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Introduction. Le grand réveil du capitalisme de la finitude

Pages 9 à 25

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  • Orain, A.
(2025). Introduction. Le grand réveil du capitalisme de la finitude. Le monde confisqué : Essai sur le capitalisme de la finitude (XVIe - XXIe siècle) (p. 9-25). Flammarion. https://shs.cairn.info/le-monde-confisque--9782080466570-page-9?lang=fr.

  • Orain, Arnaud.
« Introduction. Le grand réveil du capitalisme de la finitude ». Le monde confisqué Essai sur le capitalisme de la finitude (XVIe - XXIe siècle) Flammarion, 2025. p.9-25. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/le-monde-confisque--9782080466570-page-9?lang=fr.

  • ORAIN, Arnaud,
2025. Introduction. Le grand réveil du capitalisme de la finitude. In : Le monde confisqué Essai sur le capitalisme de la finitude (XVIe - XXIe siècle) Paris : Flammarion. Le Présent de l'Histoire, p.9-25. URL : https://shs.cairn.info/le-monde-confisque--9782080466570-page-9?lang=fr.

Notes

  • [1]
    On laisse ici de côté le dirigisme d’État du bloc socialiste.
  • [2]
    Marc Bloch, « Le mercantilisme : un état d’esprit », Annales d’histoire économique et sociale, vol. 6, n° 31 (1934), p. 160-163.
  • [3]
    Marc Lescarbot, Histoire de la Nouvelle France, Paris, Adrian Perier, 1618 [1re édition. 1609], p. 2-3.
  • [4]
    Alfred W. Crosby, The Measure of Reality. Quantification and Western Society, 1250-1600, Cambridge, CUP, 1996.
  • [5]
    Mohamad Amer Meziane, Des empires sous la terre. Histoire écologique et raciale de la sécularisation, Paris, La Découverte, 2021.
  • [6]
    Jean Izoulet, « Deuxième introduction », in Alfred Thayer Mahan, Le Salut de la race blanche et l’Empire des mers, Paris, Flammarion, 1906 [1re édition. 1897], p. li-lii.
  • [7]
    Marion Gaspard, « Péril chinois et déclin de l’Europe. Analyses économiques en France au tournant du xxe siècle », Revue économique, vol. 66, n° 5 (2015), p. 933-966.
  • [8]
    The Saturday Review of Politics, Literature, Science and Art, vol. 84, 11 septembre 1898, p. 278.
  • [9]
    Sebastian Conrad, Globalisierung und Nation im Deutschen Kaiserreich, Munich, Beck, 2006 ; Gustav Schmoller, Principes d’économie politique, Paris, Giard & Brière, 1905 [1re éd. 1900-1904], 5 vols, v, p. 450.
  • [10]
    Sebastian Grevsmühl, La Terre vue d’en haut. L’invention de l’environnement global, Paris, Le Seuil, 2015, p. 13-37 ; Friedrich Ratzel, Géographie politique, Paris, Economica, 1988 [1re éd. 1897] ; Halford J. Mackinder, « The Geographical Pivot of History », The Geographical Journal, vol. 23, n° 4 (1904), p. 421-437.
  • [11]
    Thomas Friedman, La Terre est plate. Une brève histoire du xxie siècle, Paris, Perrin, 2010 [1re éd. 2005].
  • [12]
    Fabien Locher et Jean-Baptiste Fressoz, Les révoltes du ciel. Une histoire du changement climatique, xve-xxe siècle, Paris, Le Seuil, 2020 ; Jean-Baptiste Fressoz et Julien Vincent, « “La Terre est un animal”. Religion naturelle, cycle de l’eau et circulation monétaire pendant la Révolution », Romantisme, vol. 189, n° 3 (2020), p. 19-30.
  • [13]
    Arnaud Orain, Les savoirs perdus de l’économie. Contribution à l’équilibre du vivant, Paris, Gallimard, 2023.
  • [14]
    Sylvie Matelly, « Le retour de la rareté », Revue internationale et stratégique, vol. 132, n° 4 (2023), p. 59-67 ; Jean-Baptiste Fressoz, Sans transition. Une nouvelle histoire de l’énergie, Paris, Le Seuil, 2024 ; Célia Izoard, La Ruée minière au xxie siècle. Enquête sur les métaux à l’ère de la transition, Paris, Le Seuil, 2024.
  • [15]
    Martin Motte, « La mer, entre mondialisation et fragmentation », Prospective et stratégie, vol. 8, n° 1 (2017), p. 57-70 ; Hervé Coutau-Bégarie, 2030, la fin de la mondialisation ?, Perpignan, Tempora, 2008.
  • [16]
    Je souscris ici pleinement aux conclusions de David Todd (Un empire de velours. L’impérialisme informel français au xixe siècle, Paris, La Découverte, 2022 [1re éd. 2021], p. 63-105). C’est la colonisation informelle de l’Algérie (comptoirs et libre-échange) qui est envisagée par les élites de la monarchie de Juillet, et si sa conquête militaire est finalement réalisée (au prix d’une violence inouïe), Napoléon iii, sous la pression des saint-simoniens, veut toujours croire que la France ne tombera pas dans l’impérialisme formel : il parle de l’Algérie comme d’« un royaume arabe », cherche à limiter l’immigration de colons et y instaure le libre-échange. Aussi, « la perception traditionnelle de la conquête de l’Algérie comme ayant marqué la naissance de l’impérialisme français contemporain est une exagération trompeuse. […] L’entreprise impériale française en Algérie fut donc sui generis plutôt qu’un commencement. Entre 1840 et 1880, ses coûts élevés et ses profits médiocres ne dissipèrent pas la préférence française pour la domination informelle ». Après 1858 et le transfert des derniers pouvoirs de l’East India Company à la couronne britannique, la colonisation formelle de l’Inde se renforce, mais, comme le souligne Eric Hobsbawm, « [c]ertes, cela faisait longtemps que la suprématie économique et militaire des pays capitalistes s’était imposée de façon incontestable, mais depuis la fin du xviiie siècle, jamais elle ne chercha aussi systématiquement à se traduire en conquêtes, en annexions, et en régions administrées qu’entre 1880 et 1914 ». Ce phénomène « totalement inédit » vit près d’un quart de la surface du globe distribué entre les grandes puissances à partir de 1880 (L’ère des empires, 1875-1914, Paris, Hachette « Pluriel », 1989 [1re éd. 1987], p. 80-82).
  • [17]
    Gustav Schmoller, Principes, op. cit., v, p. 366.
  • [18]
    Voir Todd, Un empire de velours, op. cit.
  • [19]
    Karl Polanyi, La Grande Transformation. Aux origines politiques et économiques de notre temps, Paris, Gallimard, 1983 [1re éd. 1944], p. 43 ; Adam Tooze, Le Déluge 1916-1931. Un nouvel ordre mondial, Paris, Les Belles Lettres, 2015 [1re éd. 2014], p. 17.
  • [20]
    Lauren Benton, They Called It Peace. Worlds of Imperial Violence, Princeton, PUP, 2024. Comme le souligne Hobsbawm, « à cette période [les années 1880-1890], le capitalisme mondial était manifestement différent de ce qu’il avait été vingt ans plus tôt. Il était désormais constitué de plusieurs “économies nationales” rivales qui cherchaient à “se protéger” les unes des autres ». (Hobsbawm, L’ère des empires, op. cit., p. 95-96)
  • [21]
    John G. Ruggie, « International regimes, transactions, and change : embedded liberalism in the postwar economic order », International Organization, vol. 36, n° 2 (1982), p. 379-415.
  • [22]
    Les principaux représentants de la « nouvelle histoire du capitalisme » américaine sont Julia Ott, When Wall Street met Main Street : The Quest for an Investors’ Democracy, Cambridge (Mass.), HUP, 2011 ; Jonathan Levy, Ages of American Capitalism : A History of the United States, New York, Random House, 2021, et Sven Beckert, Empire of Cotton : A Global History, Cambridge (Mass.), HUP, 2015.
  • [23]
    La notion de « structures » refait surface depuis peu (voir par exemple Bernard Lahire, Les structures fondamentales des sociétés humaines, Paris, La Découverte, 2023). Paulin Ismard utilise quant à lui la topologie et la notion d’« invariants morphologiques » en histoire (La cité et ses esclaves. Institutions, fictions, expériences, Paris, Le Seuil, 2019, p. 116-119). On pourrait également transposer la notion de « motifs » en histoire, par homologie avec ceux des textiles (qui sont différents et ont parfois les mêmes « motifs ») et la définition que le mathématicien Alexandre Grothendieck en a donnée lors de sa recherche d’invariants en géométrie algébrique.
  • [24]
    Sur la stabilité hégémonique, j’ai pu parfois m’appuyer sur Charles P. Kindleberger, La Grande Crise Mondiale, 1929-1939, Paris, Economica, 1988 [1re éd. 1973], et Giovanni Arrighi, The Long Twentieth Century. Money, Power and the Origins of our Times, London, Verso, 2010 [1re éd. 1994]. Concernant les régimes d’accumulation, les ouvrages classiques sont ceux de Fernand Braudel, Civilisation matérielle, Économie et Capitalisme, xve-xviiie siècle, Paris, Armand Colin, 1979-1980, 3 vols, et La dynamique du capitalisme, Paris, Flammarion, 1985 [1re éd. 1976] ; Immanuel Wallerstein, Le capitalisme historique, Paris, La Découverte, 1990 [1re éd. 1983], et Le système du monde du xve siècle à nos jours, Paris, Flammarion, 1980-1984 [1re éd. 1976], 2 vols. Le principal théoricien de l’État développementaliste est Chalmers A. Johnson, miti and the Japanese Miracle : the Growth of Industrial Policy, 1925-1975, Stanford, Stanford University Press, 1982. Plus récemment, on consultera Eric Helleiner, The Neomercantilists : A Global Intellectual History, Ithaca, Cornell University Press, 2021, et The Contested World Economy : the Deep and Global Roots of International Political Economy, Cambridge, CUP, 2023. Voir également Robert Manduca et Nic Johnson, « After Free Trade », Boston Review, 25 mai 2022. Sur les conséquences de la crise de 2008, on consultera Adam Tooze, Crashed. Comment une décennie de crise financière a changé le monde, Paris, Les Belles Lettres, 2018.

Le néolibéralisme est terminé. La remise en cause du libre-échange, des mécanismes concurrentiels et le retour d’une conception autarcique de l’économie, la croissance décuplée de monopoles privés devenus des compagnies-États, une liberté des mers mise à mal, un réarmement général et une multiplication des conflits, la nouvelle course à l’accaparement des terres, des minerais et des espèces vivantes sont autant de phénomènes qui traduisent une mutation du capitalisme mondial vers un ensemble cohérent, tout à la fois nouveau et très ancien.
Ce livre fait l’hypothèse que, depuis le xvie siècle, le capitalisme a connu deux types différents qui se succèdent l’un à l’autre. Le plus célèbre peut être qualifié de « libéral ». Il s’est d’abord déployé sur une période allant environ de 1815 à 1880, avec un pic vers 1860. Après une interruption de plusieurs décennies, il reprend vie en 1945 sous une forme tempérée par l’intervention publique dans le bloc occidental. Cette intervention reflue plus tard, et ce capitalisme est connu enfin à partir des années 1980 sous le nom de « néolibéralisme ». L’autre type, celui qui est étudié ici, est parfois qualifié de « mercantilisme ». Cette notion a donné lieu à des guerres sémantiques sans grand intérêt, a souvent été réduite à un aspect de la question (le protectionnisme) et surtout a été confinée, à tort, à la période antérieure au xixe siècle. Je lui préfère celle de « capitalisme de la finitude ». Ce dernier ne s’appuie pas sur une théorie générale et n’est pas réductible à un temps et un lieu, car il résulte, pour reprendre l’expression de l’historien Marc Bloch, d’un « état d’espri…


Date de mise en ligne : 02/10/2025

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