Chapitre de Que sais-je ? / Repères

Introduction

Pages 3 à 6

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  • Defay, A.
(2014). Introduction. La géopolitique (1e éd., 3718 p. 3-6). Presses Universitaires de France. https://shs.cairn.info/la-geopolitique--9782130546122-page-3?lang=fr.

  • Defay, Alexandre.
« Introduction ». La géopolitique, Presses Universitaires de France, 2014. p.3-6. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/la-geopolitique--9782130546122-page-3?lang=fr.

  • DEFAY, Alexandre,
2014. Introduction. In : La géopolitique. Paris cedex 14 : Presses Universitaires de France. Que sais-je ? p.3-6. URL : https://shs.cairn.info/la-geopolitique--9782130546122-page-3?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Rudolf Kjellen, Stormakterna (Les grandes puissances), Stockholm, 1905 ; Staten som livsform (L’État comme organisme vivant), Stockholm, 1920.
  • [2]
    In “ La question turque ”, Politique étrangère, mars 2004, et L’action et le système du monde, Paris, puf, 2003.

1Le mot “ géopolitique ”, depuis son invention, dans la dernière année du XIXe siècle, par le professeur suédois de science politique Rudolf Kjellen [1] (1864-1922), a connu, selon les lieux et les époques, des fortunes diverses, liées au sens qui lui a été donné et à l’emploi qui en a été fait.

2Abondamment utilisé, en particulier en Allemagne et dans le monde anglo-saxon jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, il est jugé coupable, après guerre, d’avoir caractérisé les travaux qui, en Allemagne, auraient inspiré aux nazis leur politique étrangère et de porter ainsi une lourde responsabilité dans le déclenchement du conflit. Aussi n’est-il plus guère employé au lendemain des combats. Il est même banni de l’enseignement en Allemagne et en France. En fait, si le mot disparaît presque complètement du vocabulaire scientifique, la pratique par les politiques, au sens que nous définirons plus loin, perdure, comme elle existait d’ailleurs avant qu’il n’apparaisse.

3Aussi n’est-il pas étonnant qu’à partir de la fin des années 1970 des journalistes puis des chercheurs le réintroduisent, avec certes des significations parfois différentes, et que, peu à peu, les médias en généralisent l’emploi.

4Dans une première approche, nous poserons que la géopolitique, telle qu’on peut la définir à partir des travaux auxquels elle donne lieu aujourd’hui, a pour objet l’étude des interactions entre l’espace géographique et les rivalités de pouvoir qui en découlent. L’influence du milieu se traduit par les contraintes que ce dernier impose, ou par les opportunités qu’il offre, aux rivalités de pouvoir. Ces contraintes ou ces opportunités ne sont pas immuables ; elles dépendent des capacités technologiques du moment et des moyens humains et financiers pour les mettre en œuvre dont dispose un pouvoir donné : tel bras de mer qui protégeait et isolait hier est aujourd’hui aisément franchissable si ses riverains le peuvent techniquement et financièrement et s’ils en ont la volonté politique. Aussi la géopolitique contemporaine s’intéresse-t-elle tout particulièrement aux effets présents et passés des rivalités de pouvoir sur l’espace géographique. Il y a des rivalités de pouvoir dans toutes les sociétés, même dans les sociétés sans État ; ces dernières connaissent, elles aussi, des problèmes de gouvernement, internes et externes, à résoudre, ce qui les conduit à faire de la politique au sens large. Mais c’est avec la naissance de l’État, au Proche-Orient, trois mille ans avant notre ère, que l’espace acquiert une dimension géopolitique permanente. Désormais l’espace n’est plus seulement façonné et cloisonné par la diversité du milieu naturel et par celle du peuplement mais aussi par l’exercice de souverainetés étatiques concurrentes. Au regard de ces dernières, l’espace est le théâtre et l’enjeu de leurs rivalités ; pour accroître leur puissance matérielle mais aussi symbolique, elles s’en disputent le contrôle par la guerre, les alliances ou la négociation ; elles créent ainsi des frontières politiques, limites plus ou moins pérennes, plus ou moins précises, plus ou moins étanches, à l’intérieur desquelles elles contribuent à différencier l’espace par leurs outils propres de contrôle et d’administration.

5L’espace est ainsi, du point de vue géopolitique, enjeu et terrain de déploiement de la puissance. Enjeu pour le contrôle de voies stratégiques, de ressources vitales, mais aussi de territoires ou de lieux symboliques ; terrain de manœuvre de la puissance locale, régionale ou mondiale.

6Mais ces rivalités de pouvoir sur l’espace, que l’approche géopolitique tente de décrire et d’expliquer, ne sont pas seulement des conflits d’intérêt “ objectifs ”, au sens de conflits dus à un besoin vital, réel ou prétendu, à satisfaire pour la survie de l’entité politique, mais aussi des conflits relatifs à des territoires représentés, c’est-à-dire des territoires qui, pour ceux qui les habitent, qui les convoitent, ou encore qui les décrivent, sont “ imaginés ”, chargés de valeurs pieusement transmises de génération en génération dans les sociétés traditionnelles et sacralisées par les instruments d’acculturation de l’État moderne, l’école et les médias. Or les détenteurs du pouvoir politique utilisent et manipulent ces représentations, dont ils sont eux-mêmes parfois dupes, pour atteindre, et parfois camoufler, leurs objectifs stratégiques. Autrement dit, on peut aller jusqu’à affirmer, comme le fait Thierry de Montbrial [2], que la géopolitique est “ la partie de la géographie politique qui s’occupe des idéologies relatives aux territoires ”.

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Date de mise en ligne : 22/03/2010