L’anthropophagie rituelle des Tupinamba
- Par Alfred Métraux
Pages 167 à 216
Citer ce chapitre
- MÉTRAUX, Alfred,
- Métraux, Alfred.
- Métraux, A.
Citer ce chapitre
- Métraux, A.
- Métraux, Alfred.
- MÉTRAUX, Alfred,
Notes
-
[1]
Dans ce chapitre, j’ai cherché à réunir en un tout les détails très abondants que nous possédons sur l’anthropophagie rituelle des Tupinamba. Pour éviter de renvoyer constamment le lecteur aux mêmes références, j’ai jugé préférable de grouper ici l’indication des auteurs et des passages d’où j’ai tiré les faits exposés dans ce chapitre :
Léry, t. II, p. 41-58 ; Thevet (1), chap. xl ; (2), fol. 920 v., 923, 927 v., 932, 944-947 v., et manuscrit inédit, fol. 53-62 v., ; Staden, part. I, chap. xviii, xxviii, xxxvi, xxxvii et xl ; part. II, chap. xxix ; Cardim, p. 181-194 ; Soares de Souza, p. 333-339 ; Gandavo, p. 138-142 et 51-53 ; Nobrega, p. 93 ; Anchieta (3), t. I, p. 70 ; t. II. p. 99-106, passim ; Knivet, p. 222, 247-248 ; Claude d’Abbeville, fol. 282 v. ; 290 v. ; 295 ; Yves d’Évreux, p. 46-56 ; Pezieu, p. 12-16 ; Vasconcellos, p. 81-83 ; Vicente do Salvador, p. 32-33. Les plus anciens documents que nous possédons sur l’anthropophagie des Tupinamba sont : la lettre de Vespucci ; Gaffarel, pièces justificatives, p. 498 ; Fonteneau, p. 412-413 ; la lettre de Ramirez dans Medina, t. I, p. 443 ; Pigafetta, p. 18-19. L’anthropophagie des Tupinamba a été étudiée très sommairement par Andrée et Friederici (2) et (3), p. 124-127.
Une brève allusion à l’anthropophagie des Tupinamba est faite dans l’ouvrage de Pyrard de Laval, p. 338. Le chapitre de Coréal (t. I, p. 214-222) consacré à ce sujet est un plagiat de Léry. -
[2]
Ms. inédit de Thevet, fol. 53 v., 54 et 54 v.
-
[3]
Staden, part. I, chap. xliv.
-
[4]
Thevet (2), fol. 944 : « Or s’en retournans avec tel butin en leur pays, c’est grand plaisir de voir les Fanfares, jeux, crix et hurlemens qu’ils font, pour signifier à leurs gens la victoire ainsi obtenue, faisans caresses au prisonnier lequel avant qu’entrer en leurs loges ils vous meneront sur le tombeau de leurs peres ou meres decedez, lesquels ils font renouveler par le patient, comme si c’estoit une victime qui deust être immolée à leur memoire. » Cf. aussi ms. inédit de Thevet, fol. 61 v.
-
[5]
Part. I, chap. xviii-xxiii.
-
[6]
Yves d’Évreux, p. 46.
-
[7]
Part. I, chap. xxiv.
-
[8]
P. 334.
-
[9]
(1), p. 198, et (2), fol. 945. Cf. Gaffarel, pièces justificatives, p. 498 : « leur mettant autant de licols qu’ils le veulent garder de lunes ».
-
[10]
Claude d’Abbeville, fol. 290.
-
[11]
P. 53.
-
[12]
Thevet (2), fol. 944 v. : « Or tout aussi tost que l’on est entré au village ou logette, ne pensez pas que le prisonnier soit mis en quelque prison, que on le lie ou maltraicte, ains est mené en la maison de celuy, duquel le sepulchre aura esté renouvellé : et lui apporte don devant luy l’arc, les flesches, colliers, plumasseries, lits, fruits et autres choses appartenant au deffunct, à fin que vivant, il s’en serve, scavoir du lict pour se coucher, des colliers et plumages pour se parer, quand bon luy semblera. Quant à l’arc et flesches, il les luy fault laver et nettoyer, à cause qu’il n’est permis à aucun d’entre eux s’aider du bien d’aucun decedé jusques à ce qu’un de leurs ennemis en ait usé, en ait osté la corruption qu’ils y pensent estre. » Cf. ms. inédit de Thevet, fol. 59.
-
[13]
Thevet (2), fol. 944 v. : « Que si les freres, enfants, ou autres de la parenté dudit deffunct, de qui le sepulchre a esté renouvellé, ont esté occis en guerre, leurs femmes ne peuvent se joindre en secondes nopces, que premierement leur mary occis n’ait esté vengé par le massacre d’un de leurs ennemis. Si tost donc que un prisonnier est ainsi equippé, quelquefois on luy donne les femmes de celuy qui aura esté occis, à fin qu’il s’en serve : Et elles les ayans pour associez, disent qu’elles sont recompensees de la deffaite de leurs premiers maris ; et appellent ceux cy Pourra Offeu-notz, qui signifie, autant d’ennuy et de tristesse : et les entretiennent aussi bien, et avec tout le soing et diligence, qu’elles ont fait leurs maris, qui estoient de leurs amis, jusques à ce que vienne le temps et jour prefix pour la mort et massacre du prisonnier : et advient souvent qu’ils ont des enfans, lesquels ils mangent estans grands, quelquefois non, avec leur père, d’autant que (comme j’ay dit ils ont opinion, que jamais ces enfans ne pourroient leur estre fidelles). Si celuy d’entre-eux qui aura esté occis en bataille n’avoit point de femme, celuy à qui est le prisonnier, est tenu de bailler l’une de ses sœurs pour le mariage du captif : et s’il n’en a doit requérir ses amys de luy en fournir : ce de quoy il n’est jamais esconduit, à cause que le plus grand plaisir et contentement qu’ils sçauroient recevoir, est d’avoir un de leurs ennemys ainsi apparenté, et celuy qui en a fait la prise, en est fort loué entre eux, tout ainsi que celuy qui onc n’en prist aucun, est contemné de chacun s’il est en aage de ce faire. » Cf. ms. inédit de Thevet, fol. 59.
-
[14]
Fol. 290 v.
-
[15]
P. 45-56.
-
[16]
Ms. inédit de Thevet, fol. 58 v.
-
[17]
Thevet (2), fol. 944 v. ; ms. inédit de Thevet, fol. 54 et 59 v.
-
[18]
Ms. inédit, fol. 54 v.
-
[19]
Ms. inédit, fol. 59 v., et (2), fol. 944 v.
-
[20]
P. 56.
-
[21]
P. 142.
-
[22]
En réalité « fils de femme ».
-
[23]
P. 413.
-
[24]
Ms. inédit, fol. 54.
-
[25]
Fol. 55.
-
[26]
Claude d’Abbeville, fol. 292 v.
-
[27]
L’une de ces épées-massues, peut-être même celle du fameux chef Quoniambec, se trouve actuellement au Trocadéro. Thevet, ms. inédit, fol. 85 v. Métraux (2), p. 82, fig. 5.
-
[28]
Fol. 290 v.
-
[29]
P. 182.
-
[30]
P. 184.
-
[31]
Ms. inédit, fol. 55.
-
[32]
P. 184.
-
[33]
Ms. inédit, fol. 55-57 v.
-
[34]
Il convient de noter que la tribu dont Thevet nous décrit les rites anthropophagiques dans son manuscrit inédit n’observait pas toutes les cérémonies que j’énumère ici. Notamment elle ne semble pas avoir connu les pratiques que les Tupinamba de Bahia accomplissaient les deuxième et troisième jours. Les cérémonies rituelles qui accompagnaient la mise à mort d’un prisonnier portaient chez eux sur trois jours au lieu de cinq comme chez les Indiens vus par Cardim.
-
[35]
Ms. inédit, fol. 57.
-
[36]
Fol. 291.
-
[37]
Ms. inédit, fol. 57.
-
[38]
Ms. inédit, fol. 57 v.
-
[39]
Id., fol. 55 v.
-
[40]
Ms. inédit de Thevet, fol. 56.
-
[41]
Claude d’Abbeville, fol. 137.
-
[42]
Ms. inédit, fol. 56.
-
[43]
(2), fol. 945.
-
[44]
(2), fol. 945.
-
[45]
Yves d’Évreux, p. 56. Cf. Thevet (2), fol. 945 : « Je me suis autrefois amusé à deviser avec ces pauvres gens, estans ainsi sur le point d’estre massacrez, lesquels estoient jeunes, beaux, et puissants hommes : ausquels comme je demandasse, s’ils ne se soucioient pas de la mort, qui leur estoit si voisine et si espouventable : ils ne me respondoient avec risee et mocquerie en ceste sorte, Aiouroiou mahyré, mouhan, ou touy, meschant estranger tu ne sçais que tu dis, va-t‑en d’auprès de moy. Noz amis nous vangeront, et ceste mort nous est heureuse. Sans faire autre compte de mon propos, ils s’esjouyssoient et monstroient une contenance si asseuree et hardie, que j’en estois merveilleusement esbahy. Que si je leur parlois de les délivrer, et racheter, des mains de leurs ennemis, ils prenoient tout en mocquerie : me faisans la moue, disoient que nous Aiouroiou (ainsi nomment-ils, combien que ce soit un nom d’une espèce de gros Perroquetz) n’estions point hommes de cœur ; mais plutost du naturel de leurs Ouainspassa, qui sont Guenons, qui vivent en perpétuelle crainte des coups ou de la mort. »
-
[46]
Selon Soares de Souza, cette place se serait étendue un peu à l’écart des habitations et on l’aurait reconnue à deux poteaux pourvus de deux orifices par lesquels étaient introduites les extrémités de la corde avec laquelle le prisonnier était attaché. Aucun autre auteur ne fait allusion à ce dispositif.
-
[47]
Ms. inédit, fol. 56 v.
-
[48]
Là encore il existe dans la version de Thevet (ms. inédit, fol. 56 v.) une variante qui est loin d’être négligeable. La voici : les épées-massues qui avaient été consacrées la veille étaient amenées sur la place d’exécution et données aux femmes. Celles-ci les remettaient à tour de rôle aux assistants qui les maniaient pendant quelques instants. Ce geste leur permettait de présager qu’ils tueraient leur ennemi futur et ils tenaient à honneur de le faire. Ce n’est que lorsque tous avaient fini que l’on présentait l’épée-massue à quelque chef qui la transmettait au « matador ».
-
[49]
Soares de Souza, p. 337. Selon ce chroniqueur, on chantait le matin de l’exécution des chansons dont la victime faisait le thème.
-
[50]
Léry, t. II, p. 45-46.
-
[51]
Claude d’Abbeville, fol. 293 v.
-
[52]
Gandavo, p. 139.
-
[53]
Ms. inédit de Thevet, fol. 58.
-
[54]
Thevet (2), fol. 945 v. : « Mort que est le prisonnier, celle femme que luy avoit esté donnée, fera un peu de dueil sur luy, et pleurera et hurlera : puis se met à faire feste et s’esjouyt en la commune liesse de ses parents et amis. »
-
[55]
Fol. 294.
-
[56]
Suivant Léry (t. II, p. 50), la cervelle ne se mangeait pas.
-
[57]
Thevet (2), fol. 956 : « Le plus savoureux goust qu’ils y trouvent, ce sont les bouts des doigts, des mains et ce qui est à l’entour du foy et du cœur en ses entrailles. »
-
[58]
Ms. inédit de Thevet, fol. 61.
-
[59]
Thevet (2), fol. 923.
-
[60]
Thevet (1), p. 207, et (2), fol. 947 ; Soares de Souza, p. 321 ; Staden, part. II, chap. xviii : « Wann eyns dem andern lauset die leuse essen sie. Ich hab sie offtmals gefragt warumb sie es thun Sie sagten Es weren ire feinde Essen inen vom heubt wollen sich an inem rechen. »
-
[61]
Léry, t. I, p. 183 ; Pezieu, p. 12 : « Les anciens exhortent les enfants à la dite vengeance, si une espine ou quelque autre chose les blesse, ils portent tout aussitost à la bouche après l’avoir arraché. »
-
[62]
La seule étude d’ensemble que nous possédions sur l’anthropophagie des Indiens de l’Amérique du Sud est le chapitre que Andrée consacre à ce continent dans le livre où il traite de cette coutume. Les exemples qu’il donne sont assez mauvais et douteux.
-
[63]
P. 48.
-
[64]
Cardim, p. 38.
-
[65]
Soares de Souza, p. 308.
-
[66]
Nuñez Cabeza de Vaca, t. I, p. 199-200 ; Montoya, p. 51 ; Techo, p. 213.
-
[67]
Lizárraga, p. 553.
-
[68]
Annuæ litteræ, p. 428 et 437 ; Cardús, p. 73.
-
[69]
Steinen, p. 262.
-
[70]
Nimuendajú (3), p. 1023-1025.
-
[71]
Castelnau, t. II, p. 314.
-
[72]
Bauve, t. XXVIII, p. 277.
-
[73]
Acuña, p. 119-121 ; Maroni, t. XXX, p. 195, et t. XXXIII, p. 115 ; Chantre y Herrera, p. 90.
-
[74]
Nino, p. 279.
-
[75]
P. 428 et 437.
-
[76]
Garcia de Freitas, p. 70-72.
-
[77]
Tocantins, part. II, p. 93.
-
[78]
Thevet, dans son manuscrit inédit (fol. 58 v.), rapporte qu’au moment où le prisonnier avait cessé de respirer, l’exécuteur recevait avant de se retirer un « soulier neuf de cotton teint en rouge » ainsi que deux pierres pour reposer ses pieds sans toucher terre. Comme les Tupinamba ont ignoré l’usage de ces chaussures avant la colonisation européenne, on ne peut être que surpris du détail fourni par Thevet. Peut-être devons-nous entendre par « souliers » des sandales en coton qui devaient préserver le pied du « matador » de tout contact avec la terre ; la suite de la phrase semble confirmer ma manière de voir.
-
[79]
T. I, p. 199.
-
[80]
Montoya, p. 51.
-
[81]
Annuæ litteræ, p. 437.
-
[82]
(2).
-
[83]
Thevet, dans son manuscrit inédit (fol. 61), prétend qu’il pouvait boire du caouin.
-
[84]
(2), fol. 946.
-
[85]
Staden, part. II, chap. xxix : « Dann muss er denselbiegen tag stilligen in eynem netz thun yhme eyn kleynes flitschböglin mit eynem pfeil darmit er die zeit vertreibt scheusset in wachs Gesicht darumb das ime die arme nicht ungewiss werden von dem schrecken des todtschlagens. »
-
[86]
Nimuendajú (1), p. 310.
-
[87]
Selon Thevet (ms. inédit, fol. 61), le « matador » se tondait à ras.
-
[88]
P. 333.
-
[89]
Id. [NdÉ.]
-
[90]
Thevet (1), fol. 932 v.
-
[91]
Dans le document intitulé : De algumas cousas mais notaveis do Brasil (p. 387-389), on trouve quelques indications sur l’anthropophagie rituelle des Tupinamba qui confirment plusieurs des détails transcrits ci-dessus. Ce texte ne m’est parvenu qu’au moment où les lignes précédentes s’imprimaient.
Le but visé par les Tupinamba pendant la bataille était de faire des prisonniers ; ils témoignaient par avance de cette intention en emportant avec eux des cordes enroulées autour de leur corps. Après avoir combattu à distance pendant un certain temps, les guerriers des deux camps se précipitaient les uns contre les autres, chacun s’efforçant de désarmer un adversaire et de s’emparer de lui vivant. Un homme seul pouvait rarement y réussir s’il n’était aidé de ses camarades. Comme la capture d’un ennemi était un exploit rigoureusement individuel, c’était une règle établie que le prisonnier appartenait à celui qui le premier l’avait touché. Mais, comme dans l’ardeur de la mêlée il n’était pas toujours facile de se rendre compte à qui revenait cet honneur, il s’ensuivait parfois des querelles assez violentes. Pour résoudre le différend à l’amiable, on se décidait souvent à exécuter le prisonnier sur-le-champ et à répartir sa chair entre tous les hommes qui avaient pris part à l’expédition. Le chef de la tribu dont dépendait celui qui avait fait le prisonnier s’efforçait néanmoins de faire prévaloir ses droits, déclarant que le captif devait être amené vivant au village, pour que les femmes pussent le voir et célébrer le caouin de la revanche.
Avant de quitter le champ de bataille, on dépeçait les morts et leurs membres rôtis étaient soit mangés sur place, soit emportés au village. Les Tupinamba coupaient aussi les organes génitaux des femmes et des enfants tués pendant le combat et les donnaient à leurs femmes qui les faisaient boucaner et leur en servaient des morceaux lors des grandes fêtes…
Date de mise en ligne : 09/04/2018
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