Chapitre d’ouvrage

Aider à la construction du « je »

Pages 89 à 103

Citer ce chapitre


  • Gaberan, P.
(2007). Aider à la construction du « je » La relation éducative : Un outil professionnel pour un projet humaniste (p. 89-103). érès. https://shs.cairn.info/la-relation-educative--9782749201771-page-89?lang=fr.

  • Gaberan, Philippe.
« Aider à la construction du “je” ». La relation éducative Un outil professionnel pour un projet humaniste, érès, 2007. p.89-103. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/la-relation-educative--9782749201771-page-89?lang=fr.

  • GABERAN, Philippe,
2007. Aider à la construction du « je » In : La relation éducative Un outil professionnel pour un projet humaniste. Toulouse : érès. L’éducation spécialisée au quotidien, p.89-103. URL : https://shs.cairn.info/la-relation-educative--9782749201771-page-89?lang=fr.

Il n’y a pas de relation éducative centrée sur le passage du vivre à l’exister sans que l’éducateur accepte le risque du transfert d’affects. Le professionnel surgit lorsque la personne maîtrise les outils qui permettent non d’évacuer la dimension affective de l’acte éducatif mais de la travailler sereinement.
Lorsque ma collègue et moi-même recevons Madeleine dans notre bureau, c’est pour lui parler de sa rupture avec Mehdi et lui demander de cesser de le poursuivre en lui jetant des cailloux. Et lorsque, éclatant en sanglots, elle glisse du sujet évoqué pour revenir au souvenir de la mort de sa mère et regretter de n’avoir pas pu lui dire une dernière fois « je t’aime » avant qu’elle ne disparaisse, ni l’un ni l’autre ne peuvent rester insensibles à la souffrance exprimée. La rupture avec Medhi rouvre chez Madeleine une plaie plus profonde et jamais refermée ; une seconde détresse vient submerger la première. Il suffit alors d’un bref regard, échangé entre ma collègue et moi-même, pour comprendre que nous sommes, tous deux, pareillement atteints dans notre être et que ni l’un ni l’autre ne tentent de refuser cette part d’affect forcément contenue dans la relation. Il s’agit là d’une posture que nous sommes, j’ose le croire, encore beaucoup de travailleurs sociaux à vouloir partager. Il n’y a pas grand-chose à gagner à cacher ses sentiments et à se « blinder », selon le terme utilisé par les professionnels de santé ou de l’action sociale. Au contraire même, et sauf à vouloir donner l’impression d’être insensible à ce qui peut advenir à un autre que soi-même, je crois que l’adoption d’un tel masque gêne l’intervention du professionnel…


Date de mise en ligne : 01/04/2012

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