Chapitre XIV. Mussolini et Hitler
- Par Laurent Avezou
Pages 289 à 304
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Le héros est un être hors du commun, mais qui montre le chemin, un titan aux exploits inimitables, et que ses adorateurs aspirent pourtant à imiter. Comment concilier cette exemplarité avec cette singularité ? Dans Les Héros (1837), Thomas Carlyle publie une manière d’histoire des surhommes, une histoire qui, selon lui, s’identifie à l’histoire même. D’une clairvoyance supérieure à l’ordinaire, guidé par une inspiration providentielle, qu’il s’agisse d’une force divine, du souffle de l’esprit ou de la raison, doté d’une conscience supérieure, le héros de Carlyle désamorce d’avance toute critique, toute remise en question. Il n’y a rien d’étonnant à ce que, à un siècle de distance, fascistes et nazis aient trouvé en cet auteur un précurseur, de Giuseppe Licciardelli qui, en 1931, y voit « l’apôtre d’un nouvel ordre social dont, à un siècle de distance, il devait être donné au Duce de jeter les bases solides », jusqu’au parallèle établi, en 1933, par Herbert J. C. Grierson entre Les Héros et Mein Kampf. Encore Carlyle plaçait-il Shakespeare au sommet de sa hiérarchie des surhommes. Mais il aurait sans doute été séduit par la dimension esthétique conférée au totalitarisme par le peintre raté qu’était Hitler et l’acteur né que fut Mussolini. Sublimer la politique en art est une constante des totalitarismes. Cet art dramatique recèle une part d’imitation consciente : Hitler, on le verra, a littéralement « siphonné » Mussolini d’une part de sa substance héroïque. Que nous apprend cette procédure sur la fabrique de la gloire …
Date de mise en ligne : 21/01/2022
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