20. Girard ou l'esprit de système contre l'esprit du temps
- Par Camille Tarot
Pages 631 à 661
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R. Girard est un penseur peut-être mondialement connu, mais qui inquiète. Il suscite, en France particulièrement – mais nul n’est prophète en son pays ! –, des critiques et des rejets sans discussion, dont l’enjeu déborde les susceptibilités qu’éveille sa sévérité caustique à l’endroit des intellectuels français qu’il considère avec une distance qui ne vient pas seulement de son long séjour américain, mais aussi d’une entrée atypique dans les problèmes de l’anthropologie de la religion. Il s’y distingue par une transversalité risquée, transgressant les frontières entre la critique littéraire et l’anthropologie sociale, le théâtre grec et l’exégèse biblique, la théologie et l’éthologie, sans peur des rapprochements rares ou des mélanges détonants, puisqu’il se revendique comme « penseur darwinien et chrétien » [2001, p. 135].
Flottent donc autour du girardisme comme plusieurs parfums de scandale. L’un n’est pas nouveau et concerne le fond : la violence, son lien louche ou retors au sacré et au désir humain. Quand nous nous réjouissions d’avoir innocenté le sexe de toute violence puisque nous l’avons libéré, et d’échapper à la mort collective puisque nous sommes en paix, Girard nous rappelle que la bête rôde et que notre dernier fétiche, la culture, que nous sommes fiers de démocratiser, offre un faible rempart, car le ver est toujours déjà dans le fruit.
L’autre scandale, moins populaire, touche la nature de son discours, son statut épistémologique. Il provoque le flair des intellectuels, puisqu’il s’agit de savoir si l’hypothèse est scientifique ou franchement idéologique…
Date de mise en ligne : 27/10/2011
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