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Chapitre VIII. Psychologie tragique : la dialectique des passions et des caractères

Pages 233 à 272

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  • Forestier, G.
(2016). Chapitre VIII. Psychologie tragique : la dialectique des passions et des caractères. La tragédie française : Règles classiques, passions tragiques (p. 233-272). Armand Colin. https://doi.org/10.3917/arco.fores.2016.01.0233.

  • Forestier, Georges.
« Chapitre VIII. Psychologie tragique : la dialectique des passions et des caractères ». La tragédie française Règles classiques, passions tragiques, Armand Colin, 2016. p.233-272. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/la-tragedie-francaise--9782200616090-page-233?lang=fr.

  • FORESTIER, Georges,
2016. Chapitre VIII. Psychologie tragique : la dialectique des passions et des caractères. In : La tragédie française Règles classiques, passions tragiques. Paris : Armand Colin. Collection U, p.233-272. DOI : 10.3917/arco.fores.2016.01.0233. URL : https://shs.cairn.info/la-tragedie-francaise--9782200616090-page-233?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/arco.fores.2016.01.0233


Notes

  • [1]
    En 1675, 1687 et 1697 ; voir mes commentaires, p. 112 et 113.
  • [2]
    En dépit du caractère extrêmement rigide de cette série de répliques alternées d’un vers chacune, la plupart des auteurs de tragédies au xviie siècle ont considéré la stichomythie comme un passage obligé de l’affrontement dialogué, Racine compris qui en a fait un usage régulier, se bornant à l’assouplir quelque peu (La Thébaïde, IV, 3 ; Alexandre le Grand, I, 2 ; Britannicus, III, 8 ; Mithridate, I, 3).
  • [3]
    La Pratique du Théâtre, IV, 4 (Des délibérations) ; éd. cit., p. 430-432.
  • [4]
    Héraclius, Au Lecteur, OC, II, p. 357.
  • [5]
    Discours du Poème dramatique, OC, III, p. 118.
  • [6]
    La Sophonisbe, II, 1 ; v. 347-356 ; dans Théâtre du xviie siècle, Pléiade, I, p. 682.
  • [7]
    Howe, 1987.
  • [8]
    Chapitre vii, p. 224.
  • [9]
    « Sa force est absolue, et charme, ni beauté, / Ne la peut divertir de sa sévérité (I, 1 ; v. 59-60, éd. Alice Duroux, dans Rotrou, Théâtre complet, vol. IV, Paris, STFM, 2001).
  • [10]
    Devant s’absenter, il lui délègue en même temps le commandement de toute l’armée. La version rapportée par Plutarque n’offrait aucun de ces aménagements : l’officier romain n’avait pas de lien particulier avec le chef de l’armée et, comme le dit Jacques Amyot dans sa traduction de Plutarque (1572), sitôt qu’il se fut emparé de la princesse, il « usa de son aventure en soudard, et la viola ».
  • [11]
    Solennellement affirmée par le comédien Genest au commencement du Véritable saint Genest (I, 5 ; v. 277-286).
  • [12]
    On lira tout particulièrement la scène dans laquelle le prince Ladislas explique à sa sœur comment il a été conduit à assassiner son rival (qui se révélera être son propre frère). Voici le commencement de son récit :
    Vous savez les efforts que j’ai faits sur moi-même
    Pour secouer le joug de cet amour extrême,
    Et retirer d’un cœur indignement blessé
    Le trait empoisonné que ses yeux m’ont lancé.
    Mais, quoi que j’entreprenne, à moi-même infidèle,
    Contre mon jugement mon esprit se rebelle ;
    Mon cœur de son service à peine est diverti,
    Qu’au premier souvenir il reprend son parti.
    Tant a de droits sur nous, malheureux que nous sommes,
    Cet amour, non amour, mais ennemi des hommes (IV, 2 ; v. 1191-1200).
  • [13]
    Dans Corneille, OC, I, p. 785, et dans La Querelle du Cid, éd. Civardi, p. 376-377 (je souligne).
  • [14]
    Dans Corneille, OC, I, p. 811, et dans La Querelle du Cid, éd. Civardi, p. 961-962 (je souligne).
  • [15]
    L’Amour tyrannique, IV, 2 ; v. 1070-1074 ; dans Théâtre du xviie siècle, Pléiade, vol. II, p. 569. Rappelons que le sens le plus fréquent de conseil est celui de décision.
  • [16]
    IV, 9, v. 1251-1288, éd. C. Chaineaux, p. 415-416.
  • [17]
    Lettre CCLXXXI (7 mai 1639), éd. Tamizey de Larroque, vol. I, p. 420-421.
  • [18]
    Aristote, chap. xv, 54 a 16-33 ; Corneille, Discours du poème dramatique, dans OC, III, p. 129-133.
  • [19]
    Racine, Œuvres complètes, Pléiade, II, p. 927-929.
  • [20]
    Dans Opuscules critiques, A. Hunter éd., p. 129, et dans Dotoli, 1996, p. 303.
  • [21]
    Paris, Antoine de Sommaville, 1639 (je cite d’après la réimpression de 1640), p. 140.
  • [22]
    On voit que Racine donne un sens ambigu au mot Sérail, tantôt Palais, ou Cour (comme au début de la phrase), tantôt harem (comme ici).
  • [23]
    Dernier paragraphe de la préface dans les éditions des Œuvres de 1676 et 1687 (il disparaît dans l’éd. de 1697).
  • [24]
    Saint-Évremond, Sur les caractères des tragédies, [in] Œuvres en prose, R. Ternois éd., Paris, STFM, vol. III, 1966, p. 326-337 (extrait, p. 333-337).
  • [25]
    À la recherche du temps perdu, éd. J.-Y. Tadié, Pléiade, I, p. 89.
  • [26]
    Pour punir Minos d’avoir oublié de lui sacrifier ce taureau qu’il lui avait envoyé.
  • [27]
    Dans Corneille, OC, I, p. 809 ; dans La Querelle du Cid, éd. Civardi, p. 947. Voir aussi Scudéry : « […] il n’est point vraisemblable qu’une fille d’honneur épouse le meurtrier de son Père » (dans Corneille, OC, I, p. 785 ; je souligne).
  • [28]
    Dans Corneille, OC, I, p. 811 ; dans La Querelle du Cid, éd. Civardi, p. 961-962.
  • [29]
    Rotrou, Crisante, I, 1 ; v. 85-86.
  • [30]
    Les Sentiments de l’Académie française, dans Corneille, OC, I, p. 811 ; dans La Querelle du Cid, éd. cit., p. 962-963.
  • [31]
    Subligny, La Folle Querelle, Préface, dans Racine, Œuvres complètes, vol. I, éd. G. Forestier, Bibliothèque de la Pléiade, Paris, Gallimard, 1999, p. 259.
  • [32]
    Préface d’Andromaque, dans Racine, Pléiade, I, éd. cit., p. 197. Par commodité, je ne donnerai plus désormais que le numéro de la page de cette édition.
  • [33]
    Subligny, La Folle Querelle, II, 9, p. 280.
  • [34]
    Ibid.
  • [35]
    Ibid., p. 262.
  • [36]
    Examen du Cid, 1660, OC, I, p. 701-702.
  • [37]
    Forestier, 1996, chap. iii et en particulier le développement intitulé « La bienséance comme enjeu dramatique ».
  • [38]
    Pour l’ensemble des codes sur lesquels s’appuie la bienséance, pour leur rapport avec les règles de civilité contemporaines, et pour les problèmes esthétiques posés à la tragédie française par cette question, voir Vialleton, 1999, et Vialleton, 2003.
  • [39]
    La Poétique, p. 249-250.
  • [40]
    Avertissement à l’éd. de 1648, dans OC, I, p. 693.
  • [41]
    Discours du Poème dramatique, OC, III, p. 132.
  • [42]
    De Tragoediae constitutione, chap. xiv, éd. A. Duprat, p. 271.
  • [43]
    Même lorsque sa passion l’aura conduit à accepter l’idée du crime, le récit de Cléone au cinquième acte le montrera irrésolu jusqu’au dernier moment (V, 2), et son propre récit montrera l’ensemble des Grecs se jetant sur Pyrrhus avant que lui-même ait pu intervenir.
  • [44]
    Préface d’Andromaque, dans Œuvres complètes, Pléiade, vol. I, 1999, p. 197.
  • [45]
    Rappelons aussi l’élégante solution choisie dans Cinna  : l’image tyrannique et sanglante d’Auguste est rejetée dans les récits passés faits par les conspirateurs ; toutes les fois qu’Auguste est en scène (dès son entrée en scène), c’est une image de souverain parfait qu’il présente. Pour plus de détails sur les caractéristiques des héros cornéliens, voir Forestier, 1996, chap. iv, p. 198-270 (voir en particulier les p. 212-215 et p. 225-229 pour ce qui concerne Auguste et Cinna).
  • [46]
    Voir Corneille, OC, III, p. 382 sq.
  • [47]
    Voir mon article « Écrire Andromaque. Quelques hypothèses génétiques », Revue d’Histoire littéraire de la France, 1998, 1, p. 43-62. Voir aussi ma Notice d’Andromaque dans l’éd. de la Pléiade (vol. I, 1999).
  • [48]
    La Folle Querelle, dans Racine, Œuvres complètes, Pléiade, vol. I, 1999, p. 262.
  • [49]
    Andromaque, V, 3 ; v. 1583.
  • [50]
    V. 1658 de l’édition originale (éd. Pléiade, 1999, p. 618) ; v. 1650 de l’éd. définitive.
  • [51]
    Préface, éd. cit., p. 197.
  • [52]
    De la tragédie ancienne et moderne, 1674, [in] Œuvres en prose, R. Ternois éd., Paris, STFM, vol. IV, p. 179-180.
  • [53]
    Que tous les théoriciens qui avaient précédé Corneille avaient traduit par « bonté », tout en se disputant sur le fait de savoir ce qu’Aristote avait vraiment entendu par là.
  • [54]
    Merlin, 2000, p. 154. On se fie quelquefois trop volontiers à l’Avertissement de la pièce, où Tristan parle d’un « Prince sanguinaire, à qui la Nature avait fait assez de grâces pour le rendre un des plus grands hommes de son siècle, s’il n’eût employé ces merveilleux avantages contre sa propre réputation, en corrompant des biens si purs par le débordement d’une cruauté sans exemple, et des autres vices qu’on a remarqués en sa vie », et qui le qualifie ensuite de « tyran courageux et spirituel » (dans Théâtre du xviie siècle, éd. Scherer, Pléiade, II, p. 264). Aucune des qualités de l’Hérode historique que Tristan a rappelées dans cet avertissement n’apparaît dans la pièce ; il s’agissait pour le préfacier de distinguer son personnage des tyrans tout d’une pièce de la tradition et surtout de rappeler à son public que Hérode n’avait pas été seulement le responsable du massacre des Saints Innocents que la tradition chrétienne lui attribuait.
  • [55]
    II, 12, 1389 a 2 sq, éd. Dufour, Paris, Les Belles Lettres, 1938, p. 91.
  • [56]
    Préface de 1670, Œuvres complètes, Pléiade, I, p. 373.
  • [57]
    Racine insiste sur ce point au début du cinquième acte en faisant demander par Junie : « Mais Narcisse, Seigneur, ne vous trahit-il point ? » (v. 1534) ; à partir de la deuxième édition (1675), il a fait en sorte d’atténuer quelque peu les marques excessives de l’aveuglement de Britannicus en supprimant les huit vers de sa réponse où il marquait son absolue confiance envers l’affranchi.
  • [58]
    Préface de 1676, Œuvres complètes, Pléiade, I, p. 687.
  • [59]
    L’expression est de Rohou, 1991.
  • [60]
    P. 196 sq.
  • [61]
    Voir plus haut, au chapitre v, p. 161 sq.
  • [62]
    La Poétique, 1639, p. 36.
  • [63]
    Dans Corneille, OC, I, p. 811 ; dans La Querelle du Cid, éd. Civardi, p. 963.
  • [64]
    Voir l’étonnant Oropaste ou le faux Tonaxare (créé en 1662 et publié en 1663), dans lequel un usurpateur se sent animé par toutes les qualités royales depuis qu’il est monté sur le trône et tente d’accorder ce nouvel ethos avec une passion amoureuse qu’il avait contractée lorsqu’il n’était qu’un simple particulier (en outre la princesse qui est l’objet de cette passion se trouve être la sœur du prince défunt dont le héros a pris la place, c’est-à-dire en apparence sa propre sœur).
  • [65]
    Antiochus, II, 3 ; v. 567-570. De même, dans La Mort d’Achille (1674), où le héros éponyme est amoureux de la princesse troyenne Polyxène, donc infidèle à Briséis et rival de son propre fils Pyrrhus, Thomas Corneille consacre une scène entière à montrer les débats intérieurs d’Achille (II, 5). Mais les quelques vers qu’il consacre à rappeler ce qu’Achille doit à sa foi envers Briséis et ce qu’il doit à son fils ne servent qu’à rehausser la force irrésistible d’un amour qui lui fait allégrement piétiner tous ses devoirs :
    Je dois à tous les deux ce qu’ils veulent de moi,
    La nature est pour l’un, l’autre a reçu ma foi.
    Mais ces nœuds sont sans force, et ma victoire est vaine
    Sitôt que je commence à revoir Polyxène.
    Mon cœur qu’ont asservi des charmes si puissants
    Se range tout à coup du parti de mes sens,
    Et contre ces assauts mon courage inutile
    Ne trouve plus en moi ce fier, ce fort Achille,
    Qui du sort des Troyens arbitre glorieux,
    Maîtrisait la fortune, et tenait tête aux Dieux.
    Cédons, puisqu’il le faut, je suis lâche, infidèle,
    Mais pour y renoncer, Polyxène est trop belle.
    Si je ne la puis voir favorable à mes vœux,
    Au moins j’empêcherai qu’un autre soit heureux
    (v. 679-692).
  • [66]
    Rééd. Slatkine Reprints, 1973 ; p. 93.
  • [67]
    Discours sur la tragédie à l’occasion de la tragédie de Romulus, dans Œuvres, Paris, Prault, 1754 ; rééd. Genève, Slatkine Reprints, 1970, p. 176-177.
  • [68]
    Je paraphrase ici une formule de Jean Lafond dans sa Présentation aux Maximes de La Rochefoucauld, Imprimerie nationale, 1998, p. 17.

La dramaturgie du conflit passionnel peut revêtir deux formes, le conflit extérieur, lorsque deux personnages s’affrontent animés de deux passions qui s’opposent – ce type de conflit a pour emblème l’affrontement mortel entre les deux fils d’Œdipe, que Racine fera figurer sur le frontispice des éditions successives de ses Œuvres, et il possède depuis l’Antiquité une forme rhétorique privilégiée, la stichomythie –, et le conflit intérieur, celui qui fait l’objet de ces belles délibérations monologuées qu’a analysées et admirées d’Aubignac tout particulièrement chez Corneille.
Mais d’Aubignac ne distingue pas dans ces conflits intérieurs ce qui est affrontement de passions, et ce qui est affrontement entre passion et raison. Il cite « les Stances de Rodrigue, où son esprit délibère entre son amour et son devoir », ou encore le monologue inaugural d’Émilie qui « délibère agréablement entre le péril, où elle expose Cinna, et la vengeance qu’elle désire » ; et il parle de « mouvements contraires ». Et lorsqu’il conclut en suggérant superbement « l’image d’une âme au milieu de ses Bourreaux », on discerne parfaitement qu’il ne fait pas la distinction entre la cause de l’écartèlement de Rodrigue entre amour et devoir et celle qui fondait le dilemme du roi Hérode entre amour et vengeance dans La Mariamne de Hardy ou dans La Mariane de Tristan l’Hermite.
Or, dès la préface d’Héraclius, en 1647, Corneille soulignait comme en passant la spécificité de son propre traitement des passions…


Date de mise en ligne : 08/01/2020

https://doi.org/10.3917/arco.fores.2016.01.0233

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