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2. Vérité et politique, une histoire tourmentée

Pages 37 à 70

Citer ce chapitre


  • Revault d’Allonnes, M.
(2018). 2. Vérité et politique, une histoire tourmentée. La faiblesse du vrai : Ce que la post-vérité fait à notre monde commun (p. 37-70). Le Seuil. https://shs.cairn.info/la-faiblesse-du-vrai--9782021383041-page-37?lang=fr.

  • Revault d’Allonnes, Myriam.
« 2. Vérité et politique, une histoire tourmentée ». La faiblesse du vrai Ce que la post-vérité fait à notre monde commun, Le Seuil, 2018. p.37-70. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/la-faiblesse-du-vrai--9782021383041-page-37?lang=fr.

  • REVAULT D’ALLONNES, Myriam,
2018. 2. Vérité et politique, une histoire tourmentée. In : La faiblesse du vrai Ce que la post-vérité fait à notre monde commun. Paris : Le Seuil. La Couleur des idées, p.37-70. URL : https://shs.cairn.info/la-faiblesse-du-vrai--9782021383041-page-37?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Hegel, par exemple, insiste sur le fait que Socrate a opposé sa conscience morale à la sentence juridique. Mais aucun peuple, et encore moins un peuple libre comme le peuple athénien, souligne-t-il, ne peut reconnaître un tribunal de la conscience morale. Nietzsche, de son côté, insiste sur le fait que Socrate voulait mourir : c’est lui-même qui, en choisissant comme peine d’être nourri dans le prytanée aux frais de la cité, a forcé Athènes à lui tendre la ciguë. Quant à Hannah Arendt, elle fait de l’opposition platonicienne entre vérité et opinion la conclusion la plus « antisocratique » qui soit…
  • [2]
    Platon, République, Paris, Flammarion, « GF », VI, 493 c. C’est ce « tour d’illusionniste » auquel se livre Platon que relève notamment Moïse Finley dans Démocratie ancienne et démocratie moderne, Paris, Payot, p. 164.
  • [3]
    Platon, République, op. cit., III, 414 b-c.
  • [4]
    Pierre Aubenque, La Prudence chez Aristote, Paris, PUF, 1976, p. 65.
  • [5]
    Aristote, Les Politiques, trad. Pellegrin, Paris, Flammarion, « GF », I, 1, 1253 a, p. 85.
  • [6]
    Xénophon, Mémorables, III, 14.
  • [7]
    Aristote, Les Politiques, op. cit., III, 1, 1281 a, p. 240.
  • [8]
    Emmanuel Kant, Critique de la faculté de juger, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », § 40.
  • [9]
    Hannah Arendt, « Philosophie et politique », in Les Cahiers du Grif, Paris, éditions Tierce, 1986, p. 88.
  • [10]
    C’est notamment le cas du Ménon, où Platon semble admettre que l’opinion vraie, l’opinion droite, est un mode possible de connaissance. Mais sa valorisation est liée au travail de l’âme et à son cheminement vers la vérité. L’opinion droite apparaît alors comme le pouvoir de reconnaître le vrai avant de le prouver.
  • [11]
    Endoxon : le « probable » est de la même famille que le verbe doxazeîn et que la dόxa, l’opinion.
  • [12]
    Aristote, Topiques, trad. Tricot, Paris, Vrin, 1965, I, 1.
  • [13]
    Jean-Pierre Vernant, Les Origines de la pensée grecque, Paris, PUF, « Quadrige », 1962.
  • [14]
    Paul Ricœur, La Métaphore vive, Paris, Seuil, 1975, p. 15.
  • [15]
    Les choses doivent être au moins nuancées. Les sophistes ne constituaient pas une école de pensée homogène, même s’ils avaient en partage un intérêt pour le langage et la politique. En ce sens, ils favorisaient l’exercice du débat démocratique et du lien social.
  • [16]
    Platon, Gorgias, Flammarion, « GF », 455 b-456 b, p. 20.
  • [17]
    Voir Éthique à Nicomaque, I, 1, 1094 b.
  • [18]
    Pierre Aubenque, Le Problème de l’être chez Aristote, Paris, PUF, « Quadrige », 1991, p. 274.
  • [19]
    Aristote, Poétique, chap. 24, 1260 a, 26, Paris, Seuil, 1980.
  • [20]
    Voir Poétique, op. cit., chap. 9, 1451a.
  • [21]
    Paul Ricœur, La Métaphore vive, op. cit., p. 44.
  • [22]
    Aristote, Rhétorique, Paris, Les Belles Lettres, 1991, I, 1, 1355 b.
  • [23]
    Paul Ricœur, Lectures 1 : Autour du politique, Paris, Seuil, Points Essais, 1999, p. 175.
  • [24]
    Paul Ricœur, « Le paradoxe politique », Histoire et vérité, Paris, Seuil, 1955, p. 262.
  • [25]
    Ibid., p. 275.
  • [26]
    Léo Strauss, Pensées sur Machiavel, trad. franç., Paris, Payot, 1982, p. 41.
  • [27]
    Claude Lefort, Le Travail de l’œuvre de Machiavel, Paris, Gallimard, « Tel », p. 77. Je renvoie ici aux fortes analyses de cet ouvrage, notamment dans la seconde partie, p. 71-151.
  • [28]
    Ibid., p. 88.
  • [29]
    Livre des Proverbes, 3, 34.
  • [30]
    Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », p. 519.
  • [31]
    Machiavel, Le Prince, Paris, Flammarion, « GF », 1992, chap. 15.
  • [32]
    Machiavel, Discours […], op. cit., livre I, chap. 25.
  • [33]
    Machiavel, Le Prince, op. cit., chap. 15.
  • [34]
    Maurice Merleau-Ponty, « Note sur Machiavel », Signes, Paris, Gallimard, 1980, p. 273.
  • [35]
    Machiavel, Le Prince, op. cit., chap. 18.
  • [36]
    Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne, Paris, Gallimard, « Quarto », 2012, p. 99.
  • [37]
    Hannah Arendt, La Vie de l’esprit, 1, La Pensée, trad. franç., Paris, PUF, 1981, p. 36.

Vérité et politique, on le sait, ne font pas bon ménage. La proposition est un lieu commun et elle ne date pas d’hier. Car il s’agit d’une très vieille histoire, à la fois ancienne et compliquée. Ancienne parce qu’elle remonte à cet événement inaugural que fut le procès et la condamnation à mort de Socrate par la cité. Compliquée parce qu’elle comporte de multiples facettes, qu’elle se déroule en plusieurs épisodes et se décline sous diverses formes. Mais, en dépit de ses avatars, elle dessine un fil rouge qui révèle jusqu’à aujourd’hui un certain nombre d’invariants.
C’est donc aux Grecs qu’il nous faut d’abord revenir, et à cet épisode qui, selon Hannah Arendt, a été pour l’histoire de la pensée politique un point critique aussi décisif que le procès et la mort de Jésus dans l’histoire religieuse. Platon a en effet accrédité une version de la mort de Socrate sur laquelle il y aurait certainement beaucoup à dire. Reste que son interprétation a marqué toute une tradition de pensée et même initié une sorte de vulgate sur les rapports difficiles et conflictuels de la vérité et de la politique. Platon a réussi à faire passer Socrate, philosophe épris de vérité, pour une victime de la cité démocratique, mis à mort par une foule ignorante et aveugle, en proie aux démagogues qui ont tout loisir de flatter et de manipuler ce « gros animal » qu’est le peuple. Cette lecture est la source d’une filiation qui non seulement a fait du sacrifice de la vérité le corollaire d’une société démocratique gouvernée par un peuple irresponsable mais qui, de surcroît, a installé un soupçon généralisé sur la politique réelle telle qu’elle se pratique au jour le jour…


Date de mise en ligne : 24/08/2022

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