Le diable est dans les détails… ou en tout cas pas où on l’attend. Pour une relecture critique d’une diabolisation féminine : Jade, Kim et Miranda dans la suite Djinn, d’Ana Miralles et Jean Dufaux (Dargaud, 2001-2016)
Pages 111 à 141
Citer ce chapitre
- TILLEUIL, Jean-Louis,
- DIOCHON, Nicolas
- et MARTIN, Philippe,
- Tilleuil, Jean-Louis.
- Tilleuil, J.-L.
- N. Diochon
- et P. Martin
https://doi.org/10.3917/kart.dioch.2023.01.0111
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- Tilleuil, J.-L.
- N. Diochon
- et P. Martin
- Tilleuil, Jean-Louis.
- TILLEUIL, Jean-Louis,
- DIOCHON, Nicolas
- et MARTIN, Philippe,
https://doi.org/10.3917/kart.dioch.2023.01.0111
Notes
-
[1]
Paul Augé (dir.), Larousse du XXe siècle en six volumes, t. 2 : Carm-D, Larousse, 1929, p. 910.
-
[2]
Alain Rey(dir.), Dictionnaire culturel en langue française, t. 2 : Déto-légu, Le Robert, 2005, p. 134.
-
[3]
« Djinn », dans Wikipédia. L’encyclopédie libre, https://fr.wikipedia.org/wiki/Djinn [consulté le 14 avril 2022].
-
[4]
Robert Muchembled, Une histoire du diable XIIe-XXe siècle, Seuil, 2000, p. 11-12.
-
[5]
C’est le cas notamment d’Arbacane, la favorite du Pavillon des plaisirs (t. 11, p. 47, v. 6 ; t. 12, p. 8, v. 2-4 ; t. 12, p. 47, v. 6), de l’anachorète Archarka (t. 12, p. 45, v. 3), de la Rani (t. 12, p. 52, v. 1), de Saru Rakti (t. 13, p. 13, v. 2 et 4), de M. Prim (t. 13, p. 41, 5-6).
-
[6]
On pourrait y associer certains propos de M. Prim (il accompagne Kim tout au long du dernier tome), qui déclare ne pas croire aux légendes relatives à l’immortalité de Jade (t. 13, p. 41, v. 6).
-
[7]
Robert Muchembled, op. cit., p. 281. Plus particulièrement pour la période médiévale, lire Danièle James-Raoul, « La femme maléfique dans la littérature romanesque de la fin du Moyen Âge », dans Nathalie Nabert (dir.), Le mal et le diable. Leurs figures à la fin du Moyen Âge, Beauchesne, 1996, p. 13.
-
[8]
Ibid., p. 15.
-
[9]
Robert Muchembled, op. cit., p. 67 et 70.
-
[10]
Ibid., p. 49.
-
[11]
Ibid., p. 72.
-
[12]
Ibid., p. 67-68.
-
[13]
Corinne Jamar, « Djinn sensuel ! », La Lettre, n°73, sept.-oct. 2003, p. 30.
-
[14]
Camille Froidevaux-Metterie, Un corps à soi, Seuil, 2021, p. 319.
-
[15]
Lire et voir à ce propos Lynne Thornton, La femme dans la peinture orientaliste, ARC édition, 1993, p. 28 et 112 ; Christine Peltre, Les Orientalistes, Hazan, 2018 ; Daniel Kiekol, « L’orientalisme », dans La peinture du néoclassicisme à l’art pompier, Place des Victoires, 2019 (pour la trad. fr.), p. 114-179.
-
[16]
Fatema Mernissi, Le harem et l’Occident, Albin Michel, 2001, p. 110-111.
-
[17]
Lynne Thornton, op. cit., p. 28.
-
[18]
À propos de cette incorporation toujours contraignante en ce début de XXIe siècle d’un modèle de beauté dominant qui valorise la minceur, voire impose une redistribution des « volumes désirables », lire Marie Duru-Bellat, La tyrannie du genre, Presses de Sciences Po, 2017, p. 100- 101 ; Camille Froidevaux-Metterie, op. cit., p. 321 et 329.
-
[19]
Citons entre autres : Joann Sfar, Pascin. La java bleue, L’Association, 2005 ; Aurélia Aurita, Fraise et chocolat, 2 t., Les Impressions Nouvelles, 2006-2007 ; Julie Maroh, Corps sonores, Glénat, 2017 ; Jean-Louis Tripp, Extases, Casterman, 2017 ; Bastien Vives, Le chemisier, Casterman, 2018.
-
[20]
Dominique Maingueneau, La littérature pornographique, Armand Colin, 2007.
-
[21]
Ibid., p. 45.
-
[22]
T. 1, p. 24-25 ; p. 36-37 ; t. 10, p. 22 ; t. 11, p. 22-23 ; t. 12, p. 47.
-
[23]
T. 11, p. 14.
-
[24]
T. 11, p. 47-48 ; t. 12, p. 7-8.
-
[25]
Ibid., p. 50.
-
[26]
T. 3, p. 34-35 ; t. 4, p. 38-39 ; t. 5, p. 26
-
[27]
Ibid., p. 52.
-
[28]
T. 2, p. 18 ; p. 24-26 ; p. 38-39 ; p. 41-45.
-
[29]
T. 2, p. 19 ; p. 26-27 ; p. 37 ; p. 46 ; t. 3, p. 5 ; p. 16-21.
-
[30]
Ibid., p. 34-35.
-
[31]
T. 5, p. 16-17.
-
[32]
T. 10, p. 28-33.
-
[33]
T. 7, p. 26-30.
-
[34]
Camille Froidevaux-Metterie, op. cit., p. 313.
-
[35]
Ziria sera vengée lors du retour au bordel d’Amin Doman et de son
acolyte Kémal (t. 4, p. 9 et p. 10, v. 1-5). -
[36]
Joshua Roy Porter, La bible, Taschen, 2007, p. 29.
-
[37]
Voir par exemple la publicité pour la gamme de cosmétique Once Upon a Time, dans Marie-Claire, n°706, juin 2011, p. 215.
-
[38]
Lynne Thorton, op. cit., p. 81.
-
[39]
Fatema Mernissi, op. cit., p. 145.
-
[40]
Ibid., p. 41-42 et p. 137.
-
[41]
Iris Brey, Le regard féminin. Une révolution à l’écran, Éditions de l’Olivier, 2020, p. 120.
-
[42]
« Kim : Alors, oui, je suis devenue aventurière sans grands moyens […]. Et elle répugne à rentrer chez elle où l’attend une vie médiocre, une vie dont elle ne veut plus. » (t. 13, p. 10, v. 3). Lire à propos de ce critère distinctif : Matthieu Letourneux, Le roman d’aventure : 1870-1930, Pulim, 2010, p. 38. Pour Jade, le choix de l’aventure repose aussi sur la fuite d’un quotidien, mais celui-ci a ceci de particulier, qu’il s’agit d’un harem, quitté par amour pour son amant Harold et son amante Miranda (t. 3, p. 44, v. 5-6).
-
[43]
Robert Muchembled, op. cit., p. 329.
-
[44]
C’est avec grand intérêt qu’on lira dans cette perspective la recherche menée par Caroline Courtois Debast, Jeux d’imaginaires dans Djinn de Jean Dufaux et Ana Miralles. Images et figurations, construction identitaire et parcours d’émancipation féminine, mémoire de master inédit en langues et lettres modernes, Université catholique de Louvain, 2022.
-
[45]
T. 1, p. 44-45 ; t. 3, p. 26-30 ; t. 8, p. 22-23 ; t. 9, p. 3-4 ; t. 13, v.47-48.
-
[46]
Corinne Jamar, op. cit. p. 30.
-
[47]
Fatema Mernissi, op. cit., p. 11-16.
-
[48]
De féminin à masculin.
-
[49]
Ayant choisi de faire du harem un lieu stratégique de sa fiction, Jean Dufaux confesse qu’il a souhaité travailler avec un partenaire féminin, qui plus est attentive aux modalités de représentation du féminin – Ana Miralles – afin d’éviter les « clichés boiteux » et les « maniérismes machistes » (Jean Dufaux et Ana Miralles, Djinn. Ce qui est caché, Dargaud, 2004, p. 3). Voir aussi à ce sujet : Corinne Jamar, « La petite musique d’Ana Miralles », La Lettre, n°81, janv.-févr. 2005, p. 34-35. Si l’on quitte le point de vue des auteurs pour rejoindre celui de la critique, nous avons eu l’occasion de montrer, à partir d’une sélection de productions BD des années 1970-1975 et 1985-1990, la part décisive de la création féminine dans le renouvellement esthétique et thématique des images de femmes (Jean-Louis Tilleuil, « Modes et travaux de l’héroïsme féminin. La part du mal dans la bande dessinée francophone contemporaine », dans Myriam Watthee-Delmotte et Paul-Augustin Deproost, Imaginaires du mal, Presses universitaires de Louvain/Éditions du Cerf, 2000, p. 425-448).
-
[50]
« […] les deux termes du Sumbolon […] sont infiniment ouverts. Le terme signifiant, le seul concrètement connu, renvoie en “extension” si l’on peut dire, à toutes sortes de “qualités” non figurables, et cela jusqu’à l’antinomie. C’est ainsi que le signe symbolique, “le feu”, agglutine les sens divergents et antinomiques du “feu purificateur”, du “feu sexuel”, du “feu démoniaque et infernal”. » (Gilbert Durand, L’imagination symbolique, PUF, 1989 [2e édit.], p. 13-14).
-
[51]
Lydia Vazquez, « Les femmes ne sont pas des hommes », Europe, n°885- 886 : Choderlos de Laclos, janv.-févr. 2003, p. 57-80.
-
[52]
Vazquez distingue quatre types de femme : Mme de Tourvel, prototype de la femme mariée « de force » à un homme âgé ; Cécile Volanges, jeune fille « objet » vendue au plus offrant ; Mme de Volanges, ni plus sujet, ni plus objet de désir (elle atteint la quarantaine), esclave à son tour d’un destin – de mère – qui la contraint à exercer un rôle tyrannique à l’encontre de sa fille ; le quatrième type désigne l’exception paradoxale, Mme de Merteuil, femme qui prétend être à la fois objet (pour Valmont) mais aussi sujet de désir, et qui sera « ensevelie » en fin de récit pour avoir tenté d’échapper à son destin social.
-
[53]
Renato Queirolo et Anna Brandoli, Rebecca, Glénat, 1985-1988 (3 t.).
-
[54]
Gérard Dewamme et Jean-Claude Servais, Tendre Violette, Casterman, 1982-1986 (3 t. : 1er cycle).
« Le diable est toujours fils de son temps. »
Robert Muchembled, Une histoire du diable, 2000
« Nous sommes toutes filles d’Ève. Mais, alors que la femme
est promesse de vie, avènement, ainsi que le suggère le nom
retourné de la première femme, Ave, elle a été sempiternellement liée au maléfice ou au méfait, à la mort […]. »
Danièle James-Raoul, Le Mal et le diable, 1996
« N’est-il pas étrange qu’un militaire plutôt fruste comme
Atatürk ait rêvé de femmes libérées tandis qu’un artiste cultivé
comme Matisse ne rêvait que d’esclaves passives ? »
Fatema Mernissi, Le harem et l’Occident, 2001
Le diable n’a pas attendu le XXIe siècle pour hanter de sa
présence les planches de bande dessinée. Au fil des décennies et
suite à l’évolution du genre BD, elle-même redevable à celle de
la société occidentale, on doit s’attendre à ce que la figuration
diabolique ait diversifié et nuancé ses modalités d’apparition,
notamment pour ce qui touche à ses affinités avec le Mal. Qu’en
est-il dans la suite Djinn (13 albums, 2001-2016), due à la collaboration du scénariste Jean Dufaux et de la dessinatrice espagnole Ana Miralles ?
Commençons par le titre de la suite – Djinn – qui assume
la fonction de première accroche sémantique. L’inévitable référence historique et littéraire au poème extrait du recueil Les
Orientales (1829) de Victor Hugo connote d’emblée ce mot,
emprunté à l’arabe, d’exotisme et de mystère. Un rapide détour
par les ouvrages de référence précise que « djinn » désigne toute
une catégorie d’êtres surnaturel…
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