Chapitre d’ouvrage

Toute-puissance du rêve grec

Pages 99 à 108

Citer ce chapitre


  • Rey, J.-M.
(2018). Toute-puissance du rêve grec. Le suicide de l'Allemagne : Sur le Moïse de Thomas Mann (p. 99-108). Desclée De Brouwer. https://shs.cairn.info/le-suicide-de-l-allemagne--9782220092164-page-99?lang=fr.

  • Rey, Jean-Michel.
« Toute-puissance du rêve grec ». Le suicide de l'Allemagne Sur le Moïse de Thomas Mann, Desclée De Brouwer, 2018. p.99-108. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/le-suicide-de-l-allemagne--9782220092164-page-99?lang=fr.

  • REY, Jean-Michel,
2018. Toute-puissance du rêve grec. In : Le suicide de l'Allemagne Sur le Moïse de Thomas Mann. Desclée De Brouwer. Hors collection, p.99-108. URL : https://shs.cairn.info/le-suicide-de-l-allemagne--9782220092164-page-99?lang=fr.

Notes

  • [1]
    On sait que le nazisme a misé sur une extrême proximité de l’esthétique et du politique, quand ce n’est pas sur leur confusion.
  • [2]
    Ce dont témoigne L’Histoire de l’art dans l’Antiquité de Johan Joachim Winckelmann, qui paraît en 1764. Traduction de Dominique Tassel, La Pochothèque, 2005.
  • [3]
    Trad. Alain Renaut, Imprimerie nationale, 1992, p. 184.
  • [4]
    Thomas Mann l’a lu avec beaucoup d’attention, très tôt même. En 1935, après avoir lu La Métamorphose, il écrit ceci dans son Journal : « Je voudrais dire que les textes qu’a laissés Kafka sont la prose allemande la plus géniale depuis des décennies. Qu’y a-t-il donc en allemand qui ne serait pas de la littérature petite-bourgeoise à côté de cela. ? » Un tel jugement est très rare dans l’Allemagne de ces années.
  • [5]
    Heinrich HEINE, Ludwig Börne, trad. Michel Espagne, Le Cerf, 1993, p. 48.
  • [6]
    Heinrich HEINE, Histoire de la religion et de la philosophie en Allemagne, trad. Jean-Pierre Lefebvre, Imprimerie nationale, 1993, p. 205.
  • [7]
    Europe, août-sept. 2015, p. 40.
  • [8]
    Les Exigences du jour, op. cit., p. 370.

L’Allemagne de ce moment a tenu à privilégier explicitement les références à certains aspects de l’antiquité grecque (ou même latine) en tant que grands précédents, voire en tant que préfigurations d’une esthétique et, plus encore, d’une politique qui se voulaient proprement germaniques. Une partie importante de la culture allemande du XIXe siècle allait déjà manifestement dans cette direction, sur le terrain de la philosophie comme sur celui de la poésie ; et ce dans la perspective d’une sorte de grande mimétique qui prenait pour principal modèle une Grèce qu’on dirait rêvée, fantasmée, comme inventée de toutes pièces pour les besoins d’une cause qui était le plus souvent nationale, dans une volonté d’unité et d’homogénéité à tout prix. L’absence d’État dans cette période a sans doute contribué à maintenir vives des représentations de cet ordre, leur a donné une sorte de légitimité en les faisant entrer dans les habitudes de pensée. Avoir ainsi un modèle lointain, paré de qualités prestigieuses, permet des opérations qui reviennent à enjoliver le présent et, plus encore, à éviter d’avoir à l’analyser de trop près.Un tel processus ne fait que s’accentuer avec le nazisme, considérablement même, jusqu’à en devenir fortement répétitif et proprement caricatural. La langue allemande est parfois présentée comme un parfait décalque de la langue par excellence qu’est alors, dans ce contexte, le grec ancien. Réactualiser la figure de Moïse dans ce moment a donc quelque chose de tout à fait incongru, de malséant même, ne peut apparaître que comme un geste effectivement déplacé, même s’il peut sembler dérisoire au vu des forces en présence…


Date de mise en ligne : 03/02/2026

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