I. Lucrèce, disciple d’Épicure
Pages 13 à 29
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- COMTE-SPONVILLE, André,
- Comte-Sponville, André.
- Comte-Sponville, A.
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Notes
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[1]
« Dans la littérature latine, la docilité et l’obéissance exclusives de Lucrèce ne sont point une attitude commune. Contrairement à ce qu’on pourrait croire de ce peuple militaire et discipliné, qu’il a dû transporter dans sa vie intellectuelle ses habitudes de loyalisme absolu, de fides sans restriction, à Lucrèce s’opposent et Cicéron (Tusc., IV, 4, 7) et Sénèque (Epist., 45, 4), et aussi Horace qui, en poète, a trouvé la formule qui résume et exprime leur attitude à tous : “Moi qui ne m’astreins à prêter le serment de fidélité à aucun maître” (Epist., I, 1, 14). Lucrèce, lui, nous propose le cas du penseur fidèle, j’entends de l’homme qui a la tête philosophique, la vigueur et l’originalité de la conception, et qui n’emploie ces hautes qualités qu’à servir la pensée d’un autre à qui il s’est donné. » (P. Boyancé, Lucrèce et l’épicurisme, Paris, PUF, 1963, p. 34).
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[2]
De rerum natura, III, 1-30.
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[3]
P. Boyancé, op. cit., p. 300.
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[4]
Voir L. Jerphagnon, Histoire de la Rome antique, Tallandier, 1987, rééd. Hachette Pluriel, 2006, chap. V (« La guerre civile de cent ans »).
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[5]
P. Boyancé, Lucrèce, Sa vie, son œuvre, avec un exposé de sa philosophie, PUF, coll. « Philosophes », 1964, p. 1.
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[6]
Les Amours, I, 15, vers 23-24 (trad. H. Bornecque, Les Belles Lettres, 1930).
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[7]
H. Bergson, Introduction aux Extraits de Lucrèce [texte latin], avec un commentaire, des notes et une étude sur la poésie, la philosophie, la physique, le texte et la langue de Lucrèce, par Henri Bergson, Professeur agrégé de philosophie au Lycée de Clermont-Ferrand, Paris, Delagrave, 1884, troisième édition, 1899, p. II (c’est un ouvrage scolaire, à destination des élèves du secondaire, parfois tendancieux ou approximatif, mais qui n’est pas sans intérêt, ni sans charme).
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[8]
Saint Jérôme (347-419), Additions à la Chronique d’Eusèbe (année 95 ou 97, selon les manuscrits). Il semble probable que saint Jérôme ait tiré une partie de ses informations du De poetis de Suétone, auteur souvent très fiable, mais dont ce livre, malheureusement, n’est pas parvenu jusqu’à nous.
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[9]
A. Ernout, dans l’Introduction de son édition du De rerum natura, Les Belles Lettres, rééd. 1968, p. XI.
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[10]
Op. cit., p. 1.
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[11]
Turin, 1896.
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[12]
Dr Logre, L’anxiété de Lucrèce, op. cit. (voir spécialement les p. 21-25). Le livre, qui vient d’un psychiatre humaniste, bon latiniste et admirateur de Lucrèce, mérite d’être lu ; il vaut mieux que le résumé caricatural qu’on en fait parfois.
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[13]
Lucrèce et l’épicurisme, op. cit., p. 20.
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[14]
Op. cit., notamment p. 20-23, 40, 64-65 et 319-325. Rappelons, sans en tirer aucune conséquence philosophique mais parce que cela ne peut pas ne pas me toucher, que la psychose maniaco-dépressive était aussi la pathologie dont souffrait mon maître et ami Louis Althusser. J’ai vu d’assez près à quoi pouvait ressembler l’alternance dont parle le Dr Logre, et qu’elle n’empêche nullement un travail intellectuel, même soutenu, ni, cela va de soi, le talent ou le génie.
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[15]
Ibid., et p. 214-215.
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[16]
Titi Lucreti Cari De rerum natura, libri sex, Oxford, 1947, rééd. 1950, § 7 et 8, p. 11-12.
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[17]
Op. cit., p. II.
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[18]
P. Nizan, Les matérialistes de l’Antiquité, paris, 1938, rééd. Maspero, 1971, p. 36.
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[19]
Lucrèce y insiste longuement : III, 459-525.
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[20]
C’est une idée qu’il formule lui-même :« Et souvent c’est la peur que la mort leur inspireQui pousse les humains à tant haïr la vieQu’ils se donnent la mort à force de la craindre… » (III, 79-81).
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[21]
III, 972-977.
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[22]
Sentences vaticanes, 38.
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[23]
Lettre à Ménécée, 126-127 (trad. M. Conche).
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[24]
Ibid., 126 (zôès aspaston).
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[25]
Lettre à Ménécée, 130-132.
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[26]
Cité par Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, X, 22. Voir aussi Cicéron, De finibus, II, 35.
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[27]
Sentences vaticanes, 9. Voir aussi les commentaires de M. Conche, p. 50 et 249 de son édition d’Épicure.
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[28]
III, 961-962.
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[29]
III, 1039-1041. Démocrite passait en effet pour s’être suicidé, à plus de cent ans. Sur l’admiration que Lucrèce lui portait, voir III, 371 et V, 622.
J’ai longtemps préféré Épicure, plus lumineux, plus serein, plus doux – plus sage. C’était la lumière grecque, celle des commencements. Comme Lucrèce, à côté, me semblait sombre, angoissé, fatigué – tardif ! Et sans doute je n’avais pas tort, ni ne veux à présent diminuer les mérites d’Épicure. Au reste, entre Athènes et Rome, quel philosophe hésiterait ? Les mêmes raisons, aujourd’hui, me rendent pourtant Lucrèce plus proche, plus fraternel, plus émouvant. C’est que j’ai changé sans doute, ou vieilli, et que ce qu’il y a de plus amer, chez le poète latin, parle davantage, ou de plus près, à notre expérience qu’à notre jeunesse. Je pourrais dire la même chose, ou peu s’en faut, d’Épictète, que j’ai aimé d’abord, et de Marc Aurèle, qui me touche tellement plus aujourd’hui. Mais aucun de ces deux-là n’a inventé le stoïcisme, pas plus que le second ne s’est voulu le disciple exclusif du premier. Socrate ou Zénon, pour l’un et l’autre, importaient davantage. Alors que Lucrèce n’a cessé de chanter la grandeur sans égale d’Épicure, ni ne s’est voulu autre chose que son élève ou son traducteur. La différence, entre le philosophe grec et son disciple latin, n’en apparaît que mieux. À cause de la poésie ? Pas seulement ni surtout. C’est une différence qui touche au fond plus qu’à la forme, au tempérament plus qu’à l’esthétique. Différence humaine, donc aussi philosophique, et qui ressort d’autant plus qu’elle est quasi nulle d’un point de vue doctrinal ou conceptuel. Il y aurait donc autre chose, dans la philosophie, que des doctrines et des concepts …
Date de mise en ligne : 27/01/2023
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