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Chapitre III - Motifs, thèmes et schèmes

Pages 53 à 88

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  • Vax, L.
(1987). Chapitre III - Motifs, thèmes et schèmes. La Séduction de l'étrange : Étude sur la littérature fantastique (p. 53-88). Presses Universitaires de France. https://shs.cairn.info/la-seduction-de-l-etrange--9782130398929-page-53?lang=fr.

  • Vax, Louis.
« Chapitre III - Motifs, thèmes et schèmes ». La Séduction de l'étrange Étude sur la littérature fantastique, Presses Universitaires de France, 1987. p.53-88. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/la-seduction-de-l-etrange--9782130398929-page-53?lang=fr.

  • VAX, Louis,
1987. Chapitre III - Motifs, thèmes et schèmes. In : La Séduction de l'étrange Étude sur la littérature fantastique. Paris cedex 14 : Presses Universitaires de France. Quadrige, p.53-88. URL : https://shs.cairn.info/la-seduction-de-l-etrange--9782130398929-page-53?lang=fr.

Notes

  • [1]
    BOAISTUAU, Histoires prodigieuses ; FORT, Le livre des damnés ; PAUWELS et BERGIER, La matin des magiciens.
  • [2]
    Cf. KANZOG, Gespenstergeschichte ; DIEDERICH, Von Gespenstergeschichten..., etc.
  • [3]
    HOCK, Die Vampyrsagen...
  • [4]
    Le motif de la fleur, de l’orchidée surtout, est parfois fantastique : WELLS, The flowering of the strange orchid (The short stories). — Autres contes à motif végétal : WELLS, The apple (ibid.) ; BLACKWOOD, The willows (anthol. Famous Ghost stories) ; E. BOWEN, The apple-tree (anthol. Best Ghost stories). — Sur le motif de l’oiseau : Ph. MAC DONALD, Our feathered friends (anthol. The second Pan book of horror stories et Best horror stories) ; WELLS, In the Awu observatory (Short stories) ; Aepyornis island (ibid) ; D. Du MAURIER, The birds (anthol. Things with claws). — Sur le motif de l’insecte, STEPHENSON, Leiningen versus the ants (anthol. The second Pan book of horror stories et Great tales of terror...) ; VERCOE, Flies (anthol. The Pan book of horror stories) ; G. LANGELAAN, The fly (anthol. The second Pan book of horror...) ; E.F. BENSON, Caterpillars (anthol. Great tales of terror...) ; WELLS, The moth (The short stories). — L’araignée, qui n’est pas un insecte aux yeux des naturalistes, est parfois considérée comme telle par les conteurs et les historiens de la littérature M.R. JAMES The ash-tree (Collected Ghost stories) ; ERCKMANN-CHATRIAN, L’araignée-crabe (Contes fantastiques) ; WELLS, The valley of the spiders (Short stories) ; EWERS, L’araignée (anthol. Fantastique...) ; GOTTHELF, Die schwarze Spinne. — Cf. PENZOLDT, The supernatural..., p. 49.
  • [5]
    Anthol. Fantastique, préf., pp. 9-10.
  • [6]
    Le mot thing désigne fréquemment l’être fantastique : B. STOKER, Dracula, p. 213 ; W.F. HARVEY, The beast with five fingers (anthol. Tales to be told..., p. 38) ; E.L. WHITE, The house of the nightmare (anthol. Ghostly tales..., p. 121) ; A. BIERCE, Coll. Writ., p. 519 ; P. PENZOLDT, The supernatural..., p. 8, etc.
  • [7]
    P. PENZOLDT, The supernatural..., pp. 29-64.
  • [8]
    M. LACLOS, Le fantastique au cinéma, passim.
  • [9]
    Art fantastique, table des matières.
  • [10]
    Anthol. Slories of detection..., t. 2.
  • [11]
    Anthol. The supernatural omnibus.
  • [12]
    Voici la table de SUCHER, Les sources du merveilleux chez E.T.A. Hoffmann : Cette table, la meilleure peut-être, est forcément incomplète puisque limitée à un auteur. Elle a l’avantage de grouper les données sous deux rubriques : « faits » et « théories ». Les tables de motifs fantastiques sont presque toujours des tables de faits. Il semble qu’il existe des données mystérieuses sur lesquelles s’exercent les théories des penseurs. Mais la relation des faits et des théories est loin d’être aussi simple, la manière de poser le problème des rapports entre faits et théories variant suivant la conception qu’on se fait du fantastique : a) A l’époque d’HOFFMANN, théorie fantastique et théorie du fantastique étaient synonymes. HOFFMANN les empruntait aux Naturphilosophen de son temps et les acceptait, jusqu’à un certain point. Véhicules et illustrations d’idées, les contes fantastiques ressortissaient encore à la pensée philosophique. Le caractère « historique », « réel », « irrécusable » des événements s’estompait un peu, à la faveur de l’ironie romantique, au bénéfice de leur signification philosophique ; b) Cette attitude un peu ambiguë est encore, jusqu’à un certain point, celle de MAUPASSANT et de BLACKWOOD ; c) Mais, chez LOVECRAFT et DERLETH, les théories appartiennent au conte, au même titre que les faits. Le conte fantastique est d’ordre esthétique. Loin de partager les théories formulées par ses personnages, le conteur fait profession d’incrédulité.
    CHAPITRE PREMIER. — Lectures d’Hoffmann.
    — II. — Hoffmann et le magnétisme animal [...].
    — III. — La personnalité :
    1° Sympathie, pressentiment, rêve, sentiment du déjà-vu ;
    2° Perte de la personnalité, folie, idée fixe ;
    3° Dédoublement de la personnalité.
    — IV. — L’au-delà.
    Les revenants, les esprits élémentaires, les automates [...].
    — V. — Hoffmann et la philosophie de la nature.
    Psychologie d’Hoffmann, dualisme de la nature, rapports entre l’homme et la nature.
    CHAPITRE VI. — La connaissance. Le mythe. Théorie des trois époques, l’âme du monde, les moments cosmiques, le monde des mythes [...].
    — VII. — La connaissance médiale : Le médiateur, le magnétisé ; leurs rapports : possession amicale [...], possession hostile [...]. Rapports du médiateur et de la destinée. Le médiateur infidèle.
    — VIII. — La puissance sombre [...].
    Cette table, la meilleure peut-être, est forcément incomplète puisque limitée à un auteur. Elle a l’avantage de grouper les données sous deux rubriques : « faits » et « théories ». Les tables de motifs fantastiques sont presque toujours des tables de faits. Il semble qu’il existe des données mystérieusement sur lesquelles s’exercent les théories des penseurs. Mais la relation des faits et des théories est loin d’être aussi simple, la manière de poser le problème des rapports entre faits et théories variant suivant la conception qu’on se fait du fantastique : a) A l’époque d’HOFFMANN, les empruntait au Naturphilosophen de son temps et les acceptait, jusqu’à un certain point. Véhicules et illustrations d’idées, les contes fantastiques ressortissaient encore à la pensée philosophique. Le caractère « historique », « réel », « irrécusable » des évènements s’estompait un peu, à la faveur de l’ironie romantique, au bénéfice de leur signification philosophique ; b) Cette attitude un peu ambiguë est encore, jusqu’à un certain point, celle de MAUPASSANT et de BLACKWOOD ; c) Mais, chez LOVECRAFT et DERLETH, les théories appartiennent au conte, au même titre que les faits. Le conte fantastique est d’ordre esthétique. Loin de partager les théories formulées par ses personnages, le conteur fait profession d’incrédulité.
  • [13]
    MÉRIMÉE, Romans et nouvelles.
  • [14]
    MATTHEY, Essai sur le merveilleux..., p. 243.
  • [15]
    Anthol. Histoires de vampires.
  • [16]
    Anthol. Fantastique..., pp. 8-9.
  • [17]
    Ibid., p. 9 A.
  • [18]
    « Mais qui empesche le permettant, comme dit S. Aug. le hault, equitable, & inevitable jugement de Dieu, les mauvais Demons, impurs, sales, & immundes, de monstrer souvent, & se mettre soubs les effigies des femmes, pour ou en leurs cadavers & corps morts, faire & exercer une furieuse & poinssonnante libidinité aux hommes, & semblablement aux femmes, soubs telles effigies d’hommes, selon leurs merites, comme Dieu cognoist que cela est juste, qu’ils soient par eux ou seulement affligez, ou assubjectiz ou bien miserablement deceuz ». (Michel PSELLOS, Traicté par dialogue..., préf. « mise en latin par F.F. FEUARDANT... et faicte françoyse par P.G. », e8, verso).
  • [19]
    BIZOUARD, Des rapports de l’homme avec le démon...
  • [20]
    SPRENGER et KRÄMER, Malleus maleficarum, passim.
  • [21]
    FREUD, Werke, t. XII, pp. 260-1.
  • [22]
    MARIE DE FRANCE, Les lais, IV : Bisclavret. Le loup-garou banal est plus effrayant qu’une bête. Celui de MARIE DE FRANCE est le plus humanisé des animaux domestiques :
    ... De si qu’il a le rei choisi
    Vers lui curut querre merci,
    Il l’aveit pris par sun estrié,
    La jambe li baise e le pié.
    Li reis le vit, grant pour ad ;
    Ses cumpanuns tuz apelad :
    « Seignurs, fet il, avant venez !
    Ceste merveille esgardez :
    Cum ceste beste se humilie !
    Ele ad sen de hum, merci crie.
    Chacez mei tuz ces chiens arere
    Si gardez qu’hume ne la fiere ».
    (Ed. Jeanne LODS, Champion, 1959, p. 60.)
    Le vrai monstre du conte n’est pas le loup-garou, mais sa femme perfide !
    Quant au Werwolf de MORGENSTERN, c’est un pauvre diable de loup-garou demandant au maître d’école de lui décliner ses cas. Celui-ci lui explique que, si Wolf a bien un pluriel, wer n’en a pas. Alors :
    Der Wolf erhob sich tränenblind —
    er hatte ja doch Weib und Kind ! !
    Doch da er kein Gelehrter eben,
    so schied er dankend und ergeben.
    (Christian MORGENSTERN, Galgenlieder, der Gingganz, München, D.T.V., 1963, p. 81.)
  • [23]
    L. BRUNSCHVICG, L’expérience humaine et la causalité physique.
  • [24]
    R. POIRIER, Essai sur quelques caractères...
  • [25]
    Voir cependant, SCHMITT, Stoff- und Motivgeschichte... ; MILNER, Le diable...
  • [26]
    CHRISTENSEN, Motif et thème ; AARNE et THOMPSON, The types of the folk-tale..., Helsinki, Suomalainen Tiedeakatemia, 1928 (F[olklore] F[ellows] Communications, n° 74) ; Stith THOMPSON, Motif-index...
  • [27]
    R. BAYER, L’esthétique de la grâce, Paris, Alcan, 1933, t. I, p. 97.
  • [28]
    E.T.A. HOFFMANN, Lebensansichten des Katers Murr...
  • [29]
    L. PERGAUD, La vie des bêtes (Paris, Ed. littéraires de France, 1946), Inter-siestes par Toto Chat.
  • [30]
    COLETTE, Chats de Paris (Œuvres complètes, t. III, Paris, Flammarion, 1949, p. 433). « C’est mézigue, Ernesse, le greffier du bistro. La pompe à bière, é m’sert de piédestal artistique, et je peux dire que là-haut, j’en jette un jus. Visez mes bacchantes, visez mes grandes feuilles ! La greffière de l’épiceman, quand é m’voit, c’est tout juste si elle tombe pas en dig-dig, comme la celle de la concierge. Toutes pour Emesse ! C’est le quartier qui veut ça. »
  • [31]
    ID., ibid., p. 432.
  • [32]
    DELCAMBRE, Le concept de la sorcellerie..., fasc. II, Nancy, 1949, p. 220.
  • [33]
    ID., ibid., pp. 220-221. (Les passages en italique sont des citations à l’intérieur de la citation.)
  • [34]
    DE GREEFF, Les instincts de défense et de sympathie, Paris, Presses Universitaires de France, 1947, p. 90.
  • [35]
    RONSARD, Le chat (Œuvres compl., éd. G. COHEN, Bibl. de la Pléiade, 1950, t. II, p. 334).
  • [36]
    POE, Le chat noir (Œuvres en prose).
  • [37]
    DE GHELDERODE, Le jardin malade (Sortilèges).
  • [38]
    ID., ibid., pp. 56-58.
  • [39]
    SHERIDAN LE FANU, Carmilla.
  • [40]
    GAUTIER, La morte amoureuse (anthol. Histoires de vampires).
  • [41]
    Th. OWEN, Ma cousine (La cave aux crapauds).
  • [42]
    R. BRADBURY, L’homme du second Le pays d’octobre : anthol. Histoires de vampires).
  • [43]
    L. GUEIDAN. Le vampire, monologue dramatique. Paris. Barbré, 1897. in-16. (B.N., Pièce Yth. 27911).
  • [44]
    GŒTHE. Die Braut von Korinth. Sämtliche Werke.... Jubiläums-Ausg.. I. Bd. 1. Teil. 1940. pp. 149-150.
  • [45]
    H.P. LOVECRAFT, Démons et merveilles, p. 12, pp. 137 et suiv., The rats in the walls (anthol. Great tales of terror...). — Chez HOFFMANN, le Murr des Lebensansichten, qui n’est pas ténébreux, contraste avec le matou du Vase d’or.
  • [46]
    On trouvera des parallèles entre Märchen et Sage dans LÜTHI, Das europäische Volksmärchen, passim, et dans RÖHRICH, Märchen und Wirklichkeit, p. 9.
  • [47]
    L. RÖHRICH, Die deutsche Volkssage.
  • [48]
    SUCHER, Les sources du merveilleux... ; RICCI, E.T.A. Hoffmann, Paris, Corti. — Cf. Recueil [factice] général et complet de tous les écrits publiés pour et contre le magnétisme animal, 14 vol. in-4°. — B.N., 4° Tb62. 1.
  • [49]
    Cf. l’anthol. Terror in the modern vein.
  • [50]
    L’évolution des motifs chez les malades mentaux a depuis longtemps retenu l’attention des psychiatres. Mais DUMAS en a souligné le caractère superficiel : il importe peu que tel délire s’exprime sous telle ou telle forme. La permanence de sa structure importe davantage que la nouveauté de ses prétextes (Georges DUMAS, Le surnaturel et les dieux d’après les maladies mentales. Essai de théogénie pathologique, Paris, Presses Universitaires de France, 1946, pp. 155-156.
  • [51]
    WALPOLE, Le château d’Otrante ; A. RADCLIFFE, The mysteries of Udolpho, etc. Voir dans J. BRAUCHLI, Der englische Schauerroman um 1800, unter Berücksichtigung der unbekannten Bücher, Zürich, dissert., 1928, une liste de titres de romans gothiques anglais où figure le mot château.
  • [52]
    CONRAD, The inn of the two witches (Within the tides) ; PRESTON, The inn (anthol. Second Pan book of horror stories) ; J. RAY, L’auberge des spectres (Les 25 meilleures histoires...) ; W. COLLINS, A terribly strange bed (anthol. Great tales of terror...) ; POTOCKI, Manuscrit trouvé à Saragosse, p. 36.
  • [53]
    L. VAX, L’attrait du mystère, mémoire dactylogr., Nancy, 1951, pp. 9 et suiv.
  • [54]
    Mrs. OLIPHANT, A beleaguered city (anthol. Six novels of the supernatural).
  • [55]
    WHITE, Lukundoo (anthol. Fantastique...).
  • [56]
    H. JAMES, Le tour d’écrou.
  • [57]
    LEWIS, Le moine.
  • [58]
    E. WALLACE, La porte aux sept serrures (coll. « Le masque », n° 178). Cf. V. ROUTH, The black creator (anthol. The second Pan book of horror stories) ; M. RENARD, Le docteur Lerne (sous-dieu) ; WELLS, L’île du Dr Moreau ; STEVENSON, Dr Jekyll and M. Hyde ; S. QUINN, The house of the horror (anthol. The Pan book of horror stories).
  • [59]
    DE GREEFF, Les instincts de défense..., chap. II.
  • [60]
    BALZAC, La peau de chagrin ; MAUPASSANT, Qui sait ? (Contes et nouvelles) ; P. VÉRY, Le testament de Basil Crookes, Paris, A. Fayard, 1948 ; DE GHELDERODE, L’amateur de reliques (Sortilèges).
  • [61]
    Mais ne sommes-nous pas allés trop loin dans la critique de l’idée de motif ? Le fantastique, qui n’est pas dans le motif, s’incarne en lui, et n’existe qu’à la faveur de cette incarnation. Sinon le conteur, cessant de conter, se ferait phénoménologue...
  • [62]
    On peut appliquer au conte fantastique ce que LÜTHI disait du Märchen ; « Es gibt keine eigentlichen Marchenmotive, sondern jedes Motiv, sei es profan oder wunderhaft, wird zum Märchenmotiv, sobald es ins Märchen aufgenommen und vom Märchen mârchenhaft gestaltet und nach Märchenweise gehandhabt wird » (Das europäische Volksmärchen, pp. 69-70).
  • [63]
    CHRISTENSEN, Motif et thème ; RÖHRICH, Die Themen des Märchens (Märchen und Wirklichkeit, p. 187).
  • [64]
    Voir l’anthologie : Deals with the devil.
  • [65]
    MÉRIMÉE, La Vénus d’Ille.
  • [66]
    CHRISTENSEN, Motif et thème, p. 8.
  • [67]
    Cf. A. MACHER. MAUPASSANT. HOFFMANN.
  • [68]
    Cette description demande à être rectifiée. On pourra se demander de quelle maladie souffre la conscience pour être à ce point dupe d’elle-même. Les descriptions à la forme réfléchie n’expliquent point pourquoi la conscience se croit possédée par autre chose qu’elle-même. Quel malin génie a pu glisser dans la conscience cette équivoque ? En fait, la conscience n’est pas aussi transparente à elle-même qu’il le semblait d’abord. L’exercice phénoménologique, dont le rôle est de révéler la conscience à soi, tend parfois à oublier la conscience vulgaire de l’opacité. La conscience alerte et vigoureuse qui échappe à soi-même pour retrouver son assise en soi, cette conscience n’est point dupe de la fascination qu’elle décrit. On pourrait, sur ce point précis, lui adresser le même reproche qu’à la vieille introspection : celui de modifier, dans l’acte de décrire, l’objet décrit. Or la conscience hantée par l’étrange est une conscience divisée au plus intime d’elle-même, une conscience incapable de se rassembler pour reprendre son destin un main. Elle s’apparente à la conscience obsédée, à la conscience qui s’endort. Les images et les sentiments qui l’habitent cessent de se soumettre à sa direction pour mener une vie autonome ou semi-autonome. Sa vie originale est faite d’un compromis entre unité et multiplicité. Elle n’est plus en fait ce qu’elle était en droit : puissance d’organisation et de synthèse. — Cf.Raymond RUYER, La nature du psychique, Revue de métaphysique et de morale (1952), t. LVII, n° 1, pp. 46-66 : « Au fond de l’Unheimlich, il y a l’idée de possession : l’être ou la chose inquiétante nous parait « possédée », et en même temps nous nous sentons nous-mêmes, devant elle, en danger de possession ; nous nous sentons obscurément menacés par une monstrueuse hybridation de notre conscience et de ces consciences « aliénées ». Le thème du « double » le révèle à la perfection. C’est un fantôme qui est « moi », mais un « moi » inférieur, automatique, soumis au destin fatal et jetant sur « moi » l’ombre de sa fatalité. Il n’est pas du tout démontré que le « double », hallucination ou paramnésie vivante, soit un avatar de « l’âme double des primitifs ». En tout cas, s’il a été jamais « assurance contre la mort », il est aujourd’hui « avant-coureur de la mort » ou de la folie, mort spirituelle. Il est un commencement de désagrégation du spirituel en psychique, du « je » saisi par ses propres larves. L’angoisse, ou le « mystérieux angoissant », est lié à la présence de l’ « autre je », comme la peur est liée à la présence de l’ « autre » absolu, et devenu force aveugle, et comme le sentiment du salut est lié à l’absence de toute altérité, dans l’unité spirituelle.
    « L’ambivalence fréquente des expériences du mystérieux inquiétant, à la fois effrayantes et fascinantes, s’explique de la même façon [...]. L’attrait pour le récit fantastique est une forme bénigne de l’attrait pour le fantastique en actes. C’est une détente de la raison, comme l’expérience du fantastique est une détente de la conscience. L’enfant de la ballade du Roi des Aulnes est en train de mourir : il meurt « capturé » par l’être qui l’épouvante et le fascine tout à la fois » (pp. 64-65).
  • [69]
    Tout autant que le développement thématique d’un motif, le conte littéraire est produit d’un style. Une histoire de vampire, une histoire de fantôme, sont « deux HOFFMANN », « deux BLACKWOOD ». Tout style est capable d’informer — au sens philosophique — de manière originale et singulière, des motifs distincts. L’œuvre serait donc produit de la conjonction d’un motif et d’un style. La philosophie du fantastique a tendance à négliger le style, considéré comme manifestation passagère d’une personnalité, ou embellissement accessoire d’une œuvre, au profit du motif qui se donne pour vieux comme le monde et profond comme l’âme secrète.
  • [70]
    BERGSON, Le rire, p. 15. Je me réfère à l’éd. courante (Bibliothèque de Philosophie contemporaine).
  • [71]
    ID., ibid., p. 15.
  • [72]
    ID., ibid., p. 18.
  • [73]
    A. ADAM, Histoire de la littérature française au XVIIe siècle, t. III, Paris, Domat, 1952, p. 318.
  • [74]
    ARNIM, Isabelle d’Egypte, Marie Meluck Blainville [sic pour Melück Maria Blainville] (anthol. Fantastique...) ; BEAUMONT, Les derniers sacrements (Là-bas et ailleurs) ; BERTHOUD, Le premier sermon du vicaire (MILNER, Le diable..., t. I, p. 481) ; BIERCE, Moxon’s master (Can such things be, dans Coll. Writ.) ; BLACKWOOD, The doll (Tales of the uncanny... ; trad. dans l’anth. Fantastique...) ; BOUQUET, Les filles de la nuit (Aux portes des ténèbres) ; La figure d’argile (ibid) ; BRADBURY : le « limier », dans Fahrenheit 451 ; BRION, Les statues (La chanson de l’oiseau étranger, Paris, A. Michel, 1958) ; Le carnaval d’Orvieto (ibid.) ; DE GHELDERODE, Nuestra Senora de la Soledad (Sortilèges) ; ; L’écrivain public (ibid.) ; ĒICHENDORFF, Das Marmorbild (rec. Märchen hrsg. von A. MÜLLER, t. II) ; GOGOL, Le portrait (Récits de Pétersbourg) ; HOFFMANN, L’automate (Contes, t. II). — Cf. la cour d’Arthus (ibid.) et Lebensansichten des Katers Murr ; H. JAMES, The Last of the Valerii (Ghostly tales) ; JEROME (J.K.), Un cavalier accompli (anthol. Histoires abominables) ; MÉRIMÉE, La Vénus d’Ille (Romans et nouvelles) ; Il viccolo di Madama Lucrezia (ibid.) ; E. NESBIT, Man-size in marble (anthol. A book of strange stories) ; PIEYRE DE MANDIARGUES, L’archéologue (Le musée noir...) ; POE, Le joueur d’échecs de Maelzel (Œuvres en prose) ; Le portrait ovale (ibid.) ; RAY, Le cimetière de Marlyweck (Les 25 meilleures histoires...) ; SEIGNOLLE, La Malvenue ; VILLIERS DE L’ISLE-ADAM, L’Eve future, Les phantasmes de M. Redoux (Œuvres, pp. 506-514). Cf. CASTEX, Le conte fantastique..., pp. 264-266 ; et MICHELET, La sorcière, p. 333 : note pour la p. 11.
  • [75]
    Sur le grotesque, cf. W. KAYSER, Das Groteske. Seine Gestaltung in Malerei und Dichtung.
  • [76]
    BERGSON, Le rire, pp. 22-23.
  • [77]
    Helen MAC CLOY, Le miroir obscur (anthol. Les chefs-d’œuvre du crime).
  • [78]
    BERGSON, Le rire, p. 66.
  • [79]
    ID., Ibid., p. 72.
  • [80]
    Anthol. Deals with the devil.
  • [81]
    BERGSON, Le rire, pp. 87-88.
  • [82]
    FREUD semble l’avoir pressenti, qui signale le cas « ... où un symbole prend l’importance et la force de ce qui était symbolisé... » (Trad., p. 199). « ... wenn ein Symbol die volle Leistung und Bedeutung des Symbolisierten übernimmt... » (Werke, t. XII, p. 258). Cf. A. BLACKWOOD : « To say that the brute has awakened in a man is not a mere metaphor always » (John Silence, p. 361).
  • [83]
    Mrs. OLIPHANT, A beleaguered city (anthol. Six novels of the supernatural, p. 20). Cf. R. AICKMAN, Ringing the changes (anthol. The third ghost book, p. 85).
  • [84]
    MÉRIMÉE, Lokis (Romans et nouvelles, p. 771).
  • [85]
    OWEN, Père et fille (La cave aux crapauds).
  • [86]
    HOFFMANN, Le sanctus (Contes, t. I).
  • [87]
    M. JOSEPH, The yellow cat (anthol. The supernatural...).
  • [88]
    WELLS, The apple (Short stories).
  • [89]
    RAY, La main de Goetz von Berlichingen (Les 25 meilleures histoires...).
  • [90]
    HOFFMANN, Vision sur le champ de bataille de Dresde (Contes, t. IV) ; J. RAY, La vérité sur l’oncle Timotheus (Les 25 meilleures histoires...).
  • [91]
    OWEN, Le péril (Les chemins étranges, p. 31).
  • [92]
    SHERIDAN LE FANU, Carmilla, trad., pp. 30, 32, 36, 44.
  • [93]
    MÉRIMÉE, Romans et nouvelles, p. 457.
  • [94]
    ID., ibid., p. 449.
  • [95]
    Pétrus BOREL, Gottfried Wolfgang, (Recueil Merveilleux et poésie..., p. 109). En fait, Borel a démarqué The adventures of the German student de Washington IRVING, qui fut souvent lui-même accusé de plagiat.
  • [96]
    VILLIERS DE L’ISLE-ADAM, Véra (Œuvres).
  • [97]
    GAUTIER, Arria Marcella (Romans et contes, p. 308).
  • [98]
    DICKENS, Christmas books ; STEVENSON, Dr. Jekyll and Mr. Hyde. Cf. PENZOLDT ; The Ghost story with a moral (The supernatural..., pp. 92-117).
  • [99]
    GOTTHELF, Die schwarze Spinne.
  • [100]
    H. JAMES, The private life (Ghostly tales) ; trad. par Marie CANAVAGGIA (L’image dans le tapis, par H. JAMES, Paris, P. Horay, 1957).
  • [101]
    Dans son Dictionnaire philosophique, VOLTAIRE s’amuse à user du mot vampire tantôt au sens propre, tantôt au sens métaphorique : « On n’entendait point parler de vampires à Londres, ni même à Paris. J’avoue que dans ces deux villes il y eut des agioteurs, des traitants, des gens d’affaires, qui sucèrent en plein jour le sang du peuple ; mais ils n’étaient point morts, quoique corrompus. Ces suceurs véritables ne demeuraient pas dans des cimetières, mais dans des palais fort agréables » (p. 548, S. V°. Vampires).
  • [102]
    BERGSON, Le rire, p. 88.
  • [103]
    O. WILDE, The Canterville ghost (anthol. Best ghost stories).
  • [104]
    B. MATTHEWS, The rival ghosts (anthol. Famous ghost stories).
  • [105]
    H. HEINE, Die Harzreise (Werke, Ausgew. und eingel. von Helmut HOLZHAUER, Weimar, Volksverlag, 1956, t. II, pp. 246 et suiv.).
  • [106]
    J. CAU, Le fantôme (Mon village, contes, Paris, Gallimard, 1958).
  • [107]
    WELLS, The inexperienced ghost (Short stories).
  • [108]
    A. MACHEN, The white people (anthol. Tales to be told in the dark, p. 152).
  • [109]
    SAKI, Tobermory (The short stories, New York, The modern library, s. d.).

Les listes de motifs. — Pour désigner les œuvres fantastiques, deux procédés : celui qui indique le motif central — histoire de revenant, Gespenstergeschichte, Ghost story ; celui qui note l’impression que l’œuvre doit produire — histoire étrange, unheimliche Geschichle, tale of the uncanny. Mais, que le mot désigne l’objet ou le sentiment, l’unité du dedans et du dehors se reforme dans l’esprit du lecteur. Dedans et dehors ? Abstractions. Produits d’une élaboration conceptuelle captieuse. Loin d’engendrer leur unité, c’est d’elle qu’ils naissent. Le sentiment et la langue précèdent la réflexion. Et les langues disent à leur façon l’unité du dedans et du dehors : Conte fantastique, qui désigne, selon l’étymologie savante, un produit de l’imagination, est contaminé par fantôme dans l’étymologie spontanée. Spukgeschichte ? histoire de hantise et histoire qui fait peur. Ghostly tale renvoie au fantôme qui est un être et au fantomatique qui est un sentiment.
L’expression nuancée des sentiments exige un certain raffinement intellectuel. L’homme naïf ne croit pas volontiers sa peur une peur abstraite en quête de raisons d’avoir peur. S’il redoute les fantômes, c’est qu’à ses yeux les fantômes existent et peuvent nuire. Loin d’être objet accessoire ou accidentel, le motif serait cause directe de l’impression du fantastique. Un livre écrit pour prouver que « le monde est fantastique » se vendra bien. Le bon public distingue difficilement ses impressions des causes externes qui sont censées les produire…


Date de mise en ligne : 27/04/2020

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