9. Utilitarisme et perception
- Par Miguel Benasayag
Pages 152 à 160
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- Benasayag, M.
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Dans un de ses dialogues, Platon fait discuter Socrate avec un
sophiste pour qui l’objectif final du berger serait, tout simplement, celui d’arriver au jour où il conduira les bêtes au marché
pour les vendre… Si aujourd’hui la plupart de gens auraient tendance à être d’accord avec le sophiste, à l’époque de Platon,
l’idée que l’objectif du berger pourrait être de « vendre la bête »
était considérée au moins comme une originalité, sinon une
erreur, voire une vulgaire canaillerie. En effet, le cycle de la vie
du berger dans la prairie, avec ses bêtes, entouré des loups et
d’autres prédateurs, soumis aux caprices des saisons et du climat,
constitue une véritable constellation, un mode de vie qui, n’étant
en rien orienté par un objectif utilitariste, amène à une expérience
d’harmonie profonde.
Pour ce berger qui entretient des rapports privilégiés et singularisés avec ses bêtes, qui les soigne avec la même attention qu’il
aura plus tard pour les aider à mettre bas et qui confie leur garde à
son chien, certain que, même sans savoir compter, l’animal est
capable de savoir en permanence s’il lui manque un mouton, tout
cela, pour le berger, ne pourrait jamais s’ordonner d’une façon
simpliste, lisible et transparente, d’après une grille de lecture utilitariste. Chaque rapport du berger avec ce qui l’entoure, ses
moutons, les autres humains, le soleil, la neige, n’est ordonné
que par le fait qu’il est berger. Il participe entièrement, et au
même titre que chacun des autres éléments du multiple, d’une
constellation, d’un paysage…
Date de mise en ligne : 07/01/2020
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