Chapitre IV - La pédagogie et ses antinomies
- Par Olivier Reboul
Pages 52 à 68
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- Reboul, O.
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Tentons maintenant une philosophie de la pédagogie, non pas certes pour rendre celle-ci plus efficace, mais pour nous demander en quoi elle consiste, et les problèmes que pose son existence même.
Le mot « pédagogie » a au moins deux sens. D’abord, le fait d’être pédagogue, de posséder l’art d’enseigner et d’éduquer, un savoir-faire qui s’apprend surtout par la pratique. Ensuite, la théorie de cet art, une « théorie pratique », disait fort bien Durkheim, puisqu’elle se soucie d’appliquer les sciences humaines à l’art d’éduquer.
Maintenant les problèmes. Il suffit de voir les débats, les conflits entre pédagogues pour se convaincre que la pédagogie est profondément idéologique, qu’elle comporte ce mélange de raison et de passion qui caractérise les idéologies. Mais, au-delà de ces débats contingents, nous pensons qu’il existe des antinomies sous-jacentes à la pédagogie elle-même. Nous tâcherons d’en prendre conscience pour, peut-être, les dépasser.
La première de toutes les antinomies surgit avec la pédagogie elle-même. En effet, du moment qu’il existe une pédagogie, n’est-on pas incité à opposer le contenu de l’éducation et sa forme, la matière à enseigner et la manière d’enseigner , et à choisir un des termes au détriment de l’autre ? De nos jours, on assiste ainsi à un débat manichéen entre pro- et antipédagogues, aussi sectaires les uns que les autres. Inutile de nous y attarder ; ce qui importe est de voir que l’antinomie remonte en réalité très loin.
Nous pensons que la première pédagogie connue fut celle des sophistes grecs, qui se targuaient eux-mêmes d…
Date de mise en ligne : 04/07/2016
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