La perversion est-elle anatomique ?
- Par Karinne Gueniche
Pages 55 à 75
Citer ce chapitre
- GUENICHE, Karinne,
- ANDRÉ, Jacques,
- CHABERT, Catherine
- et GUYOMARD, Patrick,
- Gueniche, Karinne.
- Gueniche, K.
- J. André,
- C. Chabert
- et P. Guyomard
https://doi.org/10.3917/puf.andre.2015.02.0055
Citer ce chapitre
- Gueniche, K.
- J. André,
- C. Chabert
- et P. Guyomard
- Gueniche, Karinne.
- GUENICHE, Karinne,
- ANDRÉ, Jacques,
- CHABERT, Catherine
- et GUYOMARD, Patrick,
https://doi.org/10.3917/puf.andre.2015.02.0055
Notes
-
[1]
Mon propos se tisse In Mémoriam à J.-B. Pontalis (Nouvelle revue de psychanalyse, 7, Bisexualité et différence des sexes, Paris, Gallimard, 1973).
-
[2]
Christophe Dejours (2003) insiste : « Lorsque les adultes assignent un genre à un enfant, ils ne savent pas eux-mêmes exactement ce qu’ils entendent par mâle ou femelle, masculin ou féminin, homme ou femme. »
-
[3]
Au Moyen Âge, tant que le nourrisson n’était pas baptisé, il n’existait pas ; il était dans les limbes.
-
[4]
Le manuscrit d’Herculine Barbin (surnommée Alexina par ses proches) rend compte de l’histoire d’Adélaïde rebaptisé(e) Abel1 à 21 ans, après qu’un tribunal la/le déclare de sexe masculin. Cette décision administrative tient compte de la « prédominance évidente du sexe masculin » d’Abel d’un point de vue physiologique. C’est parce qu’en tant que femme elle désire une femme qu’Alexina est assignée par le corps médical à être un homme. Et Laufer (2010) d’interroger : « À qui appartient un corps dans ce contexte ? À la grammaire du sujet ou à la subjectivité d’une époque ? » Pour la communauté scientifique de l’époque : une femme qui aime et qui désire une femme ne peut être qu’un homme. Les vrais témoins du sexe sont donc les penchants qui l’attirent vers les femmes.
Mettre au travail la question de la perversion à l’aune de la clinique des hermaphrodites est pour moi une gageure. Si l’hermaphrodisme brouille les repères de la condition humaine et nous saisit, ce saisissement constitue l’indice de l’effacement de la dimension du refoulé propre au sentiment d’inquiétante étrangeté. L’hermaphrodisme ébranle également le socle de la théorie psychanalytique freudienne qui affirme dès 1923 : « l’anatomie, c’est le destin ».
Les sujets nés avec une atypie du développement du sexe (formule aujourd’hui consacrée) génèrent en chacun une expérience de confusion voire de vertige tant l’indétermination du sexe à la naissance constitue un point de butée autour de la différence… au point d’ailleurs que, dans l’imaginaire collectif, « hermaphrodite » et « transsexuel » entrent en correspondance pour ne pas dire sont synonymes ; l’hermaphrodisme constituerait donc, dans la croyance populaire, le paradigme de la perversion !
Mais si l’hermaphrodite incarne et convoque la perversion, c’est bien d’abord et avant tout de la perversion anatomique qu’il s’agit ! La perversion étant prise ici dans son acception originaire de déviance (anatomique) par rapport à la norme.
C’est d’un état des lieux, un « work in progress » (je devrais dire « process ») que ces cliniques hors du commun exigent de moi, qu’il est question dans mon propos. Il m’a été difficile de penser d’emblée ces cliniques à l’aune de la perversion. Aussi ai-je souhaité d’abord me décaler du thème de ce collectif autour de…
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