VI. Les dommages sur le lecteur, éthique de la réception
Pages 371 à 434
Citer ce chapitre
- AMADIEU, Jean-Baptiste,
- Amadieu, Jean-Baptiste.
- Amadieu, J.-B.
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- Amadieu, J.-B.
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Notes
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[1]
Marcel Proust, « Sur la lecture », Sésame et les lys, éd. Antoine Compagnon, Bruxelles, Complexe, coll. Le regard littéraire, 1987, p. 73 et 87.
-
[2]
Gabriel Asztrik, Index romain et littérature française à l’époque romantique, op. cit., p. 65.
-
[3]
Jean-Paul Sartre, Qu’est-ce que la littérature ? (1948), Paris, Gallimard, coll. Folio/ essais, 1985, p. 50.
-
[4]
François Jankowiak, qui attribue cette maxime scolastique à Thomas d’Aquin sans la loca liser dans son œuvre, se sert de l’expression pour traiter de la réception des productions imprimées et audiovisuelles dans l’Église (François Jankowiak, «’Fides ex auditu”, L’Église et les moyens de communication sociale à l’époque contemporaine », L’Année canonique, t. XLI, 1999, p. 27). Jauss la présente comme un vieux principe herméneutique : « On ne peut prétendre étudier vraiment l’histoire de la réception des œuvres que si l’on reconnaît et admet que le sens se constitue par le jeu d’un dialogue, d’une dialectique intersubjective – ce que reconnaissait déjà le vieil adage herméneutique : quidquid rec[i]pitur recipitur ad modum recipientis. » (Hans Robert Jauss, Pour une esthétique de la réception, trad. Claude Maillard, Paris, Gallimard, coll. Tel, 1990, p. 270.)
-
[5]
ACDF, Index, Protocolli 1862-1864, dossier de la session du 20/06/1864, doc. II, p. 9. Trad. : « Ce mauvais livre est ouvertement une école pour indiquer les méthodes de l’adultère tant aux jeunes sans expériences qu’aux épouses vouées à la chasteté, comme l’auteur lui-même le dit : « À Paris l’amour est fils des romans. Le jeune précepteur et sa timide maîtresse auroient retrouvé dans trois ou quatre romans… l’éclaircissement de leur position. Les romans leur auroient tracé le rôle à jouer, montré le modèle à imiter ». »
-
[6]
Alphonse de Parvillez, Le Livre au service du Christ, Paris, Spes, 1940, p. 152.
-
[7]
Jean Pontas, Dictionnaire des cas de conscience ou Décisions des plus considérables dificultez touchant la morale & la discipline ecclésiastique, Paris, Le Mercier et alii, t. II, 1724, col. 1175-1176.
-
[8]
Nicolas Jamin, Traité de la lecture chrétienne, op. cit., p. 28-29.
-
[9]
Ibid., p. v.
-
[10]
Ibid., p. 1-2. La métaphore de la lecture comme nourriture remonte au moins au Moyen Âge et ne s’applique pas, à l’origine, aux mauvaises lectures, mais à la méditation des textes sacrés. Il existait un modèle scolastique de lecture, conçue comme « rumination », comme l’explique Jacqueline Hamesse : « Pendant tout le haut Moyen Âge, le livre par excellence était la Sacra Scriptura qui était lue à tout moment et qui constituait la base de la spiritualité monastique. Est-ce par hasard que les auteurs parlaient de ruminatio à propos de cet exercice d’assimilation et de méditation sur la Bible ? La lecture constituait vraiment la nourriture spirituelle des moines. » (Jacqueline Hamesse, « Le modèle scolastique de la lecture », dans Histoire de la lecture dans le monde occidental, dir. Guglielmo Cavallo et Roger Chartier, Paris, Éditions du Seuil, 1997, p. 126.) La lecture est aliment de la vie de l’âme, elle invite à la méditation et à la contemplation, elle nourrit la vie morale et intellectuelle des clercs. Ce modèle méditatif est détrôné par un modèle plus encyclopédique, à partir du xiie siècle : « L’acquisition du savoir est devenue plus importante que la dimension spirituelle. […] L’enseignement et une culture acquise le plus rapidement possible vont remplacer la connaissance approfondie des œuvres. On lit désormais en diagonale. La méditation de la Sacra Scriptura est remplacée par l’examen, souvent superficiel, d’autres textes inscrits au programme des cours. […] La lecture technique et organisée prend le pas sur la lecture spirituelle. Le point de vue encyclopédique va remplacer à tous les niveaux la lecture et la méditation. » (Ibid., p. 143.) Malgré la disparition, dans la pratique, de l’idée de nourriture spirituelle, les partisans de l’influence nécessaire de la lecture gardent comme modèle intellectuel de référence l’ancien modèle scolastique. La lecture nourrit l’âme de celui qui s’y adonne.
-
[11]
Nicolas Jamin, Traité de la lecture chrétienne, op. cit., p. 72.
-
[12]
Ibid.., p. 91.
-
[13]
[Louis] Baunard, Le Collège chrétien, op. cit., p. 284-285.
-
[14]
Mgr d’Hulst, Retraite de la Semaine Sainte, Carême de 1894, op. cit., p. 48.
-
[15]
Abbé [Marie-] D[ominique] Bouix, Tractatus de curia romana, seu De cardinalibus, romanis Congregationibus, legatis, nuntiis, vicariis et pronotariis apostolicis, coll. Institutiones juris canonici, Parisis, Bourguet-Calas & Cie Successoribus, 1880, p. 382. Trad. : « Même si beaucoup de livres mauvais sont de ce fait malfaisants, réciproquement tous les livres malfaisants ne sont pas pour autant mauvais. »
-
[16]
Ibid., p. 383.
-
[17]
Ibid. Trad. : « Argument I. D’après la tendance naturelle des hommes de se conformer aux doctrines et aux mœurs de ceux avec lesquels ils vivent et s’entretiennent habituellement. »
-
[18]
Francesco Antonio Zaccaria, Storiapolemica delleproibizioni de’libri, Roma, Generoso Salomoni, 1777, p. 231-232.
-
[19]
Abbé [Marie-] D[ominique] Bouix, Tractatus de curia romana, op. cit., p. 384. Trad. : « En vérité lire de mauvais livres revient à fréquenter les mauvais auteurs de ces livres. »
-
[20]
Ibid., p. 384.
-
[21]
Ibid. Trad. : « dis-moi quels livres, quels journaux, et enfin quels écrits ont l’habitude de lire tel homme, telle famille, et telle communauté et je te dirai quelles sont leurs doctrines et leurs mœurs. »
-
[22]
Ibid. Trad. : « Argument II. Du fait que les livres exercent un certain magistère à l’autorité de laquelle la plupart des lecteurs ont l’habitude de se soumettre. »
-
[23]
Ibid., p. 385.
-
[24]
Ibid. Trad. : « Argument III. Du fait que les mauvais livres sont par eux-mêmes capables de renverser la foi et les mœurs. »
-
[25]
Ibid.
-
[26]
Ibid. Trad. : « Argument IV. Du fait que le plus grand nombre de lecteurs manquent de solidité en savoir et en sainteté qui serait nécessaire pour lire des livres mauvais sans danger de perversion. »
-
[27]
Ibid., p. 386.
-
[28]
Ibid., p. 389. Trad. : « Proposition II. Certains livres, même s’ils ne sont pas en soi mauvais peuvent cependant être quelquefois dangereux. »
-
[29]
Jean-Benoît Vittrant, Théologie morale, op. cit., n° 629 (p. 321).
-
[30]
[Mgr d’Hulst], Retraite de la Semaine Sainte, Carême de 1894, op. cit., p. 3.
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[31]
Ibid.., p. 32 et 48.
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[32]
[Louis] Baunard, Le Collège chrétien, op. cit., p. 283. L’expression latine (trad. : « les conduisent au puits de la mort ») se réfère au verset 26 du psaume Liv : « Mais vous, mon Dieu, vous les conduirez jusque dans le puits et dans l’abîme de la mort éternelle » (trad. Lemaître de Sacy).
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[33]
ACDF, Index, Protocolli 1849-1851, f. 681r.
-
[34]
ACDF, Index, Protocolli 1838-1841, f. 608r.
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[35]
ACDF, Index, Protocolli 1838-1841, f. 535v-536r.
-
[36]
Traduction de Philippe Boutry, dans « Mauprat à l’Index (30 mars 1841) », George Sand. Territoire et histoire, dir. Noëlle Dauphin, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2006, p. 169-200.
-
[37]
ACDF, Index, Protocolli 1830-1835, f. 433r.
-
[38]
Ibid.
-
[39]
La théologie morale pousse très loin les catégorisations. Le cardinal Gousset cherche à établir les divers degrés de culpabilité des pénitents ayant assisté à des pièces de théâtre indécentes :
« On ne peut, sous peine de péché mortel, concourir à aucune représentation notablement indécente, valde turpis, ni par abonnement ou souscription, ni par applaudissement. Il y aurait aussi péché mortel pour les simples spectateurs qui assisteraient à une représentation notablement obscène, pour le plaisir honteux que cette représentation peut occasionner. Mais il n’en est pas de même de ceux qui n’y assistent que par curiosité ou par récréation ; ils ne pèchent que véniellement, pourvu qu’ils se proposent de résister à tout mouvement charnel qui peut survenir, ou qu’ils n’aient pas lieu de craindre de se laisser aller à quelques fautes graves.
Cependant, il serait difficile d’excuser de péché mortel un jeune homme qui, sans nécessité, voudrait assister au spectacle, dans le cas dont il s’agit ; à moins qu’il ne fût d’une conscience très-timorée, et qu’il ne pût s’autoriser sur sa propre expérience. Encore faudrait-il, dans ce dernier cas, que son exemple ne fût pas une occasion pour d’autres jeunes gens d’assister à des représentations indécentes.
Si les choses représentées ne sont pas notablement obscènes, et si la manière de les représenter ne blesse point gravement les mœurs, il n’y a que péché véniel à assister au spectacle sans raison légitime. On excusera même de tout péché ceux qui ont quelque juste cause d’y assister : Sic, verbi gratia, potest sine peccato spectaculis assistere mulier conjugata, ne marito imperanti displiceat, filius aut filia, utpatri obediat [Alphonse de Liguori, Theol. moral., lib. III, n° 427]. Mais ceux même qui sont obligés d’aller au spectacle, comme ceux qui croient pouvoir y aller, doivent se tenir en garde contre le danger. » (Cardinal Gousset, Théologie morale à l’usage des curés et des confesseurs, op. cit., t. I, p. 292-293. Trad. de la citation latine : « Ainsi, peut-on dire, une femme mariée peut assister sans péché à des spectacles pour ne pas déplaire à son mari qui les lui commandait, le fils ou la fille pour obéir au père. »)
Pour établir le degré de culpabilité, le cardinal Gousset recourt au type de spectacle (notablement indécent ou non), à l’âge du spectateur, au motif de sa participation au spectacle, et à sa disposition morale. En croisant les différents critères, on obtient une classification assez complexe, que l’on peut présenter sous la forme du tableau suivant :TYPE DE REPRÉSENTATION : « NOTABLEMENT OBSCÈNE » Circonstances psychologiques Classe d’âge Culpabilité Motif de participation Dispositions morales Par adhésion durable (abonnement, souscription, applaudissement) [Implicites : délectation volontaire] Toutes Mortelle Par plaisir [Implicites : délectation volontaire] Toutes Mortelle Par curiosité ou récréation Volonté de résistance à tout mouvement charnel Adulte Vénielle Sans volonté de résistance Mortelle Conscience ordinaire Jeune homme Mortelle Conscience très timorée et inexpérimentée : risque de mauvais exemple envers autrui Mortelle aucun risque de mauvais exemple envers autrui Vénielle TYPE DE REPRÉSENTATION : NON « NOTABLEMENT OBSCÈNE » Sans raison légitime [Recommandées : prudence] Toutes Vénielle Par contrainte [Recommandées : prudence] Toutes Aucune Circonstances psychologiques Classe dàge (ulpabilité Motif de participation Dispositions morales Par adhésion durable (abonnement, souscription; applaudissement) [Implicites : délectation volontaire] Toutes Mortelle Par plaisir [Implicites : délectation volontaire] Toutes Mortelle Par curiosité QU récréation Volonté de résistance à tout mouvement charnel Adulte Vénielle Sans volonté de résistance Mortelle Conscience ordinaire Jeune homme Mortelle Conscience très temorée etinexpérimentée : risque de mauvais exemple envers autrui Mortelle aucun risque de mauvais exemple envers autrui Vénielle Sans raison légitime [Recommandées : prudence] Toutes Vénielle Par contrainte [Recommandées : prudence] Toutes Aucune -
[40]
ACDF, Index, Protocolli 1862-1864, dossier de la session du 20/06/1864, doc. II, p. 20.
-
[41]
[Jacques Baillès], La Congrégation de l’Index mieux connue et vengée, op. cit., p. 265-266.
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[42]
ACDF, Index, Protocolli 1862-1864, dossier de la session du 22/06/63, doc. IV.7, p. 6.
-
[43]
Au sujet des interdictions de lecture faites aux adolescents, le jésuite Alphonse de Parvillez imagine un dialogue avec une jeune personne se plaignant des rigueurs de l’Index. Comme il apprend qu’elle n’a que seize ans, il lui rétorque : « Age radieux, éblouissant. C’est peut-être à cet âge-là que nous ressusciterons tous, afin que la joie du ciel nous rappelle le parfum le plus exquis de la terre, celui du printemps. Mais prenez garde ; ce trésor de votre jeunesse excite, chez ceux qui l’ont perdu, des regrets jaloux. Ils disent méchamment – et je ne vous répète leurs propos, croyez-le bien, que pour les condamner avec la dernière énergie – que la candeur de certaines prétentions dénonce un esprit encore mal dégagé des charmantes naïvetés de l’enfance. Ils ajoutent parfois que celui-là n’a qu’un horizon encore restreint, qui n’aperçoit pas même ses propres limites. Ils osent même avancer que pour méconnaître la puissance et l’universalité de l’influence, pour se croire imperméable aux idées d’autrui, dont nous vivons tous, il faut n’avoir pas encore eu le temps de réfléchir ou en être capable. Enfin ils poussent la malignité jusqu’à plaindre l’ignorant qui ignore jusqu’à son ignorance ; car s’il connaissait sa faiblesse, il se ferait guider ; inconscient du danger, il est perdu… » (Alphonse de Parvillez, L’Index. Un éteignoir ou un phare ?, doc. cit.) Pour classer les romans d’un point de vue moral, l’abbé Bethléem use d’un critère d’âge. Son catalogue des Romans à lire et romans à proscrire se présente comme un « essai de classification au point de vue moral des principaux romans et romanciers (1500-1932) avec notes et indications pratiques ». Il y distingue six classes de romans, des plus nocifs aux plus édifiants : – I. Romans à proscrire en vertu des décrets de l’Index ; – II. Romans à proscrire en vertu de la morale chrétienne ; – III. Romans mondains ou romanciers dont certaines œuvres peuvent figurer dans la bibliothèque des gens du monde et être lues par des personnes d’un âge et d’un jugement mûrs ; – IV. Romans honnêtes qui peuvent être lus sans danger par des jeunes gens ou des jeunes filles sagement formés ; – V. Romans propres à intéresser la jeunesse et qui peuvent être généralement laissés entre toutes les mains ; – VI. Romans enfantins ou histoires amusantes pour les petits jeunes gens, les petites filles et les enfants.
-
[44]
ACDF, Index, Protocolli 1862-1864, dossier de la session du 22/06/1863, doc. IV.5, p. 3-4.
-
[45]
Ibid., p. 1-2.
-
[46]
ACDF, Index, Protocolli 1842-1845, f. 62r. Trad. : « il peut s’avérer d’une lecture très dangereuse pour les jeunes gens et les adultes mal instruits dans la véritable et religieuse philosophie chrétienne. »
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[47]
ACDF, Index, Protocolli, 1865-1869, doc. 89, p. 3.
-
[48]
ACDF, Index, Protocolli 1862-1864, dossier de la session du 22/06/1863, doc. IV.6, p. 3.
-
[49]
ACDF, Index, Protocolli 1838-1841, f. 617r.
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[50]
ACDF, Index, Protocolli 1862-1864, dossier de la session du 22/06/1863, doc. IV.2, p. 8. Trad. : « Oh, quelle déplorable déchéance spirituelle peut arriver à des lecteurs passionnés et inexpérimentés, peu connaisseurs et peu amateurs de la sainte vérité de notre religion ! »
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[51]
ACDF, Index, Protocolli 1838-1841, f. 564r.
-
[52]
ACDF, Index, Protocolli 1849-1851, f. 682v.
-
[53]
ACDF, Index, Protocolli 1862-1864, dossier de la session du 22/06/63, doc. IV.8, p. 1.
-
[54]
La distinction est proche de celle qu’établit Jauss entre l’effet et la réception : « Si l’on définit l’œuvre comme résultant de la convergence du texte et de sa réception, et donc comme une structure dynamique qui ne peut être saisie que dans ses “concrétisations” historiques successives, il n’est pas difficile de distinguer Vaction de l’œuvre, l’’effet qu’elle produit, de sa réception. Ce sont les deux composantes de la concrétisation ou élément constitutif de la tradition ; l’une – l’effet (Wirkung) – est déterminée par le texte, et l’autre – la réception (Rezeption) – par le destinataire. » (Hans Robert Jauss, Pour une esthétique de la réception, op. cit., p. 269.)
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[55]
ACDF, Index, Protocolli 1862-1864, dossier de la session du 22/06/1863, doc. IV.7, p. 13. Trad. : Nettement traite « des préjudices que les romans provoquent auprès des lecteurs, et déplore la ruine qu’ils entraînent dans la famille et dans la société où ces livres sont librement introduits. »
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[56]
Alfred Nettement, Études critiques sur lefeuilleton-roman, 2e série, Paris, Lagny frères, 1847, p. 71-72. Cité dans le votum, p. 13.
-
[57]
ACDF, Index, Protocolli 1862-1864, dossier de la session du 22/06/1863, doc. IV.7, p. 13-14.
-
[58]
Dans la préface de Julie ou La Nouvelle Héloïse, Rousseau écrit exactement : « Jamais fille chaste n’a lu de Romans ; et j’ai mis à celui-ci un titre assés décidé pour qu’en l’ouvrant on sut à quoi s’en tenir. Celle qui, malgré ce titre, en osera lire une seule page, est une fille perdue ». (Lettres de deux amans, Habitans d’une petite ville au pied des Alpes, recueillies et publiées par J. J. Rousseau, Amsterdam, Marc Michel Rey, 1761, t. I, f. 4v.)
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[59]
Benoît XIV, Sollicita ac provida, Index librorum prohibitorum Leonis XIII Summi Pontificis Auctoritate recognitus SSMI D. N. Pii PP. XI iussu editus, Romae, Typis Polyglottis Vaticanis, 1922, p. xxxiii.
-
[60]
Cardinal Raphaël Merry del Val, « Préface » à l’Index (9 juin 1929), Index des livres prohibés, éd. cit., p. x.
-
[61]
Le texte français est un texte officiel. C’est même la première édition romaine de l’Index en langue française. Quelques années plus tôt, il fut vivement discuté de l’Index en France, après la condamnation de l’Action française, condamnation qu’une frange des catholiques français, non la moins intransigeante et a priori plutôt favorable au principe de l’Index, accepta fort mal. Voir Jaques Prévotat, Les Catholiques et l’Action française, op. cit.
-
[62]
Jean-Benoît Vittrant, Théologie morale, op. cit., n° 629 (p. 321).
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[63]
Hans Kühner, Index romanus, Analyse ou interdiction?, op. cit., p. 73.
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[64]
« Après la suppression de l’Index. Déclarations de S[on] Ém[inence] le cardinal Ottaviani » [traduction d’un entretien paru dans l’Osservatore della Domenica du 24 avril 1966], La Documentation catholique, t. LXIII, 48e année (1966), Paris, Maison de la bonne presse, 1966, col. 1018-1019.
-
[65]
Ibid., col. 1019.
-
[66]
Ibid.., col. 1020.
-
[67]
Selon Sartre, la lecture « semble la synthèse de la perception et de la création ; elle pose à la fois l’essentialité du sujet et celle de l’objet ; l’objet est essentiel parce qu’il est rigoureusement transcendant, qu’il impose ses structures propres et qu’on doit l’attendre et l’observer ; mais le sujet est essentiel aussi parce qu’il est requis non seulement pour dévoiler l’objet (c’est-à-dire faire qu’il y ait un objet) mais encore pour que cet objet soit absolument (c’est-à-dire pour le produire). » (Sartre, Qu’est-ce que la littérature?, op. cit., p. 50.) Cette conception de la lecture ne manque pas de proximité avec la théorie idéogénique scolastique. Le manuel de philosophie du cardinal Mercier, qui sert souvent de référence à la pensée de tradition scolastique, définit l’acte de connaître un objet extérieur, de la façon suivante (que l’on peut appliquer à l’acte de lecture) : « L’acte de connaître n’est ni l’acte de l’objet ni l’acte du sujet, c’est l’acte du sujet en tant que celui-ci est impressionné, actualisé, différencié par l’objet ; la connaissance réclame le concours d’un double principe d’efficience et c’est de leur action combinée qu’elle est le résultat. « Omnis res quamcumque cognoscimus, congenerat in nobis notitiam sui. Ab utroque enim paritur notitia, a cognoscente et cognito ». Ainsi s’exprime saint Augustin (de Trin., 12). Les scolastiques comparent souvent aussi l’acte de connaître à l’acte d’engendrer : l’espèce intentionnelle est comme la semence qui féconde la puissance cognitive et qui ainsi donne naissance à la reproduction mentale ou psychique de l’objet extérieur. » (D[ésiré-Joseph] Mercier, Psychologie, Cours de philosophie [vol. III], Louvain, Institut supérieur de philosophie, t. II, 1905, p. 45-46, n. 1. Trad. de la citation latine : « Toute chose, de quelque manière que nous la connaissions, participe à la naissance en nous de son idée. En effet l’idée est créée par deux choses à la fois : le connaissant et le connu. »)
-
[68]
ACDF, Index, Protocolli 1862-1864, dossier de la session du 22/06/1863, doc. IV.3, p. 1-2.
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[69]
ACDF, Index, Protocolli 1862-1864, dossier de la session du 22/06/1863, doc. IV.9, p. 1-2.
-
[70]
[Jean-Sébastien] Dieulin, Le Bon Curé au XIXe siècle, ou Le Prêtre considéré sous le rapport moral et social, Lyon, Mothon et Pincanon, t. II, 1845, p. 383.
-
[71]
ACDF, Index, Protocolli 1894-1896, n° 282, p. 40. Trad. : « les descriptions abjectes et les narrations dénigrantes, pour lesquelles l’inclination s’est viciée ».
-
[72]
DTC, t. XI, col. 905.
-
[73]
Ibid.
-
[74]
Ibid.
-
[75]
Cardinal Gousset, Théologie morale à l’usage des curés et des confesseurs, op. cit., t. II, p. 370-371.
-
[76]
Voir supra « La proscription absolue des livres obscènes ». [Marie-]D[ominique] Bouix, Tractatus de curia romana, op. cit., p. 549. Trad. : « il peut arriver qu’un livre contenant des récits obscènes, sans pour autant qu’il en traite ex professo, soit proscrit de droit naturel à certaines personnes ; à savoir celles pour lesquelles il pourrait être une occasion prochaine de péché. »
-
[77]
ACDF, Index, Protocolli 1862-1864, dossier de la session du 22/06/1863,doc. IV.2, p. 11-12.
-
[78]
Cardinal Gousset, Théologie morale à l’usage des curés et des confesseurs, op. cit., t. I, p. 292.
-
[79]
DTC, t. IV, col. 245.
-
[80]
Ad. Tanquerey, Précis de théologie ascétique et mystique, Paris, Desclée et Cie, s. d. [1925], p. 575-576.
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[81]
Ibid.., p. 577.
-
[82]
Ibid.., p. 579-580.
-
[83]
Antonio Ballerini, De peccatis [tractatus IV], dans Opus theologicum morale, volumen I, Prati, Ex Officina libraria Giachetti, 1889. Les extraits cités ici sont tirés de l’article qui traite du caractère peccamineux de la délectation morose : caput I (« De peccato in genere »), dubium II (« De desideriis et delectationibus »), articulus II (« An delectatio morosa sit semper peccatum »).
-
[84]
Ibid., p. 461. Trad. : « Si l’on se borne à la pensée d’un acte mauvais en soi, c’est un péché mortel ou véniel dans la mesure où l’acte mauvais est mortel ou véniel. »
-
[85]
Ibid.
-
[86]
Ibid., p. 468.
-
[87]
Ibid..
-
[88]
Iulius Nigroni, Dissertatio moralis de lectione librorum amatoriorum, op. cit., p. 17-18.
-
[89]
Ibid., p. 29-30.
-
[90]
Ibid., p. 38. Trad. : « elle blesse l’âme des innocents ».
-
[91]
Ibid. Trad. : « Cette lecture malfaisante rouvre les blessures que la cicatrice avait fermées, dans l’âme de ceux qui avaient perdu la santé d’une chasteté blessée ».
-
[92]
Ibid., p. 39. Trad. : « Cette même lecture souillée corrompt les mœurs des personnes vertueuses. »
-
[93]
Ibid., p. 41. Trad. : « J’avais dit que s’exposent au péril les lecteurs attirés par les livres honteux dont je parle ».
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[94]
Ibid., p. 42. Trad. : « Je désignerai comme cinquième dommage la tentation autrement dit l’attaque de ceux qui se maintiennent dans le sentier de la vertu ».
-
[95]
Ibid., p. 43-44. Trad. : « Si une telle lecture n’attaque pas l’âme par la suggestion et le souvenir d’obscénités, elle détourne sûrement de la prière et des autres exercices spirituels et elle remplit d’images sans valeur l’âme qui recherche la perfection ».
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[96]
D[ésiré-Joseph] Mercier, Psychologie, op. cit., t. II, p. 14-15.
-
[97]
Sum. Theol., II. II., q. 153, a. 5.
-
[98]
Nouvelle traduction en français de la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin, précédée des éloges du saint docteur et de sa biographie, accompagnée du texte latin en regard, avec des notes scientifiques sur les questions qui l’exigent, et d’un aperçu synoptique, embrassant toutes les questions de chaque partie de l’ouvrage, éd. J. Carmagnolle, Draguignan, P. Gimbert, t. XIII, p. 179-181.
-
[99]
Hans Kühner, Index romanus, Analyse ou interdiction?, trad. J. de la Forest Divonne, s. l., Spes, 1964, p. 32.
L’acte de mise à l’Index consiste essentiellement en une interdiction de lecture : « nemo cujuscumque gradus, et conditionis prœdicta Opera damnata, atque proscripta quocumque loco, et quocumque idiomate, aut in posterum edere, aut edita legere, vel retinere audeat », mentionnent les décrets de l’Index, après la liste nominative des livres proscrits. « Que personne, de quelque grade et de quelque condition qu’il soit, n’ose en quelque lieu et quelque langue que ce soit, éditer à l’avenir, ni lire s’ils sont édités, ni conserver les susdits ouvrages condamnés et proscrits. » Les interdictions de diffusion et de conservation visent à endiguer la lecture de l’œuvre proscrite ; elles complètent l’interdiction de lecture. Les règlementations conciliaires ou pontificales de la censure légitiment les proscriptions en arguant que ces condamnations ont pour but de protéger les lecteurs. Les vota de l’Index réclament la proscription d’un livre, s’il est susceptible de menacer la foi ou les mœurs de certains lecteurs, si l’ouvrage est dangereux. La préservation du lecteur motive l’acte censorial. Les ouvrages sans influence significative ne sont pas mis à l’Index, comme en témoigne l’abandon des poursuites contre le Porte-Feuille volé de Parny, ou Chatterton de Vigny. On juge que le premier a sombré dans l’oubli et que le second ne trouvera pas son public, tant le drame est mal composé et sans intérêt. La censure du Porte-Feuille volé soutient même que la proscription du recueil serait dangereuse dans la mesure où elle ranimerait la mémoire du livre auprès des lecteurs et provoquerait des curiosités malsaines…
Date de mise en ligne : 12/03/2025
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