Chapitre d’ouvrage

La ruine

Pages 73 à 79

Citer ce chapitre


  • Ogarkova, T.,
  • Yermolenkoar, V.,
  • Traduit de l’ukrainien par Henry, L.
(2026). La ruine. La vie à la lisière : Être ukrainien aujourd'hui (p. 73-79). Gallimard. https://shs.cairn.info/la-vie-a-la-lisiere--9782073125705-page-73?lang=fr.

  • Ogarkova, Tetyana.,
  • et al.
« La ruine ». La vie à la lisière Être ukrainien aujourd'hui, Gallimard, 2026. p.73-79. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/la-vie-a-la-lisiere--9782073125705-page-73?lang=fr.

  • OGARKOVA, Tetyana,
  • YERMOLENKOAR, Volodymyr,
  • Traduit de l’ukrainien par HENRY, Louise,
2026. La ruine. In : La vie à la lisière Être ukrainien aujourd'hui. Paris : Gallimard. Témoins, p.73-79. URL : https://shs.cairn.info/la-vie-a-la-lisiere--9782073125705-page-73?lang=fr.

La racine, comme nous l’avons vu, a une ombre, un double. Un antipode et en même temps un frère jumeau. C’est la ruine. La racine est une ruine qui peut germer à nouveau. La ruine, une racine que l’on a brûlée.
Les ruines classiques nous attirent. Concentré de temps, elles seront toujours plus vieilles que nous et que tout ce dont nous pouvons nous souvenir. La ruine se souvient de davantage que nous. Elle connaît une réalité que nous ne pouvons effleurer qu’à travers la lecture. Elle nous rappelle le temps et son irréversibilité. À côté d’une ruine, on se sent fini et limité, comme un fragment de la grande histoire.
La civilisation européenne chérit cette esthétique de la ruine. Pour savoir qui l’on est, encore faut-il savoir par quoi tout a commencé. C’est pourquoi l’Acropole d’Athènes ou le Colisée de Rome furent à travers les siècles et sont toujours des lieux de pèlerinage. Au xviiie siècle, la passion pour l’esthétique de la ruine fut si forte qu’en plus de se rendre auprès d’elles, on en construisit. Les ruines artificielles du parc du château de Schönbrunn, à Vienne, furent créées en 1778 par l’architecte Johann Ferdinand Hetzendorf von Hohenberg. Et à Katchanivka, dans la région de Tchernihiv, nous avons vu les « ruines romantiques » de l’ancienne propriété des Tarnovsky, cœur battant de la vie culturelle du début du xixe siècle.Cette passion pour les ruines en tant que concentrés temporels parcourt aussi notre siècle. À Paris, au marché des puces de Saint-Ouen, on peut trouver des bijoux féminins confectionnés à partir de fragments de graffitis du mur de Berlin…


Date de mise en ligne : 11/05/2026

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