Rosenthal et l’art social
- Par Catherine Méneux
Pages 121 à 132
Citer ce chapitre
- MÉNEUX, Catherine,
- CHAMBARLHAC, Vincent,
- HOHL, Thierry
- et TILLIER, Bertrand,
- Méneux, Catherine.
- Méneux, C.
- V. Chambarlhac,
- T. Hohl
- et B. Tillier
https://doi.org/10.3917/herm.hohl.2014.01.0121
Citer ce chapitre
- Méneux, C.
- V. Chambarlhac,
- T. Hohl
- et B. Tillier
- Méneux, Catherine.
- MÉNEUX, Catherine,
- CHAMBARLHAC, Vincent,
- HOHL, Thierry
- et TILLIER, Bertrand,
https://doi.org/10.3917/herm.hohl.2014.01.0121
Notes
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[1]
Passini Michela, « Art et société : enjeu politique et démarche historienne chez Léon Rosenthal » dans Mcwilliam Neil, Méneux Catherine, Ramos Julie [dir.], L’art social en France, de la Révolution à la Grande Guerre, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Arts et Sociétés », 2014 (à paraître).
-
[2]
Mcwilliam Neil, Rêves de bonheur. L’art social et la gauche française (1830-1850), Dijon, Les Presses du réel, 2007.
-
[3]
Proudhon Pierre-Joseph, Du principe de l’art et de sa destination sociale, Paris, Garnier frères, 1865, rééd. Dijon, Les Presses du réel, 2002.
-
[4]
Rosenthal Léon, « Les Destinées de l’art social d’après P.-J. Proudhon », Revue internationale de sociologie, 1894, t. II, p. 689-703, repris dans Les Destinées de l’art social d’après P.-J. Proudhon, Paris, V. Giard et E. Brière, 1894.
-
[5]
Zola Émile, « Proudhon et Courbet », Le Salut public, 26 juillet et 31 août 1865, repris dans Écrits sur l’art, Leduc-Adine Jean-Pierre [dir.], Paris, Gallimard, 1991, p. 41-54.
-
[6]
Sur Roger Marx, voir : Méneux Catherine [dir.], cat. exp. Roger Marx, un critique aux côtés de Gallé, Monet, Rodin, Gauguin…, Ville de Nancy, éditions Artlys, 2006 ; Regards de critiques d’art. Autour de Roger Marx (1859-1913). Postface de Pierre Vaisse, Rennes, Presses universitaires de Rennes/Institut national d’histoire de l’art, 2008 ; « L’art social au tournant du siècle », dans Arts & Sociétés, Centre d’Histoire de Sciences Po, lettre électronique du séminaire du 21 septembre 2006, sous la dir. de L. Bertrand Dorléac ; Roger Marx (1859-1913), critique d’art, thèse de doctorat, Université Paris IV-Sorbonne, soutenue le 13 décembre 2007.
-
[7]
Député radical (1897-1907), puis sénateur (1907-1920) de la Haute-Saône, Couyba est ministre du Commerce et de l’Industrie (1911-1912) et ministre du Travail et de la Prévoyance sociale (1914).
-
[8]
Marx Roger, « De l’art social et de la nécessité d’en assurer le progrès par une exposition », Idées modernes, 1re année, n° 1, janvier 1909, p. 46-57, repris avec de nombreuses variantes dans L’Art social, préf. Anatole France, Paris, Bibliothèque Charpentier, Eugène Fasquelle éditeur, 1913, p. 49-67 ; « L’Art décoratif s’atrophie en France. Pour le vivifier, il faut faire une exposition internationale des arts décoratifs à Paris », Le Matin, 27 février 1909, p. 1.
-
[9]
Rancière Jacques, Aisthesis. Scènes du régime esthétique de l’art, Paris, Éditions Galilée, 2011, p. 163.
-
[10]
Rosenthal Léon, « Au Salon d’Automne », L’Art à l’école, n° 3, septembre-octobre 1908, p. 9-10.
-
[11]
Contrairement à Rosenthal, Roger Marx n’utilise la catégorie « art social » que de façon ponctuelle dans ses comptes rendus de Salons, à partir de 1910 ; en décembre 1910, il valorise exceptionnellement ce syntagme en l’adoptant dans le titre de son article « L’Art social à l’Exposition de Bruxelles » (Gazette des Beaux-Arts, décembre 1910, p. 481-490). Ce n’est qu’en 1912 qu’il use de l’expression « art social » comme sous-titre à l’un de ses comptes rendus de Salons pour commenter les projets d’architecture et les ensembles décoratifs (« Le Vernissage du Salon d’Automne », La Chronique des arts et de la curiosité, 5 octobre 1912, p. 247-251).
-
[12]
Alexandre Charpentier, Prolétaires de tous les pays unissez-vous, 1904, médaillon uniface en bronze, 22,3 cm.
-
[13]
Rosenthal Léon, « Chronique de l’art social. Les Salons de 1910 (I) », l’Humanité, 6 mai 1910, p. 1-2.
-
[14]
Rosenthal Léon, « Chronique de l’art social. Les Salons de 1910 (II) », l’Humanité, 15 mai 1910, p. 1-2.
-
[15]
Couyba Charles, Les Beaux-Arts et la nation, Paris, Hachette, 1908.
-
[16]
En 1909, Roger Marx avait défini l’art social comme suit : « Quand un art se mêle intimement à l’existence de l’individu et de la collectivité, la désignation « d’art social » est seule pour lui convenir ; on ne saurait limiter à une classe le bénéfice de ses inventions ; il se dédie libéralement à tous, sans distinction de rang ou de caste ; c’est l’art du foyer et de la cité-jardin, l’art du château et de l’école, l’art du bijou précieux et de l’humble poterie populaire ; c’est aussi l’art du sol, de la race et de la nation » (Marx Roger, « De l’art social et de la nécessité d’en assurer le progrès par une exposition », op. cit., p. 47).
-
[17]
En 1907-1908, Couyba déclarait : « Il doit y avoir un budget des Beaux-Arts s’il profite à la démocratie. C’est à la mise en œuvre de cette condition, trop imparfaitement réalisée jusqu’ici, que doivent concourir tous les efforts éclairés. Et, dans ce sens, il y a fort à faire, car un attentif examen de l’organisation actuelle des beaux-arts dans l’État fait connaître que, loin de servir intégralement les intérêts moraux de la collectivité qui l’alimente, ledit budget crée des privilèges dont profitent seules certaines classes de la société française ». (Couyba Charles, Les Beaux-Arts et la nation, op. cit., p. 16).
-
[18]
« Sans passion, sans compréhension, les artistes sont des rhéteurs et des rhéteurs isolés et, parmi cette dispersion dissolvante, l’État manque à la tâche qu’il pourrait assumer. Telles sont les réflexions générales qu’inspire à un socialiste la vue des Salons » (Rosenthal Léon, « Chronique de l’art social. Les Salons de 1910 (I) », l’Humanité, 6 mai 1910). Plus libéral que ses aînés, Rosenthal se prononce par exemple pour l’entrée « dans la voie commerciale » de la manufacture de Sèvres (« L’Actualité artistique. La crise de la Manufacture de Sèvres », l’Humanité, 16 juin 1914, p. 4).
-
[19]
Rosenthal Léon, « Chronique de l’art social. Le Salon des Indépendants », l’Humanité, 25 avril 1911, p. 2.
-
[20]
Rosenthal Léon, « Les Salons de 1912 », Gazette des Beaux-Arts, mai 1912, p. 358.
-
[21]
Rosenthal Léon, « Chronique de l’art social. Les Salons de 1910 (III) », l’Humanité, 17 mai 1910, p. 2.
-
[22]
« L’œuvre vers laquelle je veux vous conduire, celle devant laquelle nous nous arrêterons, le morceau qui domine toute l’exposition, c’est le monument mâle, héroïque et simple, que M. Bouchard a élevé aux victimes du dirigeable République. […] Il n’est pas possible d’arriver avec moins d’effort à un effet plus saisissant. C’est de la grande, de la sublime sculpture, parfaite pour les yeux, émouvante à nos cœurs ». (Rosenthal Léon, « Chronique de l’art social. Les Salons de 1910 (III) », l’Humanité, 17 mai 1910, p. 2).
-
[23]
Sur ce point, voir la contribution de Rossella Froissart dans le présent volume.
-
[24]
Les textes évoqués sont reproduits dans Sandoz G.-Roger et Guiffrey Jean, Exposition française. Art décoratif Copenhague 1909. Rapport Général précédé d’une Étude sur les Arts Appliqués et Industries d’Art aux Expositions, Paris, Comité français des expositions à l’étranger, s.d. [1912].
-
[25]
Roblin L.-H., Rapport fait au nom de la Commission du commerce et de l’industrie chargée d’examiner la proposition de loi tendant à organiser en 1915, à Paris une Exposition internationale des arts décoratifs modernes, Paris, impr. de la Chambre des députés, 1912.
-
[26]
Rosenthal Léon, « Chronique de l’art social. Un Projet d’Exposition », l’Humanité, 1912, 26, 29 août, p. 2 ; 3 septembre, p. 2 ; 3 octobre, p. 2.
-
[27]
Laborde Léon de, De l’union des arts et de l’industrie, Paris, impr. impériale, 1856.
-
[28]
Rosenthal Léon, « Chronique de l’art social », l’Humanité, 29 août 1912, p. 2.
-
[29]
Carabin François-Rupert, Rapport présenté au nom de la délégation envoyée par le Conseil municipal de Paris au 2e Congrès de l’Union provinciale des artisans d’art, à Munich, 1908, cité dans Roblin L.-H., Rapport fait au nom de la Commission du commerce…, op. cit., p. 50.
-
[30]
Rosenthal Léon, « Chronique de l’art social. Un Projet d’Exposition », l’Humanité, 3 octobre 1912, p. 2.
-
[31]
Roblin L.-H., Rapport fait au nom de la Commission du commerce…, op. cit., p. 87.
-
[32]
Rosenthal Léon, « Chronique de l’art social- Un Projet d’Exposition », l’Humanité, 3 octobre 1912.
-
[33]
Marx Roger, L’Art social, Paris, E. Fasquelle, 1913. L’introduction est reprise dans « L’Art Social », Art et Industrie, janvier 1913, fascicules 1, 2 et 3, non paginé.
-
[34]
Rosenthal Léon, « L’Actualité artistique. L’Art social d’après un livre récent », l’Humanité, 11 février 1913, p. 4.
-
[35]
Rosenthal Léon, « L’Actualité artistique. L’Art social d’après deux expositions », l’Humanité, 25 février 1913, p. 4.
-
[36]
Rosenthal Léon, « L’Actualité artistique. L’Art social d’après deux expositions », l’Humanité, 25 février 1913, p. 4. Voir également : « L’exposition internationale d’Arts décoratifs », l’Humanité, 9 juin 1913, p. 2.
-
[37]
Chapsal Fernand, Rapport à M. le Ministre du commerce, de l’industrie, des postes et des télégraphes, [s. n. ?], 1913. Ce rapport condense les travaux de la commission « chargée d’étudier dans quelles conditions pourrait être organisée une Exposition internationale des Arts décoratifs modernes, à Paris, en 1916 », qui s’est réunie entre le 6 août 1912 et le 23 mai 1913.
-
[38]
Rosenthal Léon, « L’Actualité artistique. Un conflit entre artistes et industriels », l’Humanité, 21 octobre 1913, p. 4.
-
[39]
Passini Michela, « Art et société : enjeu politique et démarche historienne chez Léon Rosenthal », op. cit.
-
[40]
Rosenthal Léon, « La Culture esthétique dans l’enseignement (discours prononcé à la dernière distribution des prix au lycée Louis-le-Grand) », Notes sur les arts, juillet 1912, p. 145-152 ; « Pour l’enseignement du dessin », Notes sur les arts, février 1913, p. 65-72 ; « Le Dessin dans l’enseignement primaire. Une expérience décisive », L’Art social, juin 1914, p. 129-138.
-
[41]
Rosenthal Léon, « Le Salon de la Société Nationale », l’Humanité, 13 avril 1913, p. 2. Cet article comprend trois sous-titres : « La peinture », « La sculpture », « L’art social ». Dans cette dernière section, il passe en revue quelques objets d’art. Voir également : « L’Art social, à propos d’un congrès », l’Humanité, « L’Actualité artistique », 6 janvier 1914, p. 4 (relatif au Congrès international des arts décoratifs).
-
[42]
Rosenthal Léon, « L’Actualité artistique. Les arts de la vie au Salon d’Automne », l’Humanité, 25 novembre 1913, p. 4. L’expression « Les arts de la vie » semble plus unitaire que le syntagme « art social » car elle réunit deux types opposés d’art – « L’objet précieux » et « La décoration des intérieurs » – que Rosenthal n’oppose plus à cette époque, comme en témoigne son introduction : « Le Salon d’Automne donne une image fidèle de l’effort qu’accomplissent à l’heure présente les artistes créateurs pour orner et anoblir notre vie. Cela produit des résultats très inégaux. Pour la production du bibelot, de l’objet de luxe, du vase précieux, nous avons des maîtres dont les œuvres sont de toute beauté, universellement admirées. S’il s’agit, au contraire, de l’agencement des intérieurs, de la construction du mobilier, du choix des tapis, des tentures, nous traversons une période d’enfantement, période d’une fécondité extrême, mais qui n’est exempte d’erreurs ni de tâtonnements ».
-
[43]
Rosenthal Léon, « L’Actualité artistique. Un champion de l’Art vivant dans la Cité libre, Roger Marx », l’Humanité, 23 décembre 1913, p. 4. Il écrit : « Au moment où une mort prématurée l’a surpris, Roger Marx venait de publier son livre sur l’Art social, et nous avons dit ici, la hardiesse et la générosité avec lesquelles il y envisageait le rôle et l’avenir des arts appliqués à la vie ».
-
[44]
Voir Lenouëne Patrick, « Images du statut et de la fonction de l’artiste dans les discours des critiques d’art entre 1915 et 1919 », Cahiers des arts et des artistes, n° 2, 1988, p. 67-126.
-
[45]
Voir la contribution de Catherine Bruant dans le présent volume.
Les lecteurs avertis de l’Humanité n’ignorent pas que Léon Rosenthal a
tenu une « Chronique de l’art social » entre 1909 et 1912 et s’est ainsi imposé
comme l’un des plus fervents défenseurs de la campagne lancée par Roger
Marx, son oncle par alliance, en faveur d’un art social. Cet engagement a
fait l’objet d’une belle étude de Michela Passini et le positionnement de
Rosenthal à cet égard est mieux connu. Dans ce texte, nous nous proposons
d’élargir l’angle d’approche et de tenter de cerner la singularité de Rosenthal
parmi les personnalités qui ont bataillé pour une conception plus démocratique de l’art. En effet, la reformulation de l’idée d’art social par Roger
Marx était destinée à faire consensus dans le petit monde de la culture et de
la politique française, de Maurice Barrès à Jean Jaurès ; or, Rosenthal s’est
engagé pour un « art social » au moment où il débutait sa collaboration à
l’Humanité et il a pris la plume en tant que socialiste. Il paraît alors pertinent
d’examiner l’écart éventuel entre la ligne consensuelle d’un Roger Marx ou
d’un Charles Couyba et celle du jeune critique, titulaire d’une tribune dans
le quotidien fondé par Jean Jaurès.
Depuis sa genèse dans la France postrévolutionnaire du début du
xixe siècle, l’idée d’art social n’a cessé d’être reformulée et il faut d’abord
rappeler brièvement son caractère polysémique. Comme Neil McWilliam
l’a montré, elle se développe dans les années 1820 et 1830 lorsque l’art
se voit attribuer un rôle clé dans les conceptions esthétiques imaginées par
les courants socialistes et républicains de la période…
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