Le « théâtre » de la guerre dans Les Perses : du texte à la réalité
Pages 77 à 104
Citer ce chapitre
- CERVELLON, Christophe,
- AKAMATSU, Étienne,
- CERVELLON, Christophe
- et GUISLAIN, Gilbert,
- Cervellon, Christophe.
- Cervellon, C.
- É. Akamatsu,
- C. Cervellon
- et G. Guislain
https://doi.org/10.3917/puf.akam.2014.01.0077
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- Cervellon, C.
- É. Akamatsu,
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- et G. Guislain
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- AKAMATSU, Étienne,
- CERVELLON, Christophe
- et GUISLAIN, Gilbert,
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Notes
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[1]
Nous ne nous interdisons pas, dans chacune des parties, de citer des vers de passages antérieurs ou postérieurs pour clarifier, par prolepse ou analepse, la situation qui y est décrite.
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[2]
Raphaël Dreyfus, Les Tragiques grecs, Eschyle, Sophocle, op. cit., p. 13.
-
[3]
« Tout en prenant ces mesures, Xerxès fit partir pour la Perse un messager chargé d’annoncer là-bas le malheur qui les frappait. Rien ne parvient plus vite au but que ces messagers royaux de tout ce qui est mortel […] Ils établissent sur la route à parcourir autant de relais […]. Les ordres passent de main en main, comme le flambeau chez les Grecs aux fêtes d’Héphaïstos. Les Perses appellent ces relais de courriers montés l’angaréion ».
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[4]
P. Mazon, op. cit., p. 74.
-
[5]
« le coryphée — Ils ont une source d’argent, un trésor enfoui dans la terre. » (v. 238)
-
[6]
Aristophane dans les Grenouilles parlait de la « profondeur » et du « charme » qu’il fallait reconnaître à Eschyle et à Euripide, sans qu’on puisse vraiment savoir, selon une ambiguïté peut-être intentionnelle, s’il fallait attribuer la « profondeur » à Eschyle et le « charme » à Euripide, ou le contraire.
-
[7]
Raphaël Dreyfus, Les Tragiques grecs, Eschyle, Sophocle, op. cit., p. 10.
-
[8]
Marc Durand, Agôn dans les tragédies d’Eschyle, Paris, L’Harmattan, « Ouverture philosophique », 2005, p. 25
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[9]
Marc Durand, Agôn dans les tragédies d’Eschyle, op. cit., p. 29-30.
-
[10]
Marcel Détienne, Les Maîtres de vérité dans la Grèce archaïque, Paris, Le Livre de poche, « Références », 2006, p. 144-145.
-
[11]
Voir v. 99.-100 : « Car ce n’est pas assez que les poèmes soient beaux ; ils doivent encore être pathétiques (dulcia sunto) et conduire à leur gré les sentiments de l’auditeur (animum auditoris agunto) ».
-
[12]
Hérodote, Thucydide, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1964.
-
[13]
Plutarque, Vies parallèles, Vie d’Aristide, Paris, Classiques Garnier, 1950.
-
[14]
Plutarque, Vies parallèles, Vie d’Aristide, op. cit.
-
[15]
Voir Marcel Détienne et Jean-Pierre Vernant, Les Ruses de l’intelligence, la métis des Grecs, Paris, Flammarion, « Champs essais », 2008, p. 301-303. Les auteurs rappellent combien l’éducation « sophistique » de Thémistocle est ici à prendre en considération, notamment le rôle de Mnésiphile, que la tradition donne pour le maître de l’homme politique athénien, et qui fut peut-être, à Salamine, le conseiller de Thémistocle.
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[16]
Voir Marcel Détienne et Jean-Pierre Vernant, Les Ruses de l’intelligence, la métis des Grecs, op. cit., p. 31.
-
[17]
Plutarque, Vies parallèles, Vie d’Aristide, op. cit.
-
[18]
Idem.
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[19]
Hérodote, Thucydide, Œuvres complètes, op. cit.
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[20]
Avant la bataille de Salamine, il y eut selon Plutarque des sacrifices humains, celui de trois prisonniers perses : « (XIII) C’étaient, disait-on, les enfants de Sandace, la sœur du roi. À leur vue, Euphantride le devin, constatant qu’en même temps une flamme haute et éclatante surgissait du bûcher et qu’un éternuement fatidique se faisait entendre à droite, prit la main de Thémistocle et lui ordonna de sacrifier ces jeunes gens en les vouant tous trois à Dionysos Omestes. À ce prix, les Grecs auraient le salut et la victoire. Thémistocle fut atterré de cet oracle, qui lui parut imposant et terrible. Mais la plupart des soldats, comme c’est l’habitude dans les grandes luttes et dans les circonstances critiques, attendaient le salut plutôt de la folie que du bon sens. Ils se mirent à invoquer le dieu d’une voix ; amenant les prisonniers à l’autel, forcèrent Thémistocle à les immoler, comme le devin l’ordonnait » (Plutarque, op. cit.). Et on trouve la même chose dans la Vie d’Aristide : « (IX) Parmi ceux qui furent capturés, étaient trois fils de la sœur du roi, Sandace. Il les envoya sur le champ à Thémistocle ; et, d’après la tradition, sur l’ordre du devin Euphrantide, ils furent sacrifiés à Dionysos Omestes ». Dionysos Omestes signifie « mangeur de chair crue », épiclèse de Dionysos quand on lui faisait des sacrifices humains.
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[21]
Voir à ce propos notre présentation de Clausewitz, et les travaux de Hanson (sur le monde grec) et de Parker (pour l’époque moderne) auxquels il est fait référence.
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[22]
Hérodote, Thucydide, Œuvres complètes, op. cit., VII, 33-35.
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[23]
Hérodote, Thucydide, Œuvres complètes, op. cit., VII, 53-54.
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[24]
Hérodote, Thucydide, Œuvres complètes, op. cit.
-
[25]
Salomon Reinach, Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, année 1905, séance du 14 avril.
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[26]
« Sur ces vaisseaux ailés, bleu-noir, Sur ces vaisseaux ils sont partis, Sur ces vaisseaux ils ont péri […] Ils tourbillonnent désormais […] Le flot cruellement les carde, pâture du peuple sans voix, né de la mer inaltérée. »
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[27]
Xerxès pleure ainsi devant ses soldats qui traversent l’Hellespont parce « la pitié m’a saisi lorsque j’ai pensé au temps si court de la vie des hommes, puisque de cette multitude sous nos yeux, pas un homme ne sera en vie dans cent ans ». À quoi Artabane, son oncle, répond : « si le Ciel nous laisse goûter un instant la douceur de la vie, c’est par là qu’il montre bien sa jalousie » (VII, 46). S’ensuit une discussion avec Artabane, qui lui avait déconseillé d’envahir la Grèce pour les dangers que recelaient et la terre et la mer. Comment abriter une flotte aussi importante dans un port, et la défendre des tempêtes ? Comment ne pas condamner une armée aussi importante à la famine ? Pour Artabane, c’est la grandeur même de l’armée perse qui fait problème et qui la fragilise. « Si tu augmentes l’effectif de ta flotte, les deux dangers que sont la terre et la mer en deviennent encore plus menaçants » (VII, 49).
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[28]
Hérodote, Thucydide, Œuvres complètes, op. cit.
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[29]
Plutarque, Vies parallèles, Vie de Thémistocle, op. cit.
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[30]
Retraite de Xerxès (VIII, 113-120) : « Xerxès laissa Mardonios en Théssalie et marcha vers l’Hellespont au plus vite. Il parvint en 45 jours aux ponts sur le détroit, avec une armée réduite pour ainsi dire à rien. Sur le chemin, qu’ils fussent chez des amis ou des ennemis, les soldats s’emparaient de toutes les récoltes pour se nourrir ; s’ils n’en trouvaient pas, ils mangeaient l’herbe des champs, dépouillaient les arbres cultivés ou sauvages de leur écorce et de leurs feuilles dont ils se repaissaient, et ils ne laissaient rien derrière eux, tant la faim les pressait. De plus, une épidémie se déclara dans l’armée, qui, avec la dysenterie, fit périr beaucoup d’hommes au cours de la route […] Les Perses continuèrent leurs courses et, quittant la Thrace, arrivèrent au point de passage du détroit et se hâtèrent de gagner Abydos, en passant l’Hellespont sur leurs navires, car ils ne trouvèrent plus leurs ponts de bateaux que la tempête avait rompus. Arrêtés quelque temps en cet endroit où ils se trouvaient mieux ravitaillés que pendant leur retraite, ils se bourrèrent de nourriture sans retenue, et cet excès joint au changement d’eau fit périr encore un bon nombre de survivants. » Mais Hérodote donne aussi une autre version, selon lui peu crédible du retour de Xerxès à Sardes : « Il s’embarquait lui-même sur un vaisseau phénicien pour regagner l’Asie ». Mais rien, chez Eschyle, ne semble laisser supposer un retour maritime.
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[31]
Comme l’écrit Hérodote : « Xerxès avait laissé le char sacré de Zeus en Péonie, mais il ne le retrouva pas à son retour […]. »
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[32]
Selon Hérodote, Xerxès prend conseil après la bataille (VIII, 97-103) auprès de son général Mardonios : « Lorsque Xerxès eut mesuré sa défaite […] il eut peur d’être enfermé en Europe et d’y trouver sa perte… ». Mais ce problème de la retraite de Xerxès est complexe. Thémistocle voulait couper le « pont » du Bosphore pour interdire la fuite de l’armée perse. Mais comme le rapporte Plutarque dans La Vie d’Aristide : « Aristide lui conseilla [à Thémistocle] de chercher plutôt les voies les plus rapides pour chasser le Mède de Grèce, de peur qu’étant cerné et dans l’impossibilité de fuir, il ne fût contraint de se défendre, avec toutes les forces dont il disposait. (IX) ». Thémistocle aurait suivi ce conseil : « Dans ses conditions, Thémistocle renvoya en secret l’eunuque Arsace, un des prisonniers, avec ordre d’expliquer au Grand Roi que les Grecs étant décidés à conduire leur flotte contre les ponts, le stratège lui-même les en avait détournés pour sauver ce Prince. Sur cet avis, Xerxès épouvanté se hâta de gagner l’Hellespont ; mais il laissait derrière lui Mardonios, à la tête de ses meilleures troupes […] » On soulignera une fois encore la ruse, ou métis, de Thémistocle, qui en même temps chasse Xerxès par une fausse confidence (ce qui lui vaut la reconnaissance des Grecs), et se ménage pour l’avenir, en cas de « disgrâce » à Athènes, un éventuel allié (car il mérite aussi la reconnaissance de Xerxès). Chez Eschyle, la guerre semble bien éloignée de tous ces petits « calculs » cyniques : elle n’a qu’une dimension épique.
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[33]
Leçon, p. 18 : « La littérature ne dit pas qu’elle sait quelque chose, mais qu’elle sait de quelque chose, ou mieux : qu’elle en sait quelque chose – qu’elle en sait long sur les hommes ».
Mais si Les Perses est une pièce de théâtre, cette pièce nous donne aussi à voir le « théâtre » de la guerre en différents moments : celui de l’inquiétude et de l’angoisse, celui du combat et de la violence, et enfin celui du deuil.
Toute tragédie grecque comporte normalement un parodos (une entrée) et un prologue, des épisodes (trois, comme dans Les Perses) entrecoupés par un stasimon (qui est un chant exécuté par le chœur, et qui constitue comme un intermède lyrique) et un exodos (une sortie). Voici le plan formel de la tragédie telle qu’il est établi par R. Dreyfus :
a/ Partie anapestique : v. 1-64.
b/ Partie lyrique : v. 65-139.
c/ Conclusion anapestique : v. 140-148.
Il s’agit pour le chœur et le coryphée d’exposer la situation. Les conseillers de Xerxès entrent et se présentent :Le Coryphée — Voici d’entre les Perses qui s’en sont allés en terre grecque, ceux qu’on nomme les Fidèles, Gardiens du somptueux palais doré, eux qu’en vertu de leur grand âge […]. (v. 1-4)
Immédiatement, l’angoisse se fait jour de ne plus revoir les guerriers perses partis à la conquête de l’Europe :Le Coryphée — Le tourment point le cœur de mon cœur. (v. 10-11)
Le chœur évoque les lieux de la Patrie qu’ont quittés, de manière peut-être définitive, les Barbares à la suite de Xerxès :Le Coryphée — Ils ont quitté Suse, Ecbatane, le vieux rempart de la Kissie […]. (v. 16-17)
Ils ont quitté « Sardes la dorée » (v. 45).
Certes, l’armée perse semble invincible …
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