Introduction
- Par Barbara Allen,
- France Guérin-Pace,
- Anne-Lise Humain-Lamoure,
- Sonia Lehman-Frisch
- et Thierry Ramadier
Pages 101 à 104
Citer ce chapitre
- ALLEN, Barbara,
- GUÉRIN-PACE, France,
- HUMAIN-LAMOURE, Anne-Lise,
- LEHMAN-FRISCH, Sonia
- et RAMADIER, Thierry,
- AUTHIER, Jean-Yves,
- BACQUÉ, Marie-Hélène
- et GUÉRIN-PACE, France,
- Allen, Barbara.,
- et al.
- Allen, B.,
- Guérin-Pace, F.,
- Humain-Lamoure, A.-L.,
- Lehman-Frisch, S.
- et Ramadier, T.
- J. Authier,
- M. Bacqué
- et F. Guérin-Pace
https://doi.org/10.3917/dec.bacqu.2007.01.0101
Citer ce chapitre
- Allen, B.,
- Guérin-Pace, F.,
- Humain-Lamoure, A.-L.,
- Lehman-Frisch, S.
- et Ramadier, T.
- J. Authier,
- M. Bacqué
- et F. Guérin-Pace
- Allen, Barbara.,
- et al.
- ALLEN, Barbara,
- GUÉRIN-PACE, France,
- HUMAIN-LAMOURE, Anne-Lise,
- LEHMAN-FRISCH, Sonia
- et RAMADIER, Thierry,
- AUTHIER, Jean-Yves,
- BACQUÉ, Marie-Hélène
- et GUÉRIN-PACE, France,
https://doi.org/10.3917/dec.bacqu.2007.01.0101
1 Si le quartier constitue à la fois une construction savante appropriée par différentes disciplines en sciences sociales et une échelle d’intervention utilisée par les politiques pour dire et faire la ville, il est aussi un lieu d’habitat, un lieu « référent » pour ceux qui y habitent et le pratiquent, une « réalité » de la vie quotidienne à travers les pratiques et les représentations qui s’y inscrivent. Comment habite-t-on le quartier dans la ville d’aujourd’hui ?
2 Deux perspectives sont souvent opposées. Certains survalorisent le « quartier-village » et postulent, à cette échelle, une sociabilité spontanée, sur le modèle de la communauté rurale. Cette conception d’une microsociété enracinée dans son espace de vie et développant des liens étroits d’échange, d’entraide et de reconnaissance mutuelle suppose que ce cadre « traditionnel » de la vie sociale en milieu urbain perdure en se fondant essentiellement sur des logiques de proximité. L’appropriation de l’espace du quartier est posée comme un fait acquis. À l’inverse, d’autres avancent que l’évolution rapide des formes et des fonctions urbaines et l’accroissement de la mobilité quotidienne remettent en cause ce rôle déterminant de la proximité : le quartier, comme échelle d’inscription territoriale au sein de l’agglomération, tendrait à disparaître. Nous avons cherché à éclairer ce débat sur le rôle et la place du quartier dans les représentations de la ville, au regard de différentes disciplines et de diverses situations sociales et urbaines : quartiers anciens ou récents, situés au cœur de la ville ou dans sa périphérie, à différents stades d’urbanisation, dans divers contextes socioculturels (Yaoundé, Bogota, San Francisco, les villes marocaines, la région parisienne). Les contributions s’articulent autour de trois perspectives transversales à cette problématique d’appropriation du quartier.
3 Le quartier est un lieu investi par les habitants. Cet investissement s’exprime selon des modalités et une intensité variées : d’une simple inscription spatiale du lieu de résidence à un sentiment fort d’appartenance à ce quartier. Ce dernier peut s’accompagner ou non d’un sentiment d’attachement, voire d’une identification au quartier qui se traduit parfois par une compétition entre habitants pour l’appropriation de l’espace. Athanase Bopda montre ainsi comment, dans une mégapole en forte croissance, les représentations et la mise en scène des mémoires des habitants de Yaoundé, au travers d’une guerre des appellations, génèrent entre anciens habitants et nouveaux venus de violents conflits dans l’appropriation et l’usage des quartiers.
4 Cependant, le rapport au quartier dépend largement des caractéristiques sociales et démographiques des habitants et évolue avec l’histoire des individus ou des groupes. Les modes d’investissement que les individus développent dépendent de leurs pratiques, de leurs représentations, mais aussi très largement de leur parcours de vie. Ainsi, Sonia Lehman-Frisch et Guénola Capron , en comparant deux quartiers gentrifiés de villes aussi différentes que San Francisco et Bogota, s’interrogent sur l’existence d’un rapport au quartier spécifique aux « gentrifieurs », qui se caractériserait à la fois par un puissant attachement à la figure du « quartier-village », et par des pratiques et une sociabilité locale intenses, s’appuyant essentiellement sur la scène commerçante. Thierry Ramadier nous invite à revisiter le concept d’attachement au quartier afin d’interroger la relation, souvent présentée comme antinomique, entre mobilité quotidienne et attachement au lieu.
5 Le quartier fait aussi sens pour ceux qui n’y résident pas. En effet, si l’on admet qu’il existe une perception « endogène » plus ou moins consciente d’appartenance commune à une entité spatiale, il faut aussi envisager qu’un regard extérieur, une perception « exogène », puisse également influencer une identification-édification du quartier. Les valeurs attribuées aux quartiers sont en grande partie déterminées par les caractéristiques sociologiques des habitants et par la manière dont le lieu habité reflète ou soutient des identités sociales. Ainsi, l’inscription spatiale d’un individu peut largement dépendre de l’inscription préalable d’un groupe de population auquel il s’identifie ou dont il souhaite être entouré ; l’attachement et/ou la revendication territoriale passe par des actions collectives et la (re) construction d’une histoire commune. Le contexte temporel – continuité et inertie du lieu ou, au contraire, évolution voire rupture dans l’histoire du lieu – peut en partie conditionner un investissement dans le quartier. Il s’agit alors de comprendre comment ces images de l’extérieur (assignation, valorisation) et représentations de l’intérieur (support d’appartenances, voire d’identités) interagissent. Comment l’image de certains quartiers, communément partagée, indépendamment d’une connaissance réelle et de pratiques régulières, est-elle négociée, intégrée ou rejetée par les habitants dans leurs propres représentations ? Barbara Allen montre ainsi l’importance pour les habitants de ces regards extérieurs sur « leur » quartier. Les habitants qui recherchent dans cet espace un reflet de leurs valeurs et de leur statut social le rejettent ou cherchent à le modifier quand celui-ci ne correspond pas à l’image qu’ils souhaitent donner d’eux-mêmes.
6 On ne peut appréhender la complexité du rapport au quartier à partir de l’analyse de la seule échelle locale. L’articulation des échelles urbaines dans la compréhension du rapport au quartier est fondamentale. En effet, analyser la façon dont les individus se situent à différentes échelles spatiales dans un tissu urbain complexe et multidimensionnel, et la manière dont le quartier existe au regard d’autres espaces habités, pratiqués ou imaginés, permet de mieux cerner le sens conféré au quartier par les habitants. Une grande partie des contributions montre que le quartier des habitants est finalement un « bricolage », un univers aux contours flous et fluctuants qui doit être appréhendé au regard d’un contexte urbain, social, et politique, observé à différentes échelles. Ainsi, Barbara Allen décrit des modes d’investissement dans les quartiers d’habitat social et montre que le quartier est à la fois central et relatif dans un processus d’attachement et que l’investissement dans le quartier se construit dans une négociation identitaire continue, en relation à d’autres lieux. France Guérin-Pace replace le quartier comme une échelle d’appartenance parmi d’autres et montre que celui-ci est loin d’être toujours privilégié : le développement d’un sentiment d’attachement et éventuellement d’une identité à cette échelle dépend fortement des types de quartier et de l’investissement économique, politique et affectif des individus. Enfin, Françoise Navez-Bouchanine démontre l’importance capitale du limitrophe, du proche, dans l’appropriation et l’organisation du voisinage dans les villes marocaines, même si les pratiques des habitants se situent à l’échelle de la ville entière et si les lieux d’identification, d’appartenance ou d’organisation ne sont pas liés à une échelle privilégiée.
7 En conclusion, le quartier semble bien demeurer un lieu et un enjeu d’investissements à la fois individuels et collectifs, pertinents pour les citadins. Mais, dès lors que nous partons des populations qui y vivent, la pertinence de cette échelle spatiale n’apparaît pleinement que si le quartier est confronté aux unités spatiales qui le composent (logement, immeuble, rues, etc.), auxquelles il participe (ville, périphérie, région, etc.), ainsi qu’au regard porté sur lui de l’extérieur et à l’imaginaire qui lui est associé. Finalement, le quartier n’est pas une entité spatiale isolée. Ces différentes contributions permettent de confronter et d’intégrer différentes approches pour explorer le quartier comme une échelle et un mode d’organisation où l’investissement se négocie en regard tout à la fois de la forme urbaine et des interventions publiques, mais aussi des pratiques, des représentations et des caractéristiques des habitants. Le quartier serait alors la cristallisation à un moment donné d’une forme spatiale, politique, sociale et psychologique, une organisation complexe de la proximité où se construisent différentes identités.