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7. Champ universitaire et champ du pouvoir

Pages 291 à 342

Citer ce chapitre


  • Charle, C.
(2018). 7. Champ universitaire et champ du pouvoir. La République des universitaires (1870-1940) (p. 291-342). Le Seuil. https://shs.cairn.info/la-republique-des-universitaires-1870-1940--9782020146029-page-291?lang=fr.

  • Charle, Christophe.
« 7. Champ universitaire et champ du pouvoir ». La République des universitaires (1870-1940) Le Seuil, 2018. p.291-342. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/la-republique-des-universitaires-1870-1940--9782020146029-page-291?lang=fr.

  • CHARLE, Christophe,
2018. 7. Champ universitaire et champ du pouvoir. In : La République des universitaires (1870-1940) Paris : Le Seuil. L'Univers historique, p.291-342. URL : https://shs.cairn.info/la-republique-des-universitaires-1870-1940--9782020146029-page-291?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Cf. C. Charle, Les Élites de la République, op. cit. et Naissance des « intellectuels », op. cit.
  • [2]
    Non que ces détournements impurs de la pétition ou du comité de soutien n’existent pas, mais majoritairement, et l’analyse détaillée des prises de position le montrera par la cohérence des options, la bonne foi est sans doute plus importante, à la différence peut-être de ce qu’on constate pour des professions ouvertes où le statut d’« intellectuel » représente une porte d’entrée au lieu, comme chez les universitaires, d’être plutôt une option seconde, une fois le statut interne atteint.
  • [3]
    Dans une version préliminaire et partielle de cette analyse, j’avais poussé l’étude jusqu’à la guerre d’Algérie qui constitue sans doute la dernière occasion où les systèmes de valeurs qui s’opposent doivent plus aux enjeux externes qu’aux enjeux internes au milieu universitaire, nouvelle caractéristique qui apparaîtra au grand jour à partir de mai 1968 : cf. C. Charle, « Academics or intellectuals ?, the Parisian professors of the University of Paris and political debate in France from the Dreyfus Affair to the Algerian War », in Jeremy Jennings (éd.), Intellectuals in Twentieth Century France, Mandarins and Samurais, Londres, New York, St Martin’s Press, 1993, p. 94-116.
  • [4]
    Cf. Fritz K. Ringer, The Decline of the German Mandarins, Harvard, Harvard U. P., 1969, et Klaus Schwabe (hg.), Deutsche Hochschullehrer als Elite 1815-1945, Boppard-am-Rhein, Harald Boldt Verlag, 1988.
  • [5]
    On trouvera en annexe du chapitre la référence exacte de ces pétitions consultées la plupart du temps sur les sources originales ou vérifiées à partir de celles-ci quand elles ont fait l’objet d’une autre forme de publicité plus large.
  • [6]
    Les pétitions de droite sont plus nombreuses dans la réalité, mais elles n’ont pas été utilisées lorsqu’elles ne comportaient pas de signatures d’universitaires. Ainsi, le texte célèbre intitulé « Pour un parti de l’intelligence », lancé par Henri Massis pour lutter contre le « bolchevisme intellectuel » (Le Figaro, 19 juillet 1919), n’est signé par aucun universitaire alors qu’à l’évidence son inspiration n’aurait pas déplu à certains tenants de l’élitisme présents dans les facultés. Il est vrai que le livre d’Henri Massis publié avec Alfred de Tarde sous le pseudonyme d’Agathon contre la « nouvelle Sorbonne » avait coupé les ponts avec ce milieu : cf. L’Esprit de la nouvelle Sorbonne, Paris, Mercure de France, 1911 ; sur ce point, voir l’étude exhaustive de Claire-Françoise Bompaire-Evesque, Un débat sur l’Université au temps de la Troisième République. La lutte contre la nouvelle Sorbonne, Paris, Aux amateurs de livres, 1988.
  • [7]
    La réticence de certains témoins à répondre à ce genre de question ou le flou des nécrologies, rédigées en général par un proche de tempérament similaire, indique aussi indirectement que l’ambiance intellectuelle générale dans laquelle se situait le professeur considéré était foncièrement éloignée de toute position politique de gauche ou de l’adoption de la posture d’« intellectuel ». Les témoignages oraux recueillis lors de l’enquête biographique pour les générations les plus récentes sont donc biaisés et structurés de la même manière que les sources imprimées classiques.
  • [8]
    C’est le cas, par exemple, de Jean Perrin et Paul Langevin, signataires comme étudiants des manifestes dreyfusards et présents sur les manifestes de gauche comme professeurs dans les années 1930.
  • [9]
    Ainsi, certains dreyfusards participent à la propagande de guerre aux côtés de leurs anciens ennemis, quitte pour certains, après la guerre, à maintenir cette orientation plus nationale qu’universaliste.
  • [10]
    Comme la Ligue des droits de l’homme ou, plus tard, le réseau de l’Union rationaliste.
  • [11]
    Paul Langevin, Frédéric Joliot, Henri Wallon.
  • [12]
    Cf. C. Prochasson, Les Intellectuels, le socialisme et la guerre, Paris, Éd. du Seuil, 1993.
  • [13]
    L’argumentaire dénonciateur est le même qu’en 1899 : « Ceux qui ont pris l’initiative de ce manifeste […] se sont décerné à eux-mêmes ce titre “travailleurs intellectuels” comme s’ils étaient qualifiés pour parler au nom de la Pensée française. » Plus loin, on peut lire : « l’immense majorité des savants et des écrivains demeure, elle, du côté de la Patrie » (Le Figaro, 7 juillet 1925). De même, en 1899, les académiciens de la Ligue de la patrie française affirmaient que la majorité des intellectuels soutenait l’armée.
  • [14]
    Cf. Paul Appell, Souvenirs d’un Alsacien, Paris, Payot, 1923 ; sur l’engagement de Lanson, cf. H. Bourgin, De Jaurès à Léon Blum. L’École normale et la politique, Paris, Fayard, 1938, p. 45-46, et J.-F. Sirinelli, Génération intellectuelle. Khâgneux et normaliens dans l’entre-deux-guerres, op. cit., p. 335 et s. Ayant perdu son fils pendant la guerre, Lanson a répudié son pacifisme d’avant-guerre et ne comprend plus le pacifisme des générations normaliennes à l’époque où il dirige l’École normale supérieure.
  • [15]
    La mobilisation au front, qui touche une fraction des générations considérées, ne peut être mise sur le même plan puisque ayant un caractère obligatoire, sauf les cas plus rares mais témoignant d’une conviction patriotique ardente des professeurs reprenant du service alors que leur âge ou leurs états de service les en dispensaient (ainsi Marc Bloch par exemple en 1939).
  • [16]
    Paul Champy est conseiller général des Vosges (1925-1945), Gustave Roussy, adjoint au maire du IVe, Alexandre Desgrez échoue dans sa candidature sénatoriale en 1904. Les échecs électoraux ne sont pas connus de façon exhaustive, les nécrologies évoquant plutôt les côtés positifs que négatifs de la vie de leur héros, il en résulte donc une sous-estimation probable de la tentation de la notabilité politique.
  • [17]
    Cf. l’analyse de P. Favre, Naissances de la science politique, Paris, Fayard, 1990, p. 255-271.
  • [18]
    Cf. M.-J. Nye, « Science and socialism : the case of Jean Perrin in the Third Republic », French Historical Studies, 9, 1974, p. 141-169.
  • [19]
    F. Huguet, op. cit., p. 190-191 et 46-48.
  • [20]
    Il faudrait ici évoquer tous les débats méthodologiques qui divisent politologues, sociologues du politique, spécialistes ou critiques des sondages sur l’interprétation de la classification des enquêtes d’opinion avec la circonstance aggravante que l’historien travaille dans ce cas sur une population peu nombreuse, adepte de l’autocensure et sur laquelle la collecte d’informations est en grande partie indirecte et filtrée par des informateurs participant du même système de valeurs axé sur la discrétion et le sous-entendu.
  • [21]
    Il existe dans les échantillons étudiés quelques très rares cas de monarchistes ou de sympathisants de l’Action française, classés à droite ou à l’extrême droite. Les mécanismes de sélection spécifique de l’élite universitaire rendent ce type de position très peu probable, situation très différente des universitaires allemands de la République de Weimar. Il est possible cependant que quelques nostalgiques secrets des régimes antérieurs à la république aient toujours été présents, mais sans manifester leur sentiment par prudence élémentaire dans un milieu très majoritairement acquis au régime.
  • [22]
    Par exemple, la protestation de 1933 contre les mesures antisémites en Allemagne rallie aussi bien des libéraux modérés que des hommes de gauche authentiques. On y trouve des universitaires dont certains se compromettront ensuite avec le régime de Vichy (comme Joseph Barthélémy, ministre de Pétain) ou soutiendront le franquisme (comme Jean-Louis Faure, membre de l’Académie de médecine). La radicalisation du clivage gauche/droite se produit à partir des événements de 1934, comme on le verra plus loin.
  • [23]
    Il faudrait faire la genèse de ces stéréotypes qui gomment les évolutions à moyen terme plus importantes comme on va le voir.
  • [24]
    Cette simplification caractérise notamment les synthèses avant tout politiques de Pascal Ory et Jean-François Sirinelli sur les intellectuels envisagés en longue période ou l’étude purement interne des « pétitionnaires du Front populaire » de B. Laguerre (cf. P. Ory et J.-F. Sirinelli, Les Intellectuels en France de l’affaire Dreyfus à nos jours, Paris, Colin, 1986, et B. Laguerre, « Les pétitionnaires du Front populaire », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 1990, p. 500-515). En abordant par une définition exclusivement politique les intellectuels, ces travaux excluent, par définition, tous les intellectuels qui ne se reconnaissent pas dans cette définition et surestiment donc d’autant le poids des intellectuels conformes à leur typologie a priori. Seule la comparaison de la population des intellectuels engagés et de l’ensemble du vivier potentiel peut permettre de comprendre le sens social de l’engagement politique pour les « intellectuels » au sens politique du mot.
  • [25]
    Ce débat entre une éthique de la science universitaire et une science éthique défendue par les « intellectuels » rappelle, mutatis mutandis, le débat au sein de l’avant-garde littéraire qui a précédé de peu l’affaire Dreyfus entre les tenants de l’art pour l’art, quoi qu’il arrive, et les écrivains tentés par l’art social ou l’anarchisme, qu’on a retrouvés, en général, dans le camp des « intellectuels » en 1898.
  • [26]
    Cf. l’étude très fouillée de Claude Singer, Vichy, l’Université et les juifs, Paris, Les Belles Lettres, 1992.
  • [27]
    Le premier taux est calculé à partir du nombre de signataires du manifeste cité paru dans L’Écho de Paris et Le Figaro ; le second retient en outre les signataires de l’adresse de soutien à l’appel du Syndicat national des médecins italiens, manifestation plus corporative mais qui traduit aussi indirectement une sympathie pour le régime mussolinien, puisque cette association italienne a un caractère officiel (Le Figaro, 17 octobre 1935).
  • [28]
    Pour l’Espagne républicaine ont signé : Jeanne Lévy (seule femme professeur de médecine), Victor Basch (honoraire), Louis Cazamian, Jules Marouzeau, Edmond Vermeil (professeurs à la faculté des lettres), Jean Pommier (chargé de cours), Jacques Hadamard, Henri Wallon, Frédéric Joliot (Collège de France), Marcel Prenant, Francis Perrin (faculté des sciences) (source : Commune, 40, décembre 1936, p. 389-391). Pour l’Espagne franquiste : Léon Abrami, Jean-Louis Faure (honoraire), Jean Lhermitte, Émile Sergent (médecine), Émile Bartin, Louis Le Fur (droit), Bernard Faÿ (Collège de France) (Occident, décembre 1937-février 1938). Dans ce dernier numéro, Louis Le Fur utilise même sa compétence juridique supposée pour « prouver » que le gouvernement républicain n’est pas le gouvernement légal du pays.
  • [29]
    Cf. G. Weisz, « Reform and conflict in French medical education, 1870-1914 », in R. Fox et G. Weisz (éd.), The Organization of Science and Technology in France, op. cit., p. 61-94, notamment, p. 89 : le pourcentage de docteurs en médecine par rapport au nombre d’étudiants diminue de vingt-quatre en 1875-1876 à treize en 1907-1908 ; sur la xénophobie médicale de l’entre-deux-guerres, cf. Ralph Schor, L’Opinion française et les Étrangers en France, Paris, Publications de la Sorbonne, 1985, p. 605-610.
  • [30]
    Statistique établie à partir de mes recherches antérieures sur les professeurs de médecine de 1901 et des notices publiées dans le dictionnaire cité de F. Huguet. Les données fournies par G. Weisz à propos de l’Académie de médecine, dont les codages diffèrent légèrement, donnent des indications similaires (cf. G. Weisz, « Les transformations de l’élite médicale en France », Actes de la recherche en sciences sociales, 74, septembre 1988, p. 33-46, tableau 6, p. 39) : parmi les professeurs de médecine membres de l’Académie en 1935 (soit une génération un peu antérieure à mon échantillon de 1932), 21 % viennent d’un milieu bourgeois (contre 16 % en 1901), 24 % sont fils de médecins (même chiffre en 1901), 29 % d’une famille de professions libérales ou intellectuelles (contre 26 %); en revanche, les milieux petits bourgeois régressent de 35 à 27 % du total.
  • [31]
    Les renseignements concernant les alliances matrimoniales sont plus lacunaires tant dans le dictionnaire de F. Huguet que pour les membres de l’Académie de médecine analysés par G. Weisz. Ils indiquent néanmoins la tendance résumée ici (cf. G. Weisz, art. cit., notamment le tableau 8, p. 41 : on compte 40 % de beaux-pères médecins chez les académiciens de 1935 contre 19 % en 1901).
  • [32]
    Sur ce climat général, cf. A. Corbin, Les Filles de noce, Paris, Aubier, 1978, Le Temps, le Désir et l’Horreur, Paris, Aubier, 1991, et A. Stora-Lamarre, L’Enfer de la IIIe République, Paris, Imago, 1989.
    Les échantillons postérieurs de professeurs de médecine analysés par Alain Girard et Pierre Bourdieu, correspondant, l’un, à la situation des années 1950, l’autre, à celle des années 1960, montrent que cette évolution de l’entre-deux-guerres est une tendance de fond et non une particularité de la coupe pratiquée en 1932 (cf. Alain Girard, La Réussite sociale, Paris, PUF, 1961, p. 97, et P. Bourdieu, Homo academicus, op. cit., p. 65-67 : les professeurs de médecine de 1967 sont le groupe d’universitaires où la part des individus d’origine modeste est la plus faible (1,5 % de fils d’ouvriers, 11,4 % de fils d’employés, artisans ou cadres moyens contre 75,6 % de milieu bourgeois : ingénieurs, industriels, professions libérales, cadres et fonctionnaires supérieurs). C’est également le groupe de professeurs où l’on trouve le plus de catholiques notoires et de pères de familles nombreuses (ce dernier trait étant rarissime dans l’échantillon de 1901).
  • [33]
    Il s’agit d’Edmond Faral, spécialiste de littérature médiévale, qui incarne, d’après les témoignages, une tradition intellectuelle pointilleuse quand il administre le Collège de France jusqu’après la guerre (cf. D. Eribon, Faut-il brûler Dumézil ?, Paris, Flammarion, 1992, p. 263-264).
  • [34]
    L’orientation droitière de l’École des chartes, surtout chez les élèves, s’est notamment manifestée lors de l’affaire Dreyfus quand un grand nombre d’anciens chartistes se sont solidarisés avec le professeur antidreyfusard, Charles de Lasteyrie, contre les professeurs dreyfusards, sollicités comme experts lors des procès (cf. C. Charle, « Les étudiants et l’affaire Dreyfus », Cahiers Georges Sorel, 4, 1986, p. 26-43).
  • [35]
    Un certain nombre de monographies dispersées permettent de connaître les principales interventions politiques dans la vie universitaire ; cf. notamment pour les sciences et la médecine : N. et J. Dhombres, Naissance d’un nouveau pouvoir, sciences et savants en France, Paris, Payot, 1989 ; J. M. Burney, Toulouse et son université…, op. cit.; G. Weisz, « Les professeurs parisiens et l’Académie de médecine en 1820 », in C. Charle et R. Ferré (éd.), Le Personnel de l’enseignement supérieur aux xixe et xxe siècles, op. cit., p. 47-63 ; pour les lettres : C. Charle, « La faculté des lettres de Paris et le pouvoir (1809-1906) », in C. Charle et R. Ferré, op. cit., p. 151-163 ; pour le droit : les articles de Madeleine Ventre-Denis, « La faculté de droit de Paris et la vie politique sous la Restauration : l’affaire Bavoux », Revue d’histoire des facultés de droit et de la science juridique, 1987, n° 5, p. 33-64, et « La difficile naissance, à la faculté de droit de Paris, de la première chaire autonome de droit criminel », ibid., 1991, n° 12, p. 151-183 ; Catherine Lecomte, « La faculté de droit de Paris dans la tourmente politique, 1830-1848 », ibid., 1990, n° 10-11, p. 64-70.
  • [36]
    Cf. les cas étudiés au chapitre 5.
  • [37]
    A. de Beauchamp, Circulaire du 19 février 1881, in Recueil des lois et règlements sur l’enseignement supérieur, Paris, Delalain, 1884, t. 3, p. 563-564.
  • [38]
    Journal officiel, Débats. Chambre des députés, séance du 10 novembre 1883, p. 245.
  • [39]
    Cf. les attitudes ambiguës, déjà analysées au chapitre 5, face aux intrusions les plus caractérisées dans les élections de la faculté des lettres.
  • [40]
    Il existe quelques cas plus rares de créations de chaire ad hominem en médecine, mais leurs titulaires sont pourvus des mêmes qualifications que les autres professeurs, alors que, dans les disciplines moins codifiées en lettres et en droit, les individus sont moins sélectionnés ou peuvent bénéficier de passe-droit ; pour un cas en médecine, voir l’exemple de Pozzi pour la chaire de gynécologie (C. Charle, Les Élites de la République, op. cit., p. 244).
  • [41]
    Cf. la relation du débat parlementaire très vif par Émile Poulat, « L’institution des sciences religieuses », in J. Baubérot et al., Cent Ans de sciences religieuses en France, Paris, Éd. du Cerf, 1987, p. 49-78, en particulier p. 66-69.
  • [42]
    Documents parlementaires, Chambre des députés, t. 52 bis, 1897, p. 1817.
  • [43]
    Ibid., t. 54, 1898, p. 686, annexe n° 3043.
  • [44]
    Sur ce contexte global de promotion intellectuelle des colonies, cf. Gwendolyn Wright, The Politics of Design in French Colonial Urbanism, Chicago et Londres, The University of Chicago Press, 1991, p. 67-71 : l’École coloniale est fondée en 1889 mais, malgré son implantation au Quartier latin (avenue de l’Observatoire), elle n’apparaît pas comme un lieu intellectuel suffisamment prestigieux pour cette promotion de la « science coloniale ».
  • [45]
    Cité dans E. Poulat, art. cit., p. 67.
  • [46]
    Cf. Jacques Marty, Albert Réville, sa vie son œuvre, Cahors et Alençon, Imp. A. Coueslant, 1912, p. 54-55. Une coupure de presse de L’Estafette du 22 mars 1893, conservée dans son dossier personnel (AN, F17 25896), signale que A. Réville a rendu hommage à la mémoire de Jules Ferry (récemment décédé), « éminent homme d’État qui avait pris la courageuse initiative de la création de cette chaire malgré la résistance de la part des cléricaux ».
  • [47]
    Cf. son dossier AN, F17 22933 ; AN, registre des délibérations de la faculté de médecine, AJ 16* 6262, p. 309 ; E. Corra, Pierre Laffitte successeur d’Auguste Comte, Paris, Revue positiviste internationale, 1923, p. 20-21. La responsabilité de la nomination finale incomba à Léon Bourgeois, ce qui suscita une lettre anonyme peu amène conservée au dossier ; la commission du budget avait supprimé le crédit demandé initialement par le ministre et rétabli par un vote de la Chambre grâce à la double intervention d’Antonin Dubost et Léon Bourgeois (Annales de la Chambre des députés, séance du 10 novembre 1891, p. 278-280). Les tribulations de cette chaire ne sont pas finies puisque, en 1895, un sénateur de droite demanda la suppression de la chaire qui n’était, selon lui, qu’un enseignement officiel (RIE, 1895, 2, p. 175).
  • [48]
    Assemblée nationale, Débats parlementaires, séance du 16 juillet 1897, p. 1009-1010 (interventions de Camille Fouquet et de Paul Bouge); AN, F17 13559 ; sur le contexte général : G. Weisz, « L’idéologie républicaine et les sciences sociales. Les durkheimiens et la chaire d’histoire d’économie sociale à la Sorbonne », Revue française de sociologie XX, 1, 1979, p. 102-103. Malgré la médiocrité des sources concernant Izoulet, d’autres indices de ses connivences politiques avec les républicains modérés sont clairs : les flagorneries appuyées qu’il adresse à Léon Bourgeois dans son livre La Cité moderne (1895) et son mariage tardif, en 1906, avec la fille du docteur Henri Marmottan, député républicain et maire du XVIe arrondissement, gros actionnaire d’Anzin (E. Bocquillon, Izoulet et son œuvre, Paris, Éd. Baudinière, 1943, déclaration de succession, archives de l’Enregistrement, Paris). Barrès, dans un article du 1er février 1898 publié dans Le Journal, donne une image très positive du cours, alors que le témoignage de R. Blanchard (Ma jeunesse à l’ombre de Péguy, Paris, Fayard, 1961, p. 185-186) est très critique : « une puissante attraction dirigeait les littéraires, le jeudi après-midi, vers le Collège de France où nous allions chahuter le cours d’Izoulet. Il avait beau être un ancien élève de chez nous, nous accusions Izoulet d’être arrivé au Collège par de louches collusions avec des politiciens radicaux et surtout on l’accablait d’une réputation d’onanisme, appuyée sur une célèbre chanson dont la paternité était attribuée à notre maître Goelzer. Le chahut était énorme et accompagné de plaisanteries salaces ; mais après deux ou trois expériences, Izoulet, qui avait des attaches sportives, convoqua quelques athlètes du Stade français qui nous sortirent sans cérémonie ».
  • [49]
    AN, AJ 16 201 et F17 22184.
  • [50]
    AN, AJ 16 215 ; Qui êtes-vous ?, Paris, Delagrave 1908 et 1924 ; Dictionnaire de biographie française, déclaration de succession et acte de mariage, état civil du XVIe arrondissement.
  • [51]
    Cf. les remarques déjà faites sur ce point au chapitre 5.
  • [52]
    AN, AJ 16* 4753, conseil du 23 octobre 1922, p. 47. En fait, la faculté ne dispose d’aucune marge de manœuvre puisque le conseil de l’université a déjà accepté le cours. Aulard soutient d’autant plus Renouvin que celui-ci a fait sa thèse avec lui sur les Assemblées provinciales de 1787.
  • [53]
    Cf. J. B. Duroselle, « Pierre Renouvin (1893-1974) », Revue d’histoire moderne et contemporaine, octobre-décembre 1975, p. 497-507.
  • [54]
    Paul Léon, Du Palais-Royal au Palais Bourbon, Paris, Albin Michel, 1947, p. 274-278.
  • [55]
    AN, AJ 16* 1802, p. 369.
  • [56]
    Ibid., p. 370.

La relation entre le champ universitaire et le champ du pouvoir présente en France une originalité marquée du fait de l’existence, à partir de la fin du xixe siècle, du modèle social de l’« intellectuel ». J’ai montré ailleurs que l’émergence des universités et des universitaires nouveau style et celle des « intellectuels » résultaient du même processus d’autonomisation du champ universitaire et du changement des relations entre celui-ci et le champ du pouvoir sous la République. Les universitaires « intellectuels » incarnent en effet l’aspiration, perpétuellement remise en cause par l’évolution même du champ universitaire, à définir une identité universitaire englobante, non par la seule spécificité professionnelle, mais par la mise au service de l’universel des valeurs d’autonomie intellectuelle tout particulièrement cultivées par les réformateurs. Cette modalité d’autodéfinition des universitaires contient donc en elle le pouvoir attractif né de la tension même entre les termes qu’elle cherche à faire coïncider.
En fait, les tendances générales du milieu universitaire analysées dans les chapitres précédents vont plutôt à l’encontre de la réalisation pratique de cet idéal : la croissance du nombre de professeurs, et donc l’hétérogénéité grandissante de leurs profils, la coexistence d’options professionnelles différentes liées aux cultures académiques des diverses facultés et, chez certains, la tentation permanente de faire partie des cercles du pouvoir. Enfin, le souci, que partage de plus en plus une minorité d’universitaires, de recourir à d’autres formes d’action publique, jugées plus efficaces et plus constantes, mais où l’identité professionnelle se dissout (militantisme, expertise, conseil, etc…


Date de mise en ligne : 27/09/2022

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