15. Eliade, l'archaïque et l'antidurkheimisme
- Par Camille Tarot
Pages 483 à 514
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Eliade s’appuie beaucoup sur l’opposition antidurkheimienne qui a commencé avec le théologien allemand Rudolf Otto et son ouvrage célèbre, le Sacré [1917/1949], véritable best-seller de la science des religions, toujours actuel en particulier dans les pays anglo-saxons. Mais ses raisons sont très différentes, liées à des options existentielles et politiques, en rapport avec l’histoire de son pays et de l’Europe et avec son passé personnel dont l’analyse ne fait que commencer. Celle-ci éclaire et corrobore ce que l’analyse interne du système du sacré éliadien révèle : des ambiguïtés cultivées et des oscillations particulièrement insistantes. En son centre, l’énorme place du complexe sacrificiel, qui célèbre le sacré dionysiaque et cosmique, la violence collective et l’autosacrifice, concerne les motivations de son refus de la sociologie durkheimienne.
L’ouvrage d’Otto est paru en 1917, en pleine guerre mondiale, à l’heure de Verdun. À aucun moment il ne mentionne ni Durkheim ni son livre de 1912. Mais dès le début, certains de ses lecteurs ont eu le sentiment qu’il connaissait les thèses du sociologue français et avait entrepris de les réfuter, mais qu’il évitait de le citer en raison du contexte trop étymologiquement polémique et donc peu propice à la sérénité du débat intellectuel. Je pense aussi, après beaucoup d’autres [Hatzfeld, 1993, p. 27-28], qu’Otto connaissait Durkheim.
Néanmoins, le théologien s’en prend d’abord à l’orthodoxie protestante, qui infligerait à l’idée de Dieu une réduction rationaliste en ne développant que ses attributs rationnels et éthiques (bonté, justice, etc…
Date de mise en ligne : 27/10/2011
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