Si les opérations dans le cyberespace sont connues pour leurs enjeux stratégiques et les fantasmes qu’elles nourrissent parfois, leur emploi en appui direct des manœuvres cinétiques est moins documenté. Pourtant, à l’heure de l’hybridation des combats et du retour de la haute intensité, la combinaison d’effets cyber et de guerre électronique devient un levier incontournable dans la manœuvre interarmées, voire interarmes.
Les cyberattaques de 2007 en Estonie et l’emploi du virus Stuxnet, en Iran, en 2010, ont marqué le début de la mise en œuvre d’opérations numériques à des fins stratégiques. Suivant la tendance à l’hybridation des opérations, ces opérations se combinent aux actions cinétiques aux niveaux opératifs, voire tactiques, dans la plupart des conflits contemporains. Quels enseignements peut-on en tirer ? Quelles adaptations intellectuelles et techniques induisent-elles dans notre façon de préparer et mener le combat ?
À la manière d’un retour d’expérience, nous proposons d’analyser la forme des opérations numériques dans les interventions russes en Europe médiane entre 2007 et 2014 (Estonie, Géorgie, Ukraine) et dans le conflit libyen depuis 2011. Il est d’abord nécessaire d’appréhender la géographie du cyberespace des zones de conflit étudiées. Quatre principaux modes d’opération numériques peuvent ensuite être dégagés : l’action sémantique, le contrôle de zone, l’appui à l’offensive cinétique (régulière et irrégulière) et l’action spécialisée dans la profondeur…