Chapitre d’ouvrage

IV - Insigne et rapport à la complétude (le linguistique, le discursif et l’illocutoire)

Pages 101 à 136

Citer ce chapitre


  • Flahault, F.
(1978). IV - Insigne et rapport à la complétude (le linguistique, le discursif et l’illocutoire) La Parole intermédiaire (p. 101-136). Le Seuil. https://shs.cairn.info/la-parole-intermediaire--9782020048125-page-101?lang=fr.

  • Flahault, François.
« IV - Insigne et rapport à la complétude (le linguistique, le discursif et l’illocutoire) ». La Parole intermédiaire, Le Seuil, 1978. p.101-136. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/la-parole-intermediaire--9782020048125-page-101?lang=fr.

  • FLAHAULT, François,
1978. IV - Insigne et rapport à la complétude (le linguistique, le discursif et l’illocutoire) In : La Parole intermédiaire. Paris : Le Seuil. Points, p.101-136. URL : https://shs.cairn.info/la-parole-intermediaire--9782020048125-page-101?lang=fr.

Notes

  • [1]
    L’insigne pourrait être dit « indice » pour autant qu’il a à charge d’attester pour d’autres qui est celui qui le produit (ce qui cautionne la place d’où il parle), mais il n’est pourtant pas l’effet naturel de cette cause (d’où la possibilité, et la tentation, de produire des insignes qui sont des indices factices). Il pourrait aussi être dit « signe », dans la mesure où il est articulé dans un système signifiant (pour le dire autrement, dans un système symbolique), mais il ne renvoie cependant pas à un signifié ; il est intermédiaire entre indice et signe (voir p. 93, n. 2).
  • [2]
    Voir sur ce point les réflexions de Benveniste sur les différences entre temps réel ou physique, temps « chronique » (représentation du temps suivant une échelle et à partir d’un point d’origine institués) et temps linguistique organisé autour du présent de l’énonciation (Problèmes, t. II, p. 69 sq.).
  • [3]
    Ceci s’éclairerait sans doute davantage à considérer l’enieu qui accompagne, pour chaque enfant, l’accès à la maîtrise des repères symboliques et sociaux, surtout ceux du temps, qui ne sont pas seulement des représentations cognitives mais aussi le cadre nécessaire de tout projet et de toute présence à soi-même.
  • [4]
    Il importe de ne pas oublier que l’insigne en tant que tel est désirable pour l’autre. Souvent, il lui est proposé parce que supposé s’inscrire dans le mirage de ce qui est désirable pour lui.
  • [5]
    Ceci sera précisé au chapitre V.
  • [6]
    Le présupposé d’un énoncé peut être défini comme la signification ou l’implication qui en demeure inchangée, que cet énoncé soit sous forme affirmative, interrogative ou négative. Voir plus bas, p. 113, et Ducrot, Dire et ne pas dire, p. 81.
  • [7]
    Grice a développé cette théorie dans un cycle de conférences faites à Harvard en 1968 (du texte desquelles il existe en France quelques photocopies. Cependant, celui-ci est repris dans H.P. Grice, « Logic and conversation », in Syntax and semantics : speech acts, P. Cole et J. Morgan (eds), New York, Academic Press, 1975, p. 41-58). Voir également H. Parret, « La pragmatique des modalités », Langages, n° 43, septembre 76, p. 59-61.
  • [8]
    C’est moi qui traduis.
  • [9]
    Ce que notent également R. Lakoff et R. Kempson, op. cit., p. 159-160.
  • [10]
    Dans une autre perspective, l’histoire des sciences pourrait témoigner des difficultés qu’éprouve l’humanité à en rabattre, quant à l’extension de l’empire du sens à la nature.
  • [11]
    Mention à ne pas réduire au rappel que la langue est reçue de ceux qui l’ont parlée avant nous.
  • [12]
    Le matérialisme dialectique, même à souligner que le langage n’est pas une superstructure, est pourtant loin de ce que je rappelle ici, à la suite de Lacan.
  • [13]
    Quand dire c’est faire, p. 112 sq., ainsi que les 9e et 10e conférences.
  • [14]
    Je rejoins ici Pêcheux, Les Vérités de La Palice, p. 146.
  • [15]
    Je ne suis donc pas Grice lorsqu’il prétend montrer que l’efficacité d’un acte de langage est une conséquence de l’interprétation par le destinataire de ce que veut dire le locuteur en lui adressant tel énoncé.
  • [16]
    Pour compléter la démonstration, imaginez l’inscription « Respectez les pelouses SVP » apposée dans les couloirs du métro.
  • [17]
    Voir plus haut, p. 58-59 et 66 (sur le tiers).
  • [18]
    Op. cit., p. 271.
  • [19]
    Op. cit., p. 81.
  • [20]
    Ruth Kempson dit à peu près la même chose en d’autres termes lorsqu’elle avance que, au fur et à mesure qu’une conversation se poursuit, le « Pragmatic Universe of discourse » (les éléments du savoir partagé mobilisés par cette conversation) s’accroît, pour autant que les propositions formulées par l’un ou l’autre des interlocuteurs sont acceptées, devenant ainsi des repères de pertinence compte tenu desquels les formulations ultérieures prennent leur sens (R. Kempson, PresupPosition and the delimitation of semantics, Cambridge University Press, Cambridge-Londres-New York-Melbourne, 1975, p. 168).
  • [21]
    Précision importante. Comparer, par exemple, ces deux phrases, prononcées par un enseignant, à titre d’information, à l’adresse de son proviseur :
    • (1) J’ai épargné à mes élèves une heure de cours.
    • (2) Je n’ai pas privé mes élèves d’une heure de cours, je la leur ai épargnée.
    L’énoncé (1) pose que, s’agissant d’une heure de cours qui aurait été pénible aux élèves (pp), l’enseignant ne l’a pas donnée. L’énoncé (2) pose au contraire que, s’agissant de cette heure qu’il n’a pas faite (pp), l’enseignant estime que celle-ci aurait été plutôt pénible à ses élèves que souhaitée par eux. La focalisation, ou répartition des éléments posés et présupposés par le verbe épargner, s’établit donc différemment suivant l’énoncé dans lequel il figure, (2) ne pouvant être interprété comme cohérent qu’à la condition d’y voir un jugement métalinguistique sur la propriété des termes épargner et priver dans leur application à un même fait.
  • [22]
    Je renvoie ici aux travaux de rhétorique générale, ou, autrement dit, de « pragmatique », de D. Sperber. Voir également D. Wilson, Presuppositions and the non-truth-conditional semantics, Academic Press, Londres, New York, San Francisco, 1975 ; et J.J. Katz et D.T. Langendoen, « Pragmatics and presupposition », in Th. G. Bever, J.J. Katz, D.T. Langendoen, An integrated theory of linguistic ability, Thomas Y. Crowell Company, New York, 1976, p. 393-414.
  • [23]
    Parler de « choix des présupposés », c’est présupposer que le locuteur les introduit en connaissance de cause dans son énoncé. Ce n’est peut-être pas souvent le cas, et la contrainte que constituent les systèmes discursifs dans la génération des énoncés n’est pas nécessairement moins limitative pour le locuteur que pour son interlocuteur.
  • [24]
    P. 79.
  • [25]
    Reconnus « mauvais élèves », ils ne sont d’ailleurs pas moins assujettis à ce discours, puisque c’est mesurés à son aune qu’ils « sont » mauvais élèves.
  • [26]
    Voir Ducrot, op. cit., p. 12 et 206-208.
  • [27]
    La contestation d’un repère de pertinence pourrait donc également être décrite comme comparable au refus d’un « mot de passe » et d’une connivence supposée partagée.
  • [28]
    Pas exactement la même, puisque introduite par « de toute façon », expression qui annonce généralement que la proposition qui suit délaisse le contenu posé, pour s’en prendre au système qui permet de la poser.
  • [29]
    On voit que le rapport illocutoire ici décrit, bien que formellement très proche de l’acte juridique, diffère notablement de l’idéal visé à travers celui-ci, puisque les parents ont à la fois le droit et la force, et que rien ne permet d’affirmer que celle-ci soit subordonnée à celui-là.
  • [30]
    Pour cette analyse, je m’appuie sur Ducrot, La Preuve et le Dire, p. 266-268 (lequel utilise d’ailleurs à titre d’exemple une proposition du genre de celle que je place dans la bouche du père).
  • [31]
    Dans l’énoncé du père, le « puisque » utilisé se distingue du si, car il n’est pas seulement l’annonce d’une condition (« dans le cas où A, alors B »), mais aussi celle que cette condition est remplie. Puisque n’a pas toujours cette valeur ; il équivaut souvent à : « la preuve, c’est que » (voir Ducrot, Dire et ne pas dire, p. 118-119).
  • [32]
    De même, lorsque Épictète, malgré la souffrance d’avoir la jambe cassée par son maître, persiste à s’adresser à lui dans le registre neutre et non concerné de l’information, il jouit de l’obliger à reconnaître que, si puissants que soient les moyens mis en œuvre, sa vérité propre demeure insaisissable.
  • [33]
    En ce qui concerne l’appui que je prends sur un certain nombre de paraphrases d’une même instance de discours pour marquer l’écart entre niveaux linguistique et discursif, voir M. Pêcheux et C. Fuchs, « Mises au point et perspectives à propos de l’analyse automatique du discours », Langages, mars 1975, n° 37, p. 13.
    Noter également que dans la pratique verbale ordinaire, c’est par une activité de transformations paraphrastiques de l’énoncé du locuteur (transformations qui amènent, le cas échéant, à formuler tel repère sémiologique significatif, présent dans la situation d’énonciation, mais absent de l’énoncé original) que le destinataire cherche réponse à la question : « comment trouver un sens à ce qu’il me dit ? » ; ce qui témoigne de ce que le sens d’une énonciation se décode au niveau discursif (ici, on peut dire aussi bien : au niveau « pragmatique ») et non pas seulement au niveau linguistique.
  • [34]
    Trait que la sémantique de Ducrot décrirait comme le pp, c’est une erreur de penser que.
  • [35]
    Ces considérations conduisent également à mettre en cause les rapports entre « composant linguistique » et « composant rhétorique » tels que Ducrot les conçoit dans Dire et ne pas dire, chapitre IV ; la conception même d’un « composant rhétorique » étant contestée par moi à partir de celle de discours telle que je l’élabore dans cette étude (le niveau discursif — le lecteur l’aura vu — étant fort loin de se réduire à un raisonnement effectué sur un énoncé linguistique ou à l’usage de lois rhétoriques). Je voudrais néanmoins souligner ici que je n’aurais pu écrire ces pages en l’absence de celles que Ducrot consacre à la différence entre se douter que et s’imaginer que et aux difficultés soulevées par ces verbes (op. cit., p. 269-277).
  • [36]
    Autre exemple d’opposition discursive préconstruite, celle entre beau temps et mauvais temps. Opposition qui recourt à des adjectifs relevant des paradigmes linguistiques différents : beau/laid, bon/mauvais. La subversion des oppositions linguistiques est, ici aussi, riche de sens : le beau temps offre le loisir, le répit qui permet d’en jouir comme d’un spectacle, tandis que le mauvais temps, il faut l’affronter, le supporter.
  • [37]
    Freud, le Mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient, Gallimard, coll. « Idées », 1974.
  • [38]
    L’histoire est citée par Violette Morin dans son article « L’histoire drôle », Communications, n° 8,1966, p. 104.
  • [39]
    « Étalon » est le mot, s’agissant de qui s’érige en juge de ce que sont des « bijoux de famille » dignes de ce nom. Le jeu qu’introduit cette dernière expression prise comme métaphore (bien qu’elle soit plus argotique qu’aristocratique) explique sans doute en partie que ce mot ait survécu à son auteur.
  • [40]
    Noter le « pour moi, on ne peut pas... » où se marque l’équation spontanée du sujet et de l’universel.

Toute énonciation, donc, s’inscrit délibérément ou naïvement dans un horizon de complétude. C’est à détailler cette proposition que je vais m’employer maintenant. Il ne s’agira plus ici du « collage », du colmatage tel qu’il est socialement prédisposé, mais de la manière dont un sujet utilise pour son propre compte ce « collage ». Distinction qui procède de celle avancée plus haut entre système discursif (et sémiologique) qui rend possibles les énonciations, et production par le sujet, sur cette base, d’énonciations qu’il assume comme étant sa parole. L’énonciation du sujet parlant vaut alors comme insigne donnant à reconnaître à l’autre les marques lisibles d’un certain rapport sien à la complétude. Inséparablement, l’insigne est marque d’une place. De par cet assujettissement à la lisibilité, ce n’est d’ailleurs pas la vérité du rapport où le sujet s’est constitué qui est dite, mais quelque chose d’autre et de moins singulier, substitué à cette vérité, et qui parfois en approche, mais plus ordinairement y est étranger : à la limite, n’importe quel énoncé, si quelconque et impersonnel soit-il, peut être repris à son compte par un sujet comme étant ce que lui-même a à dire.
Le type d’énonciation dans lequel cette référence à la complétude s’indique de la façon la plus simple, la plus banale, et la moins directement marquée aussi bien par l’idéologie que par la singularité du sujet, est celui où l’énonciation vise à être pertinente par rapport à des éléments de la situation…


Date de mise en ligne : 15/03/2016

Ce chapitre est en accès conditionnel

Acheter cet ouvrage

9,49 €

242 pages, format électronique (HTML et feuilletage, par chapitre)
Membre d'une institution cliente ?