19. La vie et l’œuvre d’Al-Hajj Mahmoud Ba Diowol (1905-1978)
Du pâtre au patron de la « Révolution Al-Falah »
Pages 431 à 465
Citer ce chapitre
- KANE, Mouhamed Moustapha,
- ROBINSON, David
- et TRIAUD, Jean-Louis,
- Kane, Mouhamed Moustapha.
- Kane, M.-M.
- D. Robinson
- et J. Triaud
https://doi.org/10.3917/kart.robin.1997.01.0431
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- Kane, M.-M.
- D. Robinson
- et J. Triaud
- Kane, Mouhamed Moustapha.
- KANE, Mouhamed Moustapha,
- ROBINSON, David
- et TRIAUD, Jean-Louis,
https://doi.org/10.3917/kart.robin.1997.01.0431
Notes
-
[1]
Al-Hajj Mahmoud Ba, in Chaab n° 281 du 1er juin 1976.
-
[2]
Al-Hajj Mahmoud Ba, in Chaab n° 293 du 15 juin 1976.
-
[3]
Mahmoud Ba, « Aspects de l’enseignement islamique dans le milieu pulaar, Kaédi, Djeol », Département de Langue et Littératures françaises, Université de Nouakchott, année 1993-1994, 74 pages.
-
[4]
L’autre mémoire de maîtrise est celui de Sileymani Ifra Diop, « El-Hadji Mahmoud Ba, fondateur des écoles El Fellah en Afrique de l’Ouest », FLSH, Département d’histoire, Université de Nouakchott, année 1993-1994, 95 pages. Parmi les écrits d’anciens élèves on peut citer le mémoire transcrit d’une conférence d’Ousmane Ciré Ba, intitulé : « Mahmoud Ba, ‘Alim wa ‘Adib (savant et lettré) », et l’ouvrage d’Aboubacry Khalid Ba, « Alhadj Mahmoud Bah, un leader de la culture arabe en Afrique de l’Ouest », cités tous deux par Oumar Ba qui ne consacre d’ailleurs au personnage que trois pages de sa thèse : « Le rôle des écoles islamiques dans le développement de la culture arabo-islamique dans le bassin du fleuve sénégal », thèse de troisième cycle, Université de Paris-Sorbonne, année 1985-1986.
-
[5]
Voir notamment, David Robinson, « Abdul Qadir and Shaykh Umar : A Continuing Tradition of Islamic Leadership in Futa Toro », International Journal Of African Historical Studies, 1973, pp. 286-303.
-
[6]
Littéralement, Diowol-sud par opposition à Diowol-nord fondé sur la rive droite du Fleuve Sénégal en 1904 par suite d’une émigration d’habitants de Diowol-sud dont la famille d’al-Hajj Mahmoud Ba lui-même.
-
[7]
James Philip Johnson, « The Almamate of Futa Toro 1770-1836 », thèse de Ph. D., Department of History, University of Wisconsin, 1974, pp. 153-154.
-
[8]
Il s’agit des mouvements d’Amadu Alpha Musa Dia de Galoya (1894-1895) et d’Ali Yéro Diop (1906-1908). Pour des détails sur la « domestication » de l’islam futanké et ses conséquences, voir entre autres Mouhamed Moustapha Kane, « A History of Fuuta Tooro 1890s-1920s : Senegal under Colonial Rule : The Protectorate », Ph. D., Department of History, Michigan State University, June 1987, 2 vol. pp. 342-353 ; Christian Coulon, Le Marabout et le Prince, Paris, 1987.
-
[9]
Particulièrement intéressante à cet égard est la sous-série 19 G des archives de l’AOF intitulée « Affaires Musulmanes » que l’on peut trouver au service des Archives Nationales du Sénégal (ANS).
-
[10]
Il se faisait appeler « le natif de Diowol » peut-être en comparaison avec Umar Tall qui portait le nom de « al-Futiyu » (le natif du Futa Toro). Dans les sources françaises on trouve aussi Mahmoud Oumar Ben Dali, ou encore, El-Bagui.
-
[11]
Son passeport portait en 1953 la date de 1907 alors que, lui-même, déclara dans une interview datée de 1976 qu’il était né le 15 mars 1909. Nous préférons 1905 parce que son contemporain et beau-père Mbaye Ba, âgé de 77 ans en 1978, déclare être de quatre ans son aîné, et parce que la chronologie que Mahmoud Ba donne de son itinéraire s’accommode mieux avec cette date. Le total des années de formation au Moyen-Orient ne se conforme pas à 1909.
-
[12]
Umar, le père, descend de ce même Ardo Bubu Samba Gawa. Souleymani Diop et Aboubacry Khalid Ba font du père un Bourouro et de la mère une Nouèdjo alors que les deux parents sont de la grande famille des Ourourbés dont Oumar Kane traite des démembrements dans tout l’espace soudano-sahélien. (voir Le Fuuta Tooro, des Satigi aux Almaami, à paraître prochainement aux éditions Karthala).
-
[13]
Aboubacry Khalid Ba, « Alhadj Mahmoud Bah, un leader » ; Sileymani Diop, « El-Hadji Mahmoud Ba, foundateur » p. 62 ; Mahmoud Ba, « Aspects de l’enseignement islamique », p. 5.
-
[14]
Interview faite avec Moussa Mohamed Ba à son domicile à Guédiawaye Dakar, dans la banlieue de Dakar au mois d’août 1991.
-
[15]
Il était le deuxième enfant mâle d’une famille de quatre enfants vivants : Demba (3e), Yéro (4e) garçons et Aissata Kumba, la sœur.
-
[16]
Interview avec Ali Malick Ba à son domicile à Pikine, dans la banlieue de Dakar, août 1991.
-
[17]
Malheureusement, al-Hajj Mahmoud Ba ne fait qu’une brève allusion à cette vie de berger dans son interview, peut-être parce que cette séquence de sa vie est jugée sans intérêt pour le public, Chaab, n° 281.
-
[18]
En langue pulaar : « Na sella nanee ceerno dokko, kono sellataa nanee gaynaako dokko ».
-
[19]
Al-Hajj Mahmoud Ba, Chaab, n° 281.
-
[20]
Qadi de Boghe et grand érudit dirigeant une école de renom dans le sud mauritanien. Lui-même polyglotte, il enseignait à des étudiants de divers groupes ethniques (voir l’article d’Ibrahima Sall dans le présent ouvrage).
-
[21]
A.M. Ba, voir note 16.
-
[22]
C’est le nom qu’al-Hajj Mahmoud Ba cite lui-même dans l’interview de 1976 alors que d’autres parlent d’un certain Abdourrahman al-Takizi qui lui aurait appris « les sciences de la psalmodie et l’art des lectures ».
-
[23]
Son ami Ahmad Mukhtar pensait à rebrousser chemin, regagner le Sénégal par Kayes et profiter de la traite de l’arachide pour gagner un peu d’argent et rejoindre Chinguetti où il étudierait le droit musulman, Chaab, n° 281.
-
[24]
Selon M. M. Ba, il s’agissait d’un faubourg de la région de Dori où les habitants, des peuls musulmans leur offrirent l’hospitalité et les retinrent pendant un an pour des tâches d’enseignement du Coran. A notre avis, il pourrait s’agir d’un village du sud-est du Soudan anglo-égyptien, pas loin de la frontière éthiopienne et ils n’y seraient restés que quelques mois, au plus. On sait que des éléments de la migration umarienne, en mouvement vers le Hedjaz, s’étaient installés sur les bords du Nil bleu ; voir David Robinson, « The Umarian Migration of the Late 19th Century », 1989, inédit ; voir aussi note 14.
-
[25]
Ba, Chaab, nos 281 & 193.
-
[26]
M. M. Ba, voir note 14.
-
[27]
ANS 19 G 15-17 - S. Sankalé, « Rapport du commissaire du Gouvernement Général pour le pèlerinage à La Mecque », 1953, p. 8. Quant aux origines du shaikh, elles sont avancées par M. M. Ba et A. M. Ba et seraient, à la limite, conciliables, voir notes 14 et 16.
-
[28]
A. M. Ba, voir note 16.
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[29]
M. M. Ba, voir note 14.
-
[30]
O. Ba, « Le rôle des écoles islamiques », p. 250.
-
[31]
Chef du groupe d’Umariens émigrés au Hedjaz après la chute des empires de Ségou et de Sokoto. Voir Robinson, « The Umarian Migration » ; voir aussi ANS 19 G 23, « Notes sur les toucouleurs de Médine », et Paul Marty, Études sur l’islam au Sénégal, Tome I : Les Personnes, Paris, 1917, pp. 165-166.
-
[32]
Aboubacry Khalid Ba, « Alhadj Mahmoud Bah, un leader », interviews enregistrées à Nouakchott au mois de mars 1985. Cette assertion a été confirmée par d’autres sources comme M.M. Ba et A.M. Ba, voir notes 14 et 16.
-
[33]
Voir note 10.
-
[34]
Pour une idée de l’évolution des mentalités et des attitudes de l’administration française vis-à-vis de l’islam en Afrique, voir, entre autres, Jean-Louis Triaud, « Les Études en langue française sur l’islam en Afrique noire. Essai historiographique », Lettre d’Information de l’Association Française pour l’Étude du Monde Arabe et Musulman (AFEMAM), n° 2, décembre 1987, pp. 65-80.
-
[35]
Doctrine réformiste fondée au Nejjed par Muhammad Abd al-Wahhab (1703-1792) et officialisée par Abdel Aziz Ben Daoud, fondateur de l’État saoudien, reconnu par les puissances occidentales en 1926. Voir, entre autres sources, Lansiné Kaba, « The Wahhabiyya Reform and Politics in French West Africa », Ph. D., Department of History, Northwestern University, 1974.
-
[36]
Lansiné Kaba, « Évolution of Islam in West Africa : The Wahhabi Movement and its Contribution to Political Development, 1945-1958 », 1978, p. 2.
-
[37]
Ba, Chaab, n° 281.
-
[38]
Selon M.M. Ba, « Une lettre fut adressée à nos autorités. Comme il était, un temps, perdu dans le désert et qu’on le considérait mort, les gens avaient adressé des condoléances à sa famille et on l’avait oublié. Les premières réponses du Sénégal confortèrent donc le point de vue de Niamey que Mahmoud Ba était inconnu dans son prétendu (sic) village. Quand une autre lettre repartit de Niamey avec mention du nom usuel de Samba Kumba, ce fut la joie à Diowol et la seconde réponse de Dakar apporta la certitude qu’il était bien le fils qui avait disparu douze ans auparavant. Il fut alors autorisé à rentrer » ; voir note 14.
-
[39]
Ba, Chaab, nos 281 & 293.
-
[40]
L’apprentissage des lettres limto et la syllabation hijjo. On disait par exemple, « Baa, siin niikon » (litt. : siin aux dents dehors) ; « Haatonngu » (litt. : ha en forme de manche de houe) ; « Saareedu » (litt. : sa ventru), ce qui avait néanmoins une valeur symbolique et pédagogique indiscutable.
-
[41]
Mahmoud Ba, « Aspects de l’enseignement islamique », p. 65.
-
[42]
Au cours d’une deuxième interview avec A.M. Ba à son domicile à Pikine (décembre 1994) il m’a présenté un document de six pages qu’il a fait rédiger et intituler « Mémoire sur la vie et l’œuvre de Mahmoud Oumar Bâ ». Il cite ces noms parmi d’autres rangés sous la rubrique « Remerciements sociaux ». Plusieurs de ces alliés ou collaborateurs offrirent leur fille en mariage au shaikh Mahmoud Ba : Hamady Kady Niang, de Diowol, lui donna sa fille nommée Aysata Hamady, la mère de Mohamed al-Ghaly Ba, ingénieur géologue et successeur de Mahmoud Ba à la tête du réseau scolaire « al-Falah » et d’Oumar Mahmoud Ba, ancien étudiant au Koweït et Abdallah M. Ba, journaliste ; Mambaye Ba, de Kaédi, lui donna Kumba Mambaye, mère de Aboubacry Ba, Abdul Salam, Alawi et Jafara Ba.
-
[43]
Voir S. Diop, « El-Hadji Mahmoud Ba, fondateur », p. 24.
-
[44]
C’est cette notion de kiram qui explique que les plus proches soient généralement les premiers alliés. Ce fut très souvent le cas dans l’histoire de l’islam : avec le Prophète, pour ce qui concerne la cellule familiale quraish ; avec al-Hajj Umar, pour ce qui concerne les gens de Halwaar et du Toro.
-
[45]
Ba, Chaab, nos 281 & 293.
-
[46]
Il fut Ambassadeur de la République Islamique de Mauritanie au Qatar dans les années 1970.
-
[47]
Voir Ba, Chaab, nos 281 & 293.
-
[48]
Cette affirmation semble quelque peu exagérée dans la mesure où des incidents de cette ampleur ne seraient pas passés inaperçus dans les documents d’archives. De plus, la mémoire collective, qui garde encore vivant le souvenir de cette séquence historique, les aurait sûrement consignés.
-
[49]
Mor Ndao, « Le ravitaillement de la ville de Dakar pendant la deuxième guerre mondiale 1939-1945 », Mémoire de Maîtrise, Département d’Histoire, Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Université Cheikh Anta Diop (UCAD), année 1990-1991.
-
[50]
Deux faits semblent renforcer cette hypothèse. En octobre 1947, Mahmoud Ba était encore à faire des démarches auprès des autorités égyptiennes pour obtenir le soutien de ces dernières dans l’établissement d’une école à Dakar (Louis Brenner, « The Origins of the Islamic Madrasah Movement », inédit, p. 10). La première école de l’Union culturelle musulmane de Cheikh Touré, ne fut ouverte au quartier de Fitch-mitch (Dakar) qu’en 1953 avec l’appui d’al-Hajj Ibrahima Diop, leader des Lébou et « Grand Sérigne » de Dakar ; voir R. Loimeier « Cheikh Touré », Islam et Sociétés au Sud du Sahara, n° 8, novembre 1994.
-
[51]
Il s’agissait d’une réception organisée pour Mahmoud Ba par son ami Atch Youssouf, commis à l’identité judiciaire et commissaire local du Groupe des Fils des Éclaireurs de France. Les citations seraient du Lieutenant Pérois, commissaire dans la circonscription de Dakar, lui-même présent à la réception. S. Diop, « El-Hadji Mahmoud Ba, fondateur », pp. 29-30.
-
[52]
Il s’agit, en l’occurrence, des membres d’une « Association pour l’enseignement du Coran et des principes religieux », la « Jam’iyya tadris al-Qur’an wa-mabadi’al-din », al Hajji Samba Houlèye, Tidjani Touré, Koumoukou Simagha, Khalifa Cheikh Mamadou Barry. Le troisième Simagha est, selon M.M. Ba, celui qui fit don du site sur lequel la madrasa fut construite ; voir note 14. Voir, aussi, Louis Brenner et Bintou Sanankoua, L’Enseignement islamique au Mali, Édition Jamana, Bamako, 1991, p. 151.
-
[53]
A.K. Ba, « Alhadj Mahmoud Bah, un leader ».
-
[54]
Ce camp lui permit d’installer l’école et, surtout, de faire cultiver par ses élèves mil, arachide, fèves et même coton, pour prévenir les soudures et subvenir aux besoins divers.
-
[55]
Tiré d’une discussion non enregistrée avec le Professeur Oumar Kane, Doyen de la Faculté des Lettres de l’UCAD, juin 1994. Ces mariages qui faisaient le bonheur des jeunes hommes, lesquels ne déliaient aucune bourse à l’occasion, étaient, comme de juste, peu appréciés des jeunes filles. Celles-ci profitaient d’ailleurs de leurs chansons quotidiennes pour fustiger ce qu’elles appelaient « dewgel yaa latiif » (litt. : « mariage, ô le Généreux ! » autrement dit, qui n’aurait coûté qu’une prière, donc, selon elles, mariage de quatre sous). Curieusement, certains d’entre eux se disloquaient au bout de quelques années, peut-être sous l’effet des railleries ou des atteintes à l’orgueil du mari.
-
[56]
Lorsqu’en 1949 al-Hajj Mahmoud Ba voulut faire construire une mosquée à Guiraye-Réwo, il rencontra une vive opposition de la part d’al-Fekki Cissé Agne, imam de Gawol, qui argua que les habitants de ce village accomplissaient la grande prière du vendredi soit à Guiraye-Worgo, soit à Gawol et que, dans ces conditions, cela reviendrait à un double, voire, triple emploi (S. Diop, « El-Hadji Mahmoud Ba, fondateur », p. 74).
-
[57]
ANS 2G48-124.
-
[58]
On disait, notamment, ce qui suit : « Que quelqu’un de chanceux en naisse ! » (En langue pulaar : « Yoo Wo teppel funtu heen ! »).
-
[59]
L’action de cette association fut, d’ailleurs, contrecarrée par l’« Union des Djolof-Djolofs » fondée par des cadres peuls et wolofs partisans de Senghor et dirigés par Maguette Lo. (M. Lo, Sénégal : Le temps du souvenir, Paris, 1991, pp. 32-36).
-
[60]
Triaud, « Les Etudes en langue française sur l’islam », p. 67.
-
[61]
ANS 19G 10-17, « Synthèse des rapports mensuels des questions musulmanes 1950-1951 ».
-
[62]
ANS 2 G 42-2, « Rapport politique de 1942 », pp.27-29. En 1945, un autre rapport, le 2 G45-15, signalait le départ de cinquante-deux pèlerins mauritaniens, par voie de terre.
-
[63]
Marcel Cardaire disait à ce propos ce qui suit : « Les nouvelles qu’en rapportent (de La Mecque) les Noirs Hadj circulent à une vitesse étonnante… En 1948, quatre jours après qu’ils aient résonné sur le Mataf, les prêches de l’imam Mekkois étaient connus et commentés dans les quartiers musulmans de Douala. Trois jours plus tard, nous trouvant à Foumban capitale des sultans Bamoum à 400 km de là nous avons écouté le développement de ces mêmes harangues très judicieusement présentées par un imam frère du sultan, qui ne les avait pas lui-même entendues ». Voir Marcel Cardaire, « Contribution à l’étude de l’islam Noir », IFAN. Mémoire hors-série des Études camerounaises, Revue trimestrielle, 1949, p. 107.
-
[64]
Pour des détails sur le voyage et ses péripéties, voir, entre autres, Oumar Ba, « Le rôle des écoles islamiques », pp. 256-258 ; M.M. Ba, voir note 14 et A.M. Ba, voir note 16.
-
[65]
Voir Sankalé, « Rapport du commissaire ».
-
[66]
Communication personnelle de Louis Brenner (septembre 1994).
-
[67]
Lansiné Kaba, « Evolution of Islam in West Africa », p. 73.
-
[68]
Marcel Cardaire, lui-même, présenta Bourkhane comme « ni meilleur ni pire que les autres Mutawaf généralement âpres au gain et peu scrupuleux ». Il cite l’exemple d’un pèlerin à qui Bourkhane avait remis un reçu pour 114 Riais contre les 370 Riais que ce dernier avait versés. (ANS 19 G 11-17, Rapport de 1952, p. 59).
-
[69]
M.M. Ba, voir note 14. En effet, le sharif Bourkhane, mutawaf des pèlerins d’AOF à La Mecque, effectua une visite en Afrique occidentale au mois d’avril 1954. Le 9 avril, il dirigea la Grande prière du vendredi à la Grande Mosquée de Dakar et profita de cette occasion pour faire un prêche sur la fraternité des musulmans, exprimant son étonnement à constater l’état de misère du Sénégal qu’il imputait, en partie, à la puissance colonisatrice (était-ce là de la propagande personnelle de sa part ?). Du 11 au 13 avril il était à Saint-Louis et peu après il rendit visite à Falilou Mbacké, le khalifa général des Mourides et son neveu Cheikh Mbacké, qui lui remirent d’importants cadeaux (ANS 11 D 3-90).
-
[70]
Sankalé, « Rapport du commissaire », p. 12.
-
[71]
Sankalé, « Rapport du commissaire », p. 18.
-
[72]
C’est dans ce cadre que fut créée l’université de Boutilimit, en Mauritanie, vers la fin de 1953 et, dès le mois d’avril 1954 cette institution comptait 16 étudiants noirs et 40 étudiants maures.
-
[73]
Nos informateurs présentent le colonel Mangin, alors du « Bureau des Affaires musulmanes », comme l’autorité qui aurait discuté avec al-Hajj Mahmoud Ba à ce sujet. Cette menace fut, néanmoins, exécutée partiellement puisqu’au mois d’octobre 1953 l’école de Kayes fut fermée par l’administration sous le prétexte que son directeur s’était absenté trop longtemps. Elle ne fut rouverte en 1956 que pour être confiée à un autre directeur, le nommé Mohamed Abdel Aziz Diallo, un disciple d’al-Hajj Mahmoud Ba.
-
[74]
Deux étudiants, Abou Kéadi et Kibbel Ali Diallo (mauritaniens) refusèrent de se laisser rapatrier et durent se rendre, avec un membre de l’Ambassade de France, au Ministère de l’Intérieur égyptien, pour notifier leur décision de rester sur place.
-
[75]
A.K. Ba, « Alhadj Mahmoud Bah, un leader ».
-
[76]
Il connut des opérateurs économiques comme les transporteurs tchadien Bello Hatif et égyptien Mouhamed Saloum, les hommes politiques soudanais comme Ismaël al-Azari et Abderrahman al-Mahdi, père d’al-Sadiq al-Mahdi, des membres de la famille royale d’Arabie Saoudite et autres notabilités du Caire.
-
[77]
Lansiné Kaba, « Le Wahhabisme en Afrique occidentale francophone », Comprendre, n° 78/4, 23e année, 1978, p. 4.
-
[78]
ANS, 11 D 33-90. Diop Sileymani et Aboubacry Khalid prétendent qu’al-Hajj Mahmoud Ba fut arrêté à Dakar en 1954 mais il n’y a aucune trace d’un tel événement dans les archives. Il a dû simplement s’entretenir avec le colonel Mangin sur son séjour en Orient et sur ses perspectives de l’heure. Voir note 2.
-
[79]
Voir Triaud, « Le Crépuscule » dans le présent ouvrage.
-
[80]
En Guinée, au Soudan et en Côte-d’Ivoire, le pouvoir colonial utilisa beaucoup les services du shaikh Fantamadi et de son fils Ahmad Chérif dans la croisade contre Wahhabi-s, et RDA coalisés. C’est ce qui ressort du rapport de mission du capitaine Cardaire et du commandant Mangin. (ANS, 19G 14-17 « Visite au Soudan, en Guinée et en Côte-d’Ivoire, 15 août 1952-13 septembre 1953 »). Cela devait être particulièrement vrai après 1956, avec l’ère de l’autonomie interne ouverte par la loi-cadre.
-
[81]
Petit-fils de Cheikh Ahmed Tijani, il vint régulièrement en tournée au Sénégal et particulièrement au Futa Toro, qu’il traversait généralement de part en part. Le 9 mai 1951, il tint des conférences sur le thème « La confrérie islamique tidjaniya et l’obéissance à l’autorité française ». Au Futa il fut accompagné par al-Hajj Seydou Nourou Tall, al-Hajj Ibrahim Niasse de Kaolack et al-Hajj Seydou Ba de Médina-Gounasse, tous trois l’y ayant précédé pour préparer son voyage. L’effet de ces voyages du sharif était tel que le gouverneur du Sénégal n’hésita pas à conclure : « le voyage de Si Benamor s’il constitue une ponction dans les biens des tidjanes sénégalais a, malgré tout, l’utilité de faire connaître une tendance islamique fidèle à la France (ANS, 2 G 51-154, « synthèse des rapports trimestriels, 1951 »).
-
[82]
M.M. Ba, note 14.
-
[83]
R. Loimeier, « Cheikh Touré ».
-
[84]
Jeunes, nous avions l’habitude de nous rendre au quartier de Soubalo pour admirer défiler des élèves de notre âge vêtus d’uniformes en « drill » blanc.
-
[85]
M.M. Ba, note 14.
-
[86]
A.K. Ba,« Alhadj Mahmoud Bah, un leader ».
-
[87]
Ibid. ; voir aussi S. Diop, « El-Hadji Mahmoud Ba, fondateur ».
-
[88]
Communication personnelle de Louis Brenner (septembre 1994).
-
[89]
J.C. Froelich, Les Musulmans d’Afrique noire, Paris, 1962, p. 263.
-
[90]
Pour répondre à la convocation de Seydou Nourou Tall, al-Hajj Mahmoud Ba se serait laissé accompagner par son disciple, le soninké al-Hajj Koumoukou Simagha, armé d’un sabre en bandoulière, en prévision d’une éventuelle agression. Voir note 14.
-
[91]
ANS 17 G 633-152 « Bulletin d’information du mois de mars 1958 », pp. 93-94. A noter que ce Ngaydo Abdul est le même qu’al-Hajj Ba avait nommé mutawaf des pèlerins futanké pour contrer Bourkhane. Plus tard, chassé de Radio-Sénégal à la demande du marabout Seydou Nourou Tall, il devait travailler à Radio-Mauritanie jusqu’à sa mort dans les années soixante-dix.
-
[92]
Ibid.
-
[93]
M.M. Ba, voir note 14.
-
[94]
Brenner et Sanankoua, L’Enseignement islamique.
-
[95]
Les informateurs, surtout A.M. Ba, qui, quoique disciple d’al-Hajj Mahmoud Ba, resta assez proche de Seydou Nourou Tall, nient l’existence de conflit entre les deux marabouts. Dans le même temps, ils admettent que la brouille entre Abdul Ngaydo, speaker à Radio-Sénégal, avait provoqué un « froid » entre eux et qu’ils avaient été réconciliés au cours des années soixante.
-
[96]
Mahmoud Ba fut remplacé à la tête du réseau scolaire par son fils Mohamed al-Ghaly, mais le disciple Alassane Demba Soh, favorable à la succession élective plutôt que dynastique, se détacha pour créer son propre réseau, 1’« Association de Sunnites Salafiyya ». Au Sénégal aussi, une partie de l’élément futanké, en désaccord avec la branche salafiyya contrôlée, dit-on, par les Soninké, s’est détachée pour créer le « Mouvement al-falah Mahmoudiyya pour la culture islamique » avec le siège social à Pikine, Route des Niayes.
Au regard de son importance pour l’évolution de l’islam et des études arabo-islamiques en Afrique de l’Ouest, al-Hajj Mahmoud Ba reste, pour l’essentiel, une figure « oubliée » des historiens et des islamologues. Sauf quelques études à relents hagiographiques dues à certains de ses anciens élèves, il n’existe pas de synthèse qui résulte d’une analyse critique des témoignages laissés par ses détracteurs coloniaux et maraboutiques, et des traditions – en passe de devenir formelles – que ses disciples gardent de son itinéraire de savant et d’homme d’action. Deux mémoires faits à la faculté des lettres et sciences humaines de l’université de Nouakchott abordent, il est vrai, bien des aspects de la vie et de l’œuvre du personnage mais l’un ne lui consacre que sept pages sur les soixante-quatorze et tous les deux présentent, quant à l’analyse, des limites inhérentes aux travaux de ce niveau.
Or, Mahmoud Ba se situe, sous maints rapports, dans le droit fil de ce que David Robinson a appelé en référence à Abdul Qadir et Umar Tall, une « tradition ininterrompue de leadership islamique ». Comme le premier, il aura fondé des mosquées ; comme le deuxième, il aura converti des groupes humains à l’islam. Plus que tous deux il aura contribué par l’exemple, en qualité d’éclaireur d’abord et de maître ensuite, à faire reculer l’ignorance grâce à une révolution du savoir et de la pratique islamiques que le mouvement « al-Falah » se fit le devoir de prendre en charge.
Nous nous proposons dans le présent travail d’analyser le cheminement du shaikh Mahmoud Ba, de sa vie d’adolescent dans son Diowol natal, à celle de conseiller à la Présidence de la République Islamique de Mauritanie…
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