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Chapitre 2. Ambroise inventeur de lui-même (374)

Pages 39 à 45

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  • Boucheron, P.
(2019). Chapitre 2. Ambroise inventeur de lui-même (374) La Trace et l'aura : Vies posthumes d'Ambroise de Milan (IVe-XVIe siècle) (p. 39-45). Le Seuil. https://shs.cairn.info/la-trace-et-l-aura-vies-posthumes-d-ambroise-de-milan-ive-xvie-siecle--9782021310719-page-39?lang=fr.

  • Boucheron, Patrick.
« Chapitre 2. Ambroise inventeur de lui-même (374) ». La Trace et l'aura Vies posthumes d'Ambroise de Milan (IVe-XVIe siècle) Le Seuil, 2019. p.39-45. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/la-trace-et-l-aura-vies-posthumes-d-ambroise-de-milan-ive-xvie-siecle--9782021310719-page-39?lang=fr.

  • BOUCHERON, Patrick,
2019. Chapitre 2. Ambroise inventeur de lui-même (374) In : La Trace et l'aura Vies posthumes d'Ambroise de Milan (IVe-XVIe siècle) Paris : Le Seuil. L'Univers historique, p.39-45. URL : https://shs.cairn.info/la-trace-et-l-aura-vies-posthumes-d-ambroise-de-milan-ive-xvie-siecle--9782021310719-page-39?lang=fr.

Notes

  • [1]
    De virginibus, I, 7, 35, cité par Michel Foucault, Histoire de la sexualité, t. 4, Frédéric Gros (éd.), Les Aveux de la chair, Paris, Gallimard, 2018, p. 186.
  • [2]
    Ibid., p. 202.
  • [3]
    Yves-Marie Duval, « Formes profanes et formes bibliques dans les oraisons funèbres de saint Ambroise », in Christianisme et Formes littéraires de l’Antiquité tardive en Occident, Genève, Fondation Hardt, « Entretiens sur l’Antiquité classique », 23, 1977, p. 235-301. Voir aussi Hervé Savon, Ambroise de Milan, Paris, Desclée, 1997, p. 69-70.
  • [4]
    De officiis, II, 15, 70 et 28, 136-143b (Maurice Testard (éd. et trad.), Paris, Les Belles Lettres, CUF, 1984, t. 1, p. 41 et 70-74). Utiliser ainsi les dons offerts à l’église est pour Ambroise un aurum utile, un or utile. Sur l’événement lui-même, voir Alessandro Barbero, Le Jour des barbares : Andrinople, 9 août 378 (éd. or. 2005), trad. franç., Paris, Flammarion, 2006, rééd. 2017.
  • [5]
    L’incertitude demeure sur la date de naissance d’Ambroise. Elle dépend de l’interprétation qu’on donne de sa Lettre à Sévère (Epist. 49, 3-4) où il se dit « exposé à des incursions barbares et aux tempêtes des guerres », alors qu’il est dans sa 53e année. Fait-il allusion à l’invasion de Maxime (387) ou à l’usurpation d’Eugène (393-394) ? Dans le premier cas il serait né en 333-334, dans le second en 339-340. Sur les raisons qui poussent les chercheurs à pencher plutôt aujourd’hui vers la seconde solution, voir Giuseppe Visonà, Cronologia ambrosiana. Bibliografia ambrosiana (1900-2000), Rome, Città Nuova Editrice, « Opera omnia di sant’Ambrogio », Sussidi ; 25/26, 2004, p. 15-20.
  • [6]
    Peter Brown, À travers un trou d’aiguille. La richesse, la chute de Rome et la formation du christianisme en Occident (350-550) (éd. or. 2012), trad. franç., Paris, Les Belles Lettres, 2016, p. 188.
  • [7]
    Luigi Pizzolato, « L’enigma del padre di Sant’Ambrogio », Aevum, 88, 2014, p. 137-166 : p. 149 et sq.
  • [8]
    Cité par Hervé Savon, Ambroise de Milan, op. cit., p. 105.
  • [9]
    Ibid., p. 249.
  • [10]
    Paulin de Milan, Vita Ambrosii, 8 (Paolino di Milano, Vita di Sant’Ambrogio. La prima biografia del patrono di Milano, Marco Navoni (éd.), Milan, San Paolo, 2016). Voir Clementina Corbellini, « Sesto Petronio Probo e l’elezione episcopale di Ambrogio », Rendiconti dell’Istituto Lombardo. Classe di Lettere e Scienze morali e storiche, 109, 1975, p. 181-189. Nous reprenons le plus souvent la traduction française donnée dans Jean-Pierre Mazières et Nadine Plazanet-Siarri (éd. et trad.), Trois Vies par trois témoins : Cyprien, Ambroise, Augustin, Paris, Migne, 1994, p. 53-103, en la modifiant parfois.
  • [11]
    Peter Brown, À travers un trou d’aiguille, op. cit., p. 120.
  • [12]
    Neil McLynn, Ambrose of Milan. Church and Court in a Christian Capital, Berkeley, University of California Press, 1994, notamment p. 1-52 et Santo Mazzarino, Storia sociale del vescovo Ambrogio, Rome, L’Erma di Bretschneider, 1989.
  • [13]
    Hero Granger Taylor, « The Two Dalmatics of Saint Ambrose », Bulletin de liaison du Centre international d’études des textiles anciens, 57-58, 1983, p. 127-173.
  • [14]
    Claire Sotinel, « Les évêques italiens dans la société de l’Antiquité tardive : l’émergence d’une nouvelle élite ? », in Rita Lizzi Testa (dir.), Le trasformazioni delle élites in età tardoantica. Atti del Convegno internazionale di Perugia, 15-16 marzo 2004, Rome, L’Erma di Bretschneider, 2006, p. 377-404.
  • [15]
    Notons toutefois que cette évolution est nettement postérieure à la mort d’Ambroise, puisque de 350 à 450, seuls 3 % des évêques italiens sont de rang sénatorial (Lellia Cracco Ruggini, « Prêtre et fonctionnaire : l’essor d’un modèle épiscopal aux ive-ve siècles », Antiquité tardive, VII, 1999, p. 175-186 : p. 183).
  • [16]
    Neil McLynn, Ambrose of Milan, op. cit., p. 220-225. Lors du conflit des basiliques de la Semaine sainte de 386, l’empereur fait pression sur les mercatores, qu’il menace d’une amende dix fois supérieure à celle que prévoit le Code théodosien (Lellia Cracco Ruggini, Economia e società nell’« Italia Annonaria ». Rapporti fra agricoltura e commercio dal iv al vi secolo d. C., Milan, A. Giuffrè, 1961, p. 106-109, rééd., Bari, Edipuglia, 1995. Voir aussi Peter Brown, À travers un trou d’aiguille, op. cit., p. 125).
  • [17]
    Ambroise, Epist. extra coll. 14 (63 M), 65, cité par Hervé Savon, Ambroise de Milan, op. cit., p. 40. Pour la reconstitution d’un récit plausible de l’événement de 374, on doit toujours se reporter, pour l’essentiel, à Yves-Marie Duval, « Ambroise de son élection à sa consécration », in Giuseppe Lazzati (dir.), Ambrosius episcopus. Atti del Congresso internazionale di studi ambrosiani nel XVI centenario della elevazione di Sant’Ambrogio alla cattedra episcopale (Milano, dicembre 1974), Milan, Vita e Pensiero, « Studia patristica mediolanensia », 7, 1976, vol. 2, p. 243-283, mais aussi désormais à Timothy D. Barnes, « The Election of Ambrose of Milan », in Johan Leemans, Peter Van Nuffelen, Shawn Keough et Carla Nicolaye (dir.), Episcopal Elections in Late Antiquity, Berlin-Boston, RWTH Aachen University, 2011, p. 39-59.
  • [18]
    Théoriquement (Code théodosien VIII, 4, 7, 361) le juge devait confisquer les deux tiers de sa fortune pour les reverser au bureau civil que le nouvel évêque avait abandonné : voir Bruno Dumézil, Servir l’État barbare. Du fonctionnariat antique à la noblesse médiévale, Paris, Tallandier, 2013, p. 59.
  • [19]
    Rita Lizzi Testa, « 374 d. C. Da Milano al Mondo », in Andrea Giardina (dir.), Storia mondiale dell’Italia, Bari-Rome, Laterza, 2017, p. 172-175.
  • [20]
    Paulin de Milan, Vita Ambrosii, 7 (in Gabriele Banterle (éd.), Le fonti latine su Sant’Ambrogio, op. cit.). Pour l’analyse de ce texte, outre la bibliographie citée au cours des développements qui suivent, je me permets de renvoyer une fois pour toutes à la récente édition critique bilingue (Paolino di Milano, Vita di Sant’Ambrogio. La prima biografia del patrono di Milano, Marco Navoni (éd.), Milan, San Paolo, 2016) et à son annotation faisant toujours un point précis des interprétations et de leurs débats (en l’occurrence ici n. 23, p. 80-81).
  • [21]
    Ambroise, De officiis, I, 1, 4.
  • [22]
    On notera que ce motif hagiographique de l’élection malgé soi est beaucoup moins présent au Moyen Âge que durant l’Antiquité tardive, ou alors précisément comme une fiction nécessaire. C’est le cas par exemple dans la Chronique du franciscain Salimbene de Adam au xiiie siècle, reprenant le récit de la fuite d’Ambroise parmi toute une collection de prélats refusant leur charge. « À propos de saint Ambroise qui fut lui aussi choisi par la volonté divine, on rapporte pareillement qu’il fit tout ce qu’il put pour ne pas devenir évêque » (Salimbene de Adam de Parme, Chronique, Gisèle Besson et Michèle Brossard-Dandré (éd. et trad.), Paris, Honoré Champion, 2016, vol. 1, p. 302).
  • [23]
    Ambroise, Epist. 76 (20 M), 4.
  • [24]
    Sur la question du métier de philosophe à Rome, voir essentiellement Goulven Madec, Saint Ambroise et la philosophie, Paris, Éditions augustiniennes, 1974 (et les critiques adressées par Hervé Savon, « Saint Ambroise et la philosophie, à propos d’une étude récente », Revue de l’histoire des religions, 191-2, 1977, p. 173-196) ; sur l’allusion supposée au néoplatonisme, voir Pierre Courcelle, Recherches sur saint Ambroise. « Vies » anciennes, culture, iconographie, Paris, Études augustiniennes, 1973, notamment p. 11-15 (et les critiques adressées par Luigi Pizzolato, « Ricerche su Sant’Ambrogio. A proposito di un recente libro di P. Courcelle », Aevum, 48, 1974, p. 500-505).
  • [25]
    Voir notamment l’étude classique de Giulio Vismara, Episcopalis audientia. L’attività giuridizionale del vescovo per la risoluzione delle controversie private tra laici nel diritto romano e nella storia del diritto italiano fino al secolo nono, Milan, Vita e Pensiero, 1938 et id., « Ancora sull’episcopalis audientia (Ambrogio arbitrio o giudice ?) », Studia et documenta historiae et iuris, 53, 1987, p. 55-73. Et sur Ambroise particulièrement : Olivier Huck, « Oppositions religieuses et querelles d’influence dans les cités de l’Italie tardo-antique. À propos d’une audience épiscopale d’Ambroise de Milan », in Massimiliano Ghilardi, Jean-Christophe Goddard, Pierfrancesco Porena (dir.), Les Cités de l’Italie tardo-antique (ive-vie siècle). Institutions, économie, société, culture et religion, Rome, École française de Rome.
  • [26]
    Angelo Paredi (éd.), Sacramentarium Bergomense, Bergame, Éd. Monumenta Bergomensia, 1962, p. 49, cité par Enrico Cattaneo, « La tradizione e il rito ambrosiani nell’ambiente lombardo-medioevale », in Giuseppe Lazzati (dir.), Ambrosius episcopus, op. cit., p. 5-47 : p. 15 (repris dans id., La Chiesa di Ambrogio. Studi di storia e di liturgia, op. cit., p. 127).
  • [27]
    Voir sur ce point l’étude exhaustive de Enrico Cattaneo, « L’evoluzione delle feste di precetto a Milano dal secolo xiv al xx Riffessi religiosi e sociali », in Studi in memoria di Mons. C. Dotta, Milan, « Archivio ambrosiano », 9, 1956, p. 69-200.
  • [28]
    Jean-Paul Sartre, Saint Genet, comédien et martyr, Paris, Gallimard, 1952, p. 63.
  • [29]
    Ambroise, De officiis, I, 4.
  • [30]
    Roland Barthes, Leçon, Paris, Éd. du Seuil, 1978, rééd. dans Roland Barthes, Œuvres complètes, t. 5, Éric Marty (éd.), Livres, textes, entretiens, 1977-1980, Paris, Éd. du Seuil, 2002, p. 446.

On ne prend guère de risque en affirmant d’emblée que le premier artisan de la mémoire d’Ambroise est Ambroise lui-même, dans son œuvre doctrinale, mais aussi et surtout dans sa correspondance, qu’il a peut-être composée, comme on le verra plus tard, à la manière d’un recueil épistolaire venant dédoubler et éclairer ses écrits théoriques. C’est le cas, par exemple, des lettres adressées à sa sœur Marcelline, répondant à son traité De virginibus qu’il rédigea la troisième année de son épiscopat (376-377). Lettres et traité développent, ensemble, une théologie de la virginité en rupture avec la théorie romaine de la continence, ainsi que l’avait compris Michel Foucault, puisqu’elle affirmait l’élitisme chrétien d’une règle de vie que seuls les plus déterminés pouvaient suivre : « La virginité est pour quelques-uns et le mariage pour tous. » Bien davantage que la soumission à quelque interdit, la virginité ambrosienne est une activité – entendons à la fois un art et un moyen de connaissance – qui nous permet de comprendre la naissance chrétienne du sujet sexuel comme « mise en œuvre réfléchie et appliquée du rapport à soi ». Par la virginité, Ambroise redéfinit donc le courage comme une fuite du monde – en l’occurrence, ici, une fuite du monde romain. Or, tandis que sa sœur avait reçu le voile des vierges en présence du pape Libère, son frère Satyrus décidait lui aussi, tout en poursuivant une carrière politique civile, mais par fidélité à la foi chrétienne, de rester célibataire…


Date de mise en ligne : 27/09/2022

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