Chapitre d’ouvrage

1. Devenir « proche de détenu »

Pages 19 à 57

Citer ce chapitre


  • Touraut, C.
(2012). 1. Devenir « proche de détenu » La famille à l'épreuve de la prison (p. 19-57). Presses Universitaires de France. https://shs.cairn.info/la-famille-a-l-epreuve-de-la-prison--9782130592181-page-19?lang=fr.

  • Touraut, Caroline.
« 1. Devenir “proche de détenu” ». La famille à l'épreuve de la prison, Presses Universitaires de France, 2012. p.19-57. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/la-famille-a-l-epreuve-de-la-prison--9782130592181-page-19?lang=fr.

  • TOURAUT, Caroline,
2012. 1. Devenir « proche de détenu » In : La famille à l'épreuve de la prison. Paris cedex 14 : Presses Universitaires de France. Le Lien social, p.19-57. URL : https://shs.cairn.info/la-famille-a-l-epreuve-de-la-prison--9782130592181-page-19?lang=fr.

Notes

  • [1]
    P. Bourgeois, En quête de respect. Le crack à New York, Paris, Le Seuil, 2001 (1996).
  • [2]
    R. Sennett, Respect. De la dignité de l’homme dans un monde d’inégalité, Paris, Albin Michel, 2003, p. 66.
  • [3]
    D. Lhuilier, Le Choc carcéral, survivre en prison, Paris, Bayard, 2001.
  • [4]
    La durée de la garde à vue est de 24 heures. Elle peut être prolongée de 24 heures ou 48 heures maximum, sur autorisation du Procureur de la République. Toutefois, pour les affaires de stupéfiants, de délinquance organisée ou de terrorisme, elle peut s’étendre jusqu’à 96 heures maximum.
  • [5]
    Les auteurs qui ont travaillé sur les couples séparés pour des raisons professionnelles ou ceux qui sont en décohabitation analysent comment la séparation a été discutée par les membres du couple qui font le choix ensemble de vivre séparés par intermittence. En ce qui concerne les travaux consacrés aux couples séparés pour des raisons professionnelles, voir : E. Bonnet, B. Collet, B. Maurines, « Les ajustements de la carrière familiale à la mobilité géographique professionnelle », Les Cahiers du Genre, no 41, 2006, p. 75-98. ; Y. Guichard-Claudic, « Le retour à terre du marin retraité et le face-à-face conjugal », Les Cahiers du Genre, no 31, 2002 a, p. 58-79 ; Y. Guichard-Claudic, « Faire l’expérience de la retraite au masculin et au féminin », Les Cahiers du Genre, no 31, 2002 b, p. 81-104 ; Y. Guichard-Claudic, Éloignement conjugal et construction identitaire. Le cas des femmes de marins, Paris, L’Harmattan, 1999. À propos des couples décohabitants qui justifient souvent leur choix pour préserver un espace d’intimité, voir G. Charrier, M.-L. Deroff, « La décohabitation partielle : un moyen de renégocier la relation conjugale ? », Les Cahiers du Genre, no 41, 2006, p. 99-115 ; G. Charrier, M.-L. Deroff, « La non-cohabitation : moment ou condition de la vie conjugale ? », in D. Le Gall (dir.), Genres de vie et intimités. Chronique d’une autre France, Paris, L’Harmattan, « Sociologies et environnement », 2005.
  • [6]
    Nous reviendrons sur les modalités de communication définies par l’administration pénitentiaire dans le chapitre 5.
  • [7]
    Les détenus peuvent correspondre « sous pli fermé » uniquement avec leur avocat, les aumôniers agréés, avec le Contrôleur général des lieux de privation des libertés et avec certaines autorités administratives et judiciaires, nationales et internationales.
  • [8]
    A. Chauvenet, C. Rostaing, F. Orlic, La Violence carcérale en question, Paris, Puf, 2008.
  • [9]
    L. Le Caisne, Avoir 16 ans à Fleury. Une ethnographie d’un centre de jeunes détenus, Paris, Seuil, 2008.
  • [10]
    R. Sennett, 2003, op. cit., p. 136.
  • [11]
    Ibid., p. 135.
  • [12]
    S. Paugam, La Disqualification sociale. Essai sur la nouvelle pauvreté, Paris, Puf, « Quadrige », 2002 (1991).
  • [13]
    H. Becker, Outsiders. Études de sociologie de la déviance, Paris, Métailié, 1985 (1963).
  • [14]
    E. Hughes, Le Regard sociologique. Essais choisis, Paris, Éd. de l’EHESS, 1996 (1961).
  • [15]
    Voir quelques données chiffrées en annexe. La surpopulation pénale ne résulte pas tant d’une augmentation « réelle » des crimes que de choix politiques comme la pénalisation croissante d’actes, l’augmentation de la longueur des peines, la baisse des aménagements de peine, etc. Les mutations du fonctionnement judiciaire expliquent également la hausse de la population carcérale, comme l’analyse P. Milburn. En effet, l’auteur met en lumière les fortes pressions qui s’exercent aujourd’hui sur le parquet et les magistrats au nom de la modernisation, de la rationalisation et de l’efficacité de la justice. Voir notamment : N. Christie, L’Industrie de la punition. Prison et politique pénale en Occident, Paris, Autrement, 2003 (1993) ; C. Faugeron, G. Houchon, « Prison et pénalité : de la pénologie à une sociologie des politiques pénales », L’Année sociologique, no 35, 1985, p. 115-151 ; C. Faugeron, « La dérive pénale », Esprit, no 215, 1995, p. 132-144 ; P. Milburn, « De la frénésie de sécurité à la surpénalisation : la justice sous pression », in L. Mucchielli. La Frénésie sécuritaire, Paris, La Découverte, 2008, p. 41-51.
  • [16]
    Nous reprenons ici le concept de « socialisation par frottement » développé par François de Singly pour rendre compte du processus d’apprentissage de la vie en couple. Voir F. de Singly, Libre ensemble. L’individualisme dans la vie commune, Paris, Nathan, 2000.
  • [17]
    Les personnes souhaitant obtenir un permis de visite pour un détenu qui est prévenu doivent déposer à l’accueil du tribunal un dossier à l’intention du juge d’instruction ou du procureur en charge de l’affaire, comprenant une photocopie de leur carte d’identité, deux photos d’identité, un extrait du livret de famille et une lettre manuscrite de demande motivée si elles ne sont pas de la famille proche du détenu. Celles qui désirent obtenir un permis de visite pour un condamné doivent envoyer ces documents au directeur de l’établissement pénitentiaire où il est détenu.
  • [18]
    Dans la majorité des établissements, les visites sont organisées par « tour de parloir » qui se succèdent au fil de la journée. Un après-midi comprend 5, 6, 7, voire 8 « tours de parloirs ». Ainsi, les visiteurs inscrits pour le premier parloir sont appelés à 13 heures, le début du parloir est prévu à 13 h 15, la fin à 13 h 45 et ils devraient sortir à 14 heures ; le second tour du parloir débute par l’appel des familles à 13 h 45 pour un parloir qui doit débuter à 14 heures et prendre fin à 14 h 30, les familles devant être sorties à 14 h 45 et ainsi de suite.
  • [19]
    P. Combessie, op. cit., 1996.
  • [20]
    Ce comportement n’est pas propre aux proches puisque je faisais moi-même attention à toujours me rendre en prison munie de chaussures et d’une tenue qui ne déclencheraient pas l’alarme du portique.
  • [21]
    Cette formule s’inspire de celle de « détenu arrivant » communément utilisée pour évoquer les personnes qui viennent d’être incarcérées.
  • [22]
    E. Goffman, 1968, op. cit.
  • [23]
    E. Hughes, « Drame social au travail », in Actes de la recherche en sciences sociales, no 115, 1996, p. 94-99.
  • [24]
    V. Dubois, La Vie au guichet. Relation administrative et traitement de la misère, Paris, Economica, « Études politiques », 1999.
  • [25]
    Ibid., p. 79.
  • [26]
    Ibid., p. 39.
  • [27]
    Ibid., p. 148.
  • [28]
    J.-P. Payet, F. Guiliani, D. Laforgue, La Voix des acteurs faibles, Rennes, PUR, 2008, p. 106.
  • [29]
    E. Goffman, 1968 (1961), op. cit., p. 48.
  • [30]
    Selon D. Martuccelli, les évolutions des sources du respect sont corrélées à la succession de trois régimes d’interaction : celui de la hiérarchie, de l’égalité et de la différence. Le premier régime d’interaction identifié par l’auteur est le régime de la hiérarchie. Dans une société régie par un tel modèle interactionnel, le respect de l’individu se traduit en termes d’honneur social et il « découle de la position que l’individu détient au sein d’un univers hiérarchique » (D. Martuccelli, 2002, op. cit., p. 266). Le second régime d’interaction qui s’impose est le régime de l’égalité entre les individus où le respect dû à l’individu résulte de la similitude de position et de droits avec autrui. Dans une société au régime d’égalité, le respect repose sur le fait que l’individu est traité en égal. Le troisième régime d’interaction place en son cœur le thème de la différence. Dans ce modèle, le respect signifie la reconnaissance de ses singularités, l’égale reconnaissance de ses particularités. Le régime des différences n’est qu’une inclinaison du modèle précédent de l’égalité. Pour autant, il entre en contradiction avec lui et provoque des tensions irréductibles. Plus largement, D. Martuccelli démontre que les trois régimes d’interaction se sont succédé sans engendrer une suppression définitive du modèle précédent. La juxtaposition des régimes d’interaction explique les contradictions qui s’observent aujourd’hui dans la quête de respect des individus.
  • [31]
    E. Hughes, 1996, op. cit.
  • [32]
    Ibid., p. 95.
  • [33]
    E. Goffman, 1968, op. cit.
  • [34]
    Nous reprenons ici les analyses de C. Rostaing consacrées aux relations entre surveillants et détenues ; C. Rostaing, 1997, op. cit. Les relations normées sont celles, très formalisées, où les surveillants et les détenus s’en tiennent aux rôles prédéfinis par l’institution dans un respect strict de sa réglementation, à la différence des relations négociées où les acteurs s’autorisent à redéfinir, au moins partiellement, les attentes institutionnelles. Les échanges sont alors plus nombreux entre surveillants et détenus qui entretiennent une relation plus respectueuse. Dans les relations personnalisées, la distance entre les surveillants et les détenus tend à s’effacer, les acteurs outrepassent les rôles prescrits. Respect, confiance et sympathie caractérisent alors leurs rapports. Enfin, les relations conflictuelles s’observent quand les acteurs s’opposent et refusent les définitions des rôles institutionnels.
  • [35]
    E. Goffman, 1975 (1963), op. cit.
  • [36]
    C. Bidart, « Parler de l’intime : les relations de confidence », Mana, no 3, 1997, p. 31.
  • [37]
    Les pointeurs désignent en détention les détenus étant inculpés pour un délit ou crime sexuel.
  • [38]
    Les détenus se répartissent sur un axe allant du délit le plus acceptable jusqu’au moins tolérable. Selon Léonore Le Caisne, c’est par cette hiérarchisation que les détenus « se réinscrivent comme sujets moraux, neutralisent leur identité d’exclus et se différencient de leurs codétenus » (L. Le Caisne, Prison, une ethnologue en centrale, Paris, Odile Jacob, 2000, p. 96).
  • [39]
    L’opposition « moi »/« eux » reprend les éléments du processus de constitution de la distinction entre « eux » et « nous » identifiés par N. Elias et R. Hoggart. Voir : R. Hoggart, La Culture du pauvre. Étude sur le style de vie des classes populaires en Angleterre, Paris, Éd. de Minuit, 1970 ; N. Elias, Logiques de l’exclusion : enquête sociologique au cœur des problèmes d’une communauté, Paris, Fayard, 1997 (1965) ; N. Elias, La Société des individus, Paris, Fayard, 1998 (textes écrits en 1939, 1940-1950, 1987).
  • [40]
    E. Goffman, 1975 (1963), op. cit., p. 36.
  • [41]
    Cette règle ne s’applique que dans quelques établissements. Ailleurs, pour éviter de telles situations, l’attribution des box de parloir est fixée par l’administration pénitentiaire.
  • [42]
    L’aide associative se compose essentiellement d’associations d’accueil devant les établissements pénitentiaires. Ces structures sont souvent fédérées à l’UFRAMA ou à la FARAPEJ.
  • [43]
    Voir lexique en annexe.
  • [44]
    Il sera nécessaire d’évaluer dans les prochaines années si ces partenariats tripartites participent d’un meilleur accueil des familles tant de leur point de vue qu’en termes de recomposition éventuelle du pouvoir de l’administration pénitentiaire sur elles. En effet, le personnel du prestataire privé est dans l’obligation de signaler à la direction de l’administration tout incident survenant dans ces lieux.

L’arrestation, suivie de la garde à vue et du placement en détention, sont souvent les premières épreuves vécues par les familles de détenus. Comment les supportent-elles ? De quelle manière est éprouvée cette soudaine séparation avec l’un des siens ? Dans un état de choc, les proches des détenus se voient brutalement confrontés à l’univers judiciaire et carcéral. Quelles sont les principales difficultés auxquelles doit faire face l’entourage des détenus dans les premiers moments qui suivent le placement en détention ? En quoi devenir proche de détenu s’apparente-t-il à une expérience de déni ? En effet, dès ses débuts, l’expérience carcérale élargie confronte les proches de détenus à diverses formes de mépris social et institutionnel dans un contexte social où la « quête de respect » constitue un enjeu majeur pour l’individu. Les proches sont atteints par l’absence de considération des problèmes qu’ils rencontrent alors que le respect consiste à « prendre au sérieux les besoins des autres ». L’entourage des détenus fait face à des réactions blessantes de la part d’autrui, de même les institutions judiciaires et carcérales seraient offensantes à son égard. Quels sont les principaux facteurs qui rendent compte de ce ressenti ? Les difficultés rencontrées par les proches pour saisir le fonctionnement des institutions carcérales et pour appréhender les règles qu’ils doivent respecter participent au discrédit éprouvé et à la modification du regard porté sur soi. La confrontation avec les autres familles de détenus à l’occasion de chaque venue au parloir marque aussi le changement de statut des individus…


Date de mise en ligne : 17/09/2015

Ce chapitre est en accès conditionnel

Acheter cet ouvrage

32,00 €

316 pages, format électronique (HTML et feuilletage, par chapitre)

Acheter ce chapitre

5,00 €

39 pages format électronique (HTML, PDF et feuilletage)
Membre d'une institution cliente ?