Résilience, un anti-destin
- Par Boris Cyrulnik
Pages 198 à 201
Citer ce chapitre
- CYRULNIK, Boris,
- MARQUIS, Nicolas,
- Cyrulnik, Boris.
- Cyrulnik, B.
- N. Marquis
https://doi.org/10.3917/sh.marqu.2015.01.0198
Citer ce chapitre
- Cyrulnik, B.
- N. Marquis
- Cyrulnik, Boris.
- CYRULNIK, Boris,
- MARQUIS, Nicolas,
https://doi.org/10.3917/sh.marqu.2015.01.0198
Il a fallu attendre le début du XXe siècle pour oser penser la métaphore du trauma, où un impact extérieur délabre durablement le monde intime psychique. Puis il a fallu attendre les années 1980 pour réfléchir aux moyens de suturer ce moi déchiré. Les conditions de reprise d’un développement après une agonie psychique traumatique définissent la résilience. C’est à Emmy Werner (1982) qu’est attribuée la maternité du concept de résilience. Cette psychologue américaine a suivi à Hawaï 700 enfants sans famille, sans école, agressés physiquement et sexuellement. Trente ans plus tard, la plupart de ces enfants étaient devenus des adultes massacrés. Mais, surprise, 28 % avaient appris un métier, fondé une famille et ne souffraient pas de troubles psychiques majeurs. « Ces enfants ont quelque chose à nous apprendre, conclut son collègue Michael Rutter, afin de mieux aider ceux qui n’ont pas pu s’en sortir. » Le concept de résilience est donc né d’un étonnement : quand l’on suit pendant plusieurs décennies une population d’enfants ou d’adultes traumatisés, on constate que tous ne deviennent pas ce que l’on avait pu logiquement prédire.
Les déterminants d’un tel processus sont hétérogènes, comme pour toute étude de développement. Dans le système respiratoire, l’oxygène gazeux franchit le filtre pulmonaire puis est transporté par les globules rouges dans le liquide plasmatique. Qu’un seul élément soit altéré et le système entier ne pourra plus fonctionner car il est indivisible, quoique composé de phénomènes de nature différente…
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