
Sofia Laine, « Contestatory Performative Acts in Transnational Political Meetings », SocietiesWithout Borders, vol. 4, 2009, p. 398-429, p. 398-402.
-
[33]
Alain Touraine, Pour la sociologie, Paris, Seuil, 1992, p. 202.
-
[34]
Jacques Hamel, « Le droit de cité des jeunes en sociologie », Sociologie et Sociétés, vol. 28, n° 1, 1996, p. 3-12, p. 9.
-
[35]
Touraine, op. cit., p. 204.
-
[36]
Maxi Krezy, « Music », album Lux Mea Lex, CD audio, Dakar, Music Solution, 2008.
-
[37]
Maxi Krezy, album cité.
-
[38]
« Un “samba-linguère”, au temps de l’épopée, ne fuyait pas devant l’ennemi ; lorsque les griots chantaient sa louange, il se dépouillait de ses biens et les leur donnait ; il avait de l’honneur une haute idée et exécutait quiconque lui faisait grande offense ; de nos jours, il connaît son devoir et le remplit en toute circonstance. » [note : « En résumé, un “samba-linguère” est un Noble dans le sens que ce mot avait en France avant 1789, car il y a eu au Sénégal, une aristocratie avant l’arrivée des Français. »] Ousmane Socé, Karim, roman sénégalais, Paris, Nouvelles Éditions latines, 1948, p. 23.
-
[39]
Christian Béthune, Le rap, une esthétique hors la loi, Paris, Autrement, 1999.
-
[40]
« Sou mey rap ngani dafa melni sa life laay tari […] la rime est parée pour le peuple quand nos vies se marient […] melni ñooy dunda no lu bari, bokk lu ñu naqari. ». Dakar All Stars, « Sou Mey Rap », Dakar All Stars, CD audio, Dakar, Dakar All Stars, 2004.
-
[41]
« Derrière l’autoroute », une expression usitée pour marquer la marginalisation de la banlieue.
-
[42]
Blee GI Joe, « Ganaw autoroute », Dakar 2000, cassette audio, Dakar, Optimiste Production, 2000.
-
[43]
« C’est l’argent qui fait marcher le monde et tous l’ont compris maintenant ». Rap’Adio, « Dund Gu Dee Geun », Ku weet xam sa bopp, cassette audio, Dakar, Fitna Produktion, 1998.
-
[44]
Sonn peut signifier être physiquement fatigué mais, dans le langage des jeunes, il fait aussi référence, de manière imagée, à quelqu’un qui est désargenté (voir en français le même double sens de « lessivé »). C’est une liaison claire entre le bien-être économique et l’état moral. Mais cela pourrait également être perçu, surtout au vu de la mise en scène du clip, comme une dénonciation des conséquences de la pauvreté (être fatigué par les autres) dans une société devenue très matérialiste. Matador, « Sonn Boy », Xippil xool, Dakar, 2007.
-
[45]
Rap’Attack, « Niakk », Xel ak xalat, cassette audio, Dakar, Rap’Attack-Youkoungkoung Prod., 2006.
-
[46]
Boubacar Ly, « Processus de rationalisation et changement des valeurs sociales au Sénégal », Revue sénégalaise de sociologie, n° 1, 1996, p. 21-59, p. 41.
-
[47]
Ibid., p. 44.
-
[48]
Ibid., p. 46.
-
[49]
Touraine, op. cit., p. 204.
-
[50]
Contraction de « politicien » et de « chien ». Cette expression a été popularisée à travers l’album éponyme paru en 2000. Compilation Politichien, cassette audio, Dakar Fitna Produktion, 2000.
-
[51]
Didier Awadi (feat. Mutulu, Bouba Kirikou et Malcolm X), « The roots », Présidents d’Afrique, CD audio, Paris, Sony-ATV Music Publishing France, 2010 ; clip vidéo mis en ligne le 23 mai 2010 sur le site YouTube [www.youtube.com/watch?v=YX_de3kW3ck, consulté le 12 novembre 2012].
-
[52]
Hot Rebel, « Gal gua ngui diik » (« la pirogue, c’est-à-dire le Sénégal, est en train de sombrer »), 4 all my Africans, yewoulene, CD audio, Soul Fire, 2008 ; Daara J Family, « Sobadola », Sakré Corruption, op. cit.
-
[53]
Pour les formations politiques rebaptisées, se référer à Keur Gui,« 2e mi-temps », Këne bougoul, cassette audio, Dakar, Sam Business Center, 2002. À propos de la trilogie « paa bi, doom ji, soxna si », elle est faite par Pato pour dire que le pouvoir est accaparé par le président Wade (« paa bi »), son fils (« doom ji ») et sa femme (« soxna si »). Pato, « Papa Noël », Sakré Corruption, op. cit. ; clip vidéo mis en ligne sur YouTube le 12 mars 2007 [www.youtube.com/watch?v=aSBzgLCSf-M, consulté le 12 novembre 2012], rééd. « Père Noël remix 2009 », mis en ligne le 29 octobre 2010 sur Dailymotion [www.dailymotion.com/video/xffqfv_pato-senegal_music, consulté le 12 novembre 2012].
-
[54]
Niang, op. cit., 2010b, p. 227-237.
-
[55]
Skadron 113, « Stop the corruption », Sakré Corruption, op. cit.
-
[56]
Op. cit.
-
[57]
Niang, op. cit., 2010b, p. 393-394.
-
[58]
La prison de Rebeuss dite « 100 m », la plus connue de Dakar et du pays.
-
[59]
Le magistrat représenté sous forme de marionnette manipulée en échange de l’argent qu’il reçoit.
-
[60]
L’expression « Baadola moo sone ! » signifie que les gens des classes défavorisés sont tellement fatigués, tellement exposés !
-
[61]
Les termes « noce » et « alternance » sont contractés, afin de suggérer que les acteurs politiques de cette alternance font la noce au détriment de ceux qui les ont élus, les hommes et femmes du peuple.
-
[62]
Pato, op. cit.
-
[63]
Voir note 3.
-
[64]
« Sénégalais yi dofu ñu xam na ñu dëgg ak ay politique ». Flamm J, compilation Brassards rouges, censurée.
-
[65]
Béthune, op. cit.
-
[66]
On parle de « transhumance politique » avec des politiciens qui s’arrangent toujours à être du camp des gagnants.
-
[67]
Keur Gui, « Ici ça pue », Sakré Corruption, op. cit.
-
[68]
Abdoulaye Niang, « Hip-hop, musique et islam : le rap prédicateur au Sénégal », Cahiers de recherche sociologique, n° 49, 2010, p. 63-94.
-
[69]
Sommers, op. cit., p. 323, 328.
-
[70]
Howard S. Becker, Outsiders. Étude de sociologie de la déviance, Paris, Métailié, 1985.
-
[71]
Initié par Keur Gui Crew, le mouvement « Y en a marre » a été rejoint par d’autres Bboys/posses tels que Flamm-J, Simon et Fou Malade. Il est devenu largement reconnu sur le plan national et international – au point que ses leaders sont visités par des officiels comme Hillary Clinton et invités dans des rencontres citoyennes en Occident.
-
[72]
Ils ont été convoqués par la police à Rufisque, leur matériel de sonorisation a été confisqué ; certains ont été interpelés plus tard par la police centrale, voire battus tel Simon.
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[73]
Ils ont refusé d’être rejoints par ceux-ci lors de leur sit-in du 19 mars 2011 marquant le 11e anniversaire de l’alternance politique, place de l’Obélisque. Ce mouvement a initié un ensemble d’actions largement suivies (sit-in, marches, etc.). Néanmoins, plus récemment, dans l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle en mars 2012, ils ont été plus proches de Macky Sall tout en réaffirmant leur rôle de « sentinelle ».
Depuis son arrivée remarquée au Sénégal au milieu des années 1980, la culture hip-hop s’est solidement installée sur la scène artistique nationale, notamment à Dakar qui compte au bas mot des milliers de pratiquants. Cette présence est en train de renforcer la citoyenneté et la confiance que les jeunes ont en eux-mêmes, de manière à la fois symbolique et dans la réalité, au sein d’un environnement culturel qui exige l’obéissance due par le cadet à l’ainé, telle que l’exprime l’éloquente formule « ndaw topp mag » (« les jeunes obéissent aux adultes »). Les jeunes Bboys, qui se définissent eux-mêmes comme les « députés du peuple », s’efforcent de mettre à profit cette popularité croissante pour renforcer leurs marges d’action dans le jeu social. Leur posture favorite consiste à se dresser contre tout ce qu’ils considèrent comme une menace (corruption, excès de masla, oppositions entre confréries religieuses, injustice, etc.) ou une attaque contre les laissés-pour-compte, y compris eux-mêmes.
Mon but est de montrer, à travers l’étude du rap et des graffitis, comment les Bboys dakarois pointent du doigt, de manière inédite, les tabous et s’opposent aux dominants, suivant le credo d’une « mission » de sauvegarde et de protection à remplir. Que ce soit seuls ou de concert avec d’autres acteurs de la société civile, via les « graffitis à thèmes » ou les « bombes lyriques », les Bboys abordent avec un regard très critique différentes questions d’ordre politique, social et religieux qui affectent le vécu des Sénégalais…
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