Chapitre d’ouvrage

Chapitre 7 / « They wouldn't let me use the toilet. »

Du Blackface à l'empathie socio-raciale dans Mad Men

Pages 161 à 183

Citer ce chapitre


  • Esteves, O.
  • et Lefait, S.
(2014). Chapitre 7 / « They wouldn't let me use the toilet. » Du Blackface à l'empathie socio-raciale dans Mad Men. La question raciale dans les séries américaines : The Wire, Homeland, Oz, The Sopranos, OITNB, Boss, Mad Men, Nip/Tuck (p. 161-183). Presses de Sciences Po. https://shs.cairn.info/la-question-raciale-dans-les-series-americaines--9782724616156-page-161?lang=fr.

  • Esteves, Olivier.
  • et al.
« Chapitre 7 / “They wouldn't let me use the toilet.” : Du Blackface à l'empathie socio-raciale dans Mad Men ». La question raciale dans les séries américaines The Wire, Homeland, Oz, The Sopranos, OITNB, Boss, Mad Men, Nip/Tuck, Presses de Sciences Po, 2014. p.161-183. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/la-question-raciale-dans-les-series-americaines--9782724616156-page-161?lang=fr.

  • ESTEVES, Olivier
  • et LEFAIT, Sébastien,
2014. Chapitre 7 / « They wouldn't let me use the toilet. » Du Blackface à l'empathie socio-raciale dans Mad Men. In : La question raciale dans les séries américaines The Wire, Homeland, Oz, The Sopranos, OITNB, Boss, Mad Men, Nip/Tuck. Paris : Presses de Sciences Po. Académique, p.161-183. URL : https://shs.cairn.info/la-question-raciale-dans-les-series-americaines--9782724616156-page-161?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Historiquement, dans l’univers publicitaire de Madison Avenue, Jason Chambers avance que le combat des droits civiques s’articule autour de revendications d’emploi dans les bureaux, mais aussi autour de demandes pour que change l’image des noirs dans les publicités. De ce point de vue, l’absence quasi totale de prises de position noires dans les bureaux de Sterling Cooper peut sembler relever de l’anomalie. Voir Madison Avenue and the Color Line : African-Americans in the Advertising Industry, Philadelphie (Pa.), University of Pennsylvania Press, 2008, p. 113-156.
  • [2]
    Éric Macé, « Mesurer les effets de l’ethnoracialisation dans les programmes de télévision : limites et apports de l’approche quantitative de la “diversité” », Réseaux, 157-158, 2009/5, p. 233-265.
  • [3]
    Heather Marcovitch et Nancy E. Batty (eds), Mad Men, Women, and Children : Essays on Gender and Generation, Lanham (Md.), Lexington Books, 2012.
  • [4]
    Dans son étude sur la question raciale dans les programmes télévisés des années 1980 et 1990, Herman Gray définit trois approches. La première est assimilationniste, qui peut dépeindre un nombre limité de personnages de couleur, mais où la couleur n’a aucune pertinence, aucune signification en tant que telle ; leur présence n’est due qu’à une certaine quête superficielle de représentation de la diversité. La seconde est pluraliste : les programmes peuvent montrer une majorité de personnages de couleur, mais l’existence et les difficultés de ces personnages ne sont pas différentes de celles des blancs. La troisième est multiculturelle : les programmes montrent une vraie conscience des enjeux et des problèmes qui découlent des différences ethniques et raciales. Voir Lauren M. E. Goodlad, Lilya Kaganovsky et Robert A. Rushing (eds), Madmen, Madworld, Sex, Politics, Style and the 1960s, Durham (N. C.), Duke University Press, 2013, p. 307.
  • [5]
    L’expression figure dans le titre de son article cité précédemment.
  • [6]
    Le minstrel show accompagné de ses numéros de blackface est une forme de théâtre populaire qui connaît un succès considérable dans l’Amérique du XIX e siècle.
  • [7]
    C’est le titre d’un article de Slate (www.slate.com/).
  • [8]
    Cité dans Lauren M. E. Goodlad, Lilya Kaganovsky et Robert A. Rushing (eds), Mad Men Mad World : Sex, Politics, Style and the 1960s, Durham (N. C.), Duke University Press, 2013, p. 91.
  • [9]
    William T. Lhamon, Peaux blanches, masques noirs : performance du blackface, de Jim Crow à Michael Jackson [trad. Sophie Renaut], Paris, Kargo &; l’Éclat, 2008, p. 49.
  • [10]
    L’allusion à l’œuvre de Gibbon est une manière de souligner que la peur de la décadence qui parcourt l’épisode trouve à s’exprimer dans une forme de xénophobie à la fois sociale et raciale. La haute société représentée dans l’épisode semble en effet soucieuse à l’idée qu’une « invasion barbare » puisse remettre en question ces valeurs. Pour Gene, grand-père de Sally, les intrus sont clairement les noirs, qu’il considère tous comme des voleurs et dont il pense qu’ils se connaissent tous entre eux. Pour les membres des clubs huppés, ce sont plutôt les individus de moindre extraction qui semblent constituer la menace principale.
  • [11]
    John W. Frick, Uncle Tom’s Cabin on the American Stage and Screen, New York (N. Y.), Palgrave Macmillan, 2012, p. 139.
  • [12]
    Edward D. C. Campbell, The Celluloid South : Hollywood and the Southern Myth, Knoxville (Tenn.), University of Tennessee Press, 1981, p. 5.
  • [13]
    Cité dans Clifford Geertz, The Interpretation of Cultures, Londres, Harper Collins, 1993 [1973], p. 448.
  • [14]
    William T. Lhamon, Peaux blanches, masques noirs : performance du blackface, de Jim Crow à Michael Jackson, op. cit., p. 51 et suiv.
  • [15]
    William T. Lhamon, op. cit., p. 76 et suiv.
  • [16]
    Il existe une évidente parenté entre le blackface et les thèses de Frantz Fanon. Nous avons choisi d’aborder cette question, cruciale lorsqu’il s’agit de comprendre les liens entre question raciale et représentations, dans le chapitre suivant, que nous concevons comme complémentaire de celui-ci.
  • [17]
    Antonio Gramsci, Guerre de mouvement et guerre de position, Paris, La Fabrique, 2011, p. 313-320.
  • [18]
    Eric Lott, Love and Theft, Blackface Minstrelsy and the American Working Class, Oxford, Oxford University Press, 1993, p. 38-39.
  • [19]
    Cité dans Eric Lott, Love and Theft, Blackface Minstrelsy and the American Working Class, op. cit., p. 53.
  • [20]
    C’est ce que proposent les auteurs de Man Men, Mad World, op. cit., p. 304.
  • [21]
    Jim Crow est un nom qui fait référence à la ségrégation raciale.
  • [22]
    Ces deux expressions sont deux traductions de titres d’ouvrages cruciaux pour ce débat : Matthew D. Lassiter et Joseph Crespino (eds), The Myth of Southern Exceptionalism, New York (N. Y.), Oxford University Press, 2010 ; Thomas Sugrue, Sweet Land of Liberty : The Forgotten Civil Rights Struggle Movement in the North, New York (N. Y.), Random House, 2009.
  • [23]
    Howard Zinn, The Southern Mystique, New York (N. Y.), Knopf, 1964, p. 223.
  • [24]
    Les sept premiers États à faire sécession (décembre 1860-février 1861) furent la Caroline du Sud, le Mississippi, la Floride, l’Alabama, la Géorgie, la Louisiane et le Texas. Ils furent suivis de quatre autres (avril-mai 1961) : la Virginie, l’Arkansas, le Tennessee et la Caroline du Nord. Malgré l’existence de factions sécessionnistes, le Kentucky et le Missouri étaient revendiqués par le gouvernement de l’Union.
  • [25]
    Dans ce qui constitue en quelque sorte la suite logique de son rôle dans cette séquence, l’acteur qui incarne Don Draper, Jon Hamm, se livrera quelques années plus tard, au cours d’une saynète intégrée à l’émission « 30 Rock », à sa propre parodie de blackface, en jouant le rôle d’un noir en haillons.
  • [26]
    La séquence se déroule dans un cercle hippique, comme l’indique Betty, quand elle réplique à Don qu’elle ne veut pas partir parce qu’elle tient à assister à la course de chevaux prévue pour distraire les invités.
  • [27]
    Cité dans Mad Men, Mad World, op. cit., p. 125.
  • [28]
    Rappelons que le Civil Rights Act de 1964 a été mis en place par les Démocrates, sous la présidence de Lyndon Johnson, avec l’appui d’une partie des voix républicaines cependant.
  • [29]
    Eric Lott (Love and Theft, Blackface Minstrelsy and the American Working Class, op. cit., p. 51) parle d’une « logique raciale généralement dissimulée » dans les notions américaines et romantiques de la vie de bohême, de la culture de la Beat Generation et de celle des hipsters.
  • [30]
    Dans l’affaire Taylor vs. New Rochelle (Westchester County), en 1961, des défenseurs des droits civiques remportent une victoire juridique contre le School Board, coupable d’avoir redécoupé la carte scolaire à plusieurs reprises dans le but de ségréguer les noirs.
  • [31]
    Diana E. Kendall, Members Only : Elite Clubs and the Process of Exclusion, Lanham (Md.), Rowman &; Littlefield, 2008, p. 63.

Malgré son succès public et critique, Mad Men subit tout de même, depuis le début de sa diffusion sur la chaîne AMC en 2007, des attaques récurrentes concernant son élision relative de la question raciale, et sa constance à reléguer les Afro-Américains au second plan. On peut cependant nuancer ce jugement en rappelant que dans le pilote de la série, le premier visage qu’on voit est celui d’un noir, serveur dans un bar où Don Draper, le personnage central, mystérieux et charismatique publicitaire, est venu travailler. Don parle cigarettes avec cet homme (noir), afin d’en savoir davantage sur ses goûts et de pouvoir les exploiter dans son métier. Mais le gérant du bar vient lui demander s’il importune ou déconcentre Don, qui défend tout de suite son droit à discuter simplement (et de manière déségréguée) avec lui. Selon les critiques néanmoins, les noirs seraient cependant devenus « invisibles » immédiatement après ce premier épisode.
Le reproche formulé à l’encontre de Mad Men est double. Tout d’abord, la série trahirait une vraisemblance historique par ailleurs irréprochable : censée se dérouler dans les années 1960, c’est-à-dire en pleine lutte pour les droits civiques, elle devrait normalement inclure des personnages noirs. Au fil des saisons, l’absence de noirs devient de plus en plus remarquable, et semble pour certains relever d’une intention délibérée des créateurs de la série. Ensuite, Mad Men mésuserait de sa popularité. Cette critique s’appuie sur le fait que, comme le rappelle Éric Macé, « [à la télévision,] une sous-représentation de tel ou tel groupe constitue une présomption sérieuse de discriminatio…


Date de mise en ligne : 04/05/2015

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