6. Qu’est-ce qu’un génocide ?
Pages 203 à 237
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- CHAUMONT, Jean-Michel,
- Chaumont, Jean-Michel.
- Chaumont, J.-M.
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Notes
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[1]
On notera que le terme Volkermord a déjà été utilisé en 1918, en Allemagne en relation aux différents massacres de la Première Guerre mondiale ; dès 1911, le génocide des Arméniens fut qualifié d’Armeniermord (cf. V. Dadrian, « The Convergent Aspects of the Armenian and Jewish Cases of Genocide. A Reinterpretation of the concept of Holocaust », p. 167, n. 18).
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[2]
Ainsi, F. Bedarida (« Bilan et signification de quarante années de travail historique », in La Politique nazie d’extermination, p. 21) écrit qu’« il s’agit […] d’un concept précis et déterminé ([…] le plus adéquat pour caractériser la politique nazie menée au nom du slogan Raum/Reich/Rasse) mais qui a souffert de voir son usage démultiplié […], jusqu’à des abus caractérisés, sans parler [des] polémiques politiciennes ». A l’inverse, V. Engel estime que « ce mot, plus que tout autre, semble devenu inutilisable » (Pourquoi parler d’Auschwitz ?, p. 41), ce qui revient un peu vite à jeter le bébé avec l’eau du bain.
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[3]
Cf. F. Chalk et K. Jonassohn (eds), The History and Sociology of Genocide. Analysis and Case Studies, p. 7 ; et L. Kuper, « Le concept de génocide et son application aux massacres des Arméniens en 1915-1916 par les Turcs », p. 315.
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[4]
United Nations Resolutions, p. 238.
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[5]
R. Lemkin, Axis Rule in Occupied Europe. Laws of Occupation. Analysis of Government. Proposals for Redress, p. 79 : « Par “génocide”, nous voulons dire la destruction d’une nation ou d’un groupe ethnique. Ce nouveau mot, forgé par l’auteur pour décrire une pratique ancienne dans ses développements modernes, est constitué par le mot grec ancien genos (race, tribu) et le latin cide (tuerie), correspondant donc dans sa formation à des mots tels que tyrannicide, homicide, infanticide, etc. » Et Lemkin d’indiquer en note : « Un autre terme pourrait être utilisé pour la même idée, à savoir ethnocide, constitué par le mot grec ethnos — nation — et le mot latin cide. »
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[6]
Y. Bauer, « Whose Holocaust ? », p. 44.
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[7]
Cf. Le Point, n° 1052,14-20 novembre 1992, p. 43.
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[8]
United Nations Resolutions, p. 175-176 : « Le génocide est le refus du droit à l’existence des groupes humains entiers, de même que l’homicide est le refus du droit à l’existence à un individu ; un tel refus bouleverse la conscience humaine, inflige de grandes pertes à l’humanité, qui se trouve ainsi privée des apports culturels ou autres de ces groupes, et est contraire à la loi morale ainsi qu’à l’esprit et aux fins des Nations unies. »
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[9]
G. Condominas, « Ethnocide », in Encyclopédie philosophique universelle, Dictionnaire 7, p. 878.
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[10]
R. Lemkin, Axis Rule…, p. 93, n. 5.
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[11]
Cf. M. Bataillon, « Génocide et ethnocide initial », p. 298 : « Le souci de soustraire les Indiens au génocide a conduit leurs défenseurs à la recherche de solutions ethnocides ou ethnocidaires. »
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[12]
Cité par P. Friedman, « The Karaites Under Nazi Rule », in Roads to Extinction : Essays on the Holocaust, p. 161. Un débat tragi-comique eut lieu au sein des instances pétainistes qui ne comprenaient pas que les quelques Karaïtes vivant en France pussent être exemptés du statut des Juifs. Notons que les Karaïtes eux-mêmes firent tout ce qu’il fallait pour ne pas être considérés comme des Juifs. En Russie, par exemple, ils échappaient déjà aux mesures discriminatoires. Certains furent toutefois bel et bien assassinés (cf. S. Spector, « Karaites », in Encyclopedia of the Holocaust, III, p. 785-787).
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[13]
F. Chalk et K. Jonassohn, The History and Sociology of Genocide…, p. 23. Cf. également H. Huttenbach, « Locating the Holocaust on the Genocide Spectrum : Towards a Methodology of Definition and Categorization », in Y. Bauer et al., Remembering for the Future (Preprints), thème II, p. 2035.
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[14]
Cf. Y. Ternon, L’État criminel, p. 57.
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[15]
Cf. la réinterprétation proposée par H. Hannum et D. Hawk de la notion d’intention dans la convention : « La clause relative à l’intention de l’article 2 de la convention sur le génocide requiert seulement que les différents actes destructifs — tueries, dommages physiques ou mentaux, conditions de vie délibérément infligées, etc. — aient un caractère délibéré et intentionnel par opposition à un caractère accidentel ou inintentionnel » (cité par H. Fein, Genocide. A Sociological Perspective, p. 20).
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[16]
Il n’est cependant pas exclu a priori que d’autres génocides ethnocidaires se soient déjà produits dans l’histoire et que nous n’en sachions rien ; il est plausible qu’en des temps reculés, suite peut-être à une victoire difficile après de longues périodes de troubles, des autorités aient pu ordonner la mise à mort de tous les membres d’un groupe vaincu.
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[17]
Au terme d’un autre développement, c’est également la conclusion à laquelle parviennent A. Rosenberg et A. Bardosch : ils relèvent plusieurs traits sans précédent dans le judéocide et concluent qu’il s’agit d’une « forme unique de génocide » (in A. Rosenberg et A. Bardosch, « The Problematic Character of Teaching the Holocaust », p. 5).
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[18]
Cf. D. Kenrick et G. Puxon, Destins gitans. Des origines à la solution finale, p. 216.
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[19]
La stérilisation forcée des Juifs (à laquelle de nombreux nazis, Victor Brack notamment, ont pensé sérieusement) eût été une politique ethnocidaire : elle aurait supprimé le groupe (dans l’espace d’une génération) sans porter atteinte à la vie des membres du groupe.
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[20]
Cf. Y. Bauer, « Essay : On the Place of the Holocaust in History », p. 217, et « Is the Holocaust Explicable ? », p. 154.
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[21]
De même, en Turquie, « en dehors des conversions forcées, dont il y a eu des quantités, un autre trait caractéristique a été l’adoption en masse d’enfants arméniens. Il y en a eu des milliers. On les transforme artificiellement en musulmans fanatiques. Les assassinats ont ralenti, mais le processus d’anéantissement continue ; il a simplement revêtu une autre forme » (rapport sur la situation des Arméniens par M. J. Christoffel en date du 26-3-1917, cité par J. Lepsius, Archives du génocide des Arméniens, p. 257).
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[22]
Le passage de l’ethnocide génocidaire au génocide ethnocidaire correspondrait au moment précis où les mesures contraignantes d’assimilation seraient considérées comme insuffisantes pour venir à bout du groupe visé : dans le cas des Arméniens, le moment où, doutant de pouvoir faire disparaître l’identité arménienne par l’islamisation forcée, la « déportation », c’est-à-dire l’extermination, serait préférée : dans une note du 21-12-1915 consacrée à l’ « islamisation par la force des Arméniens en Anatolie », von Neurath écrit que « on peut supposer que, dans de nombreux cas, les autorités, craignant que la déportation ne manque son but réel (extermination des hommes et confiscation des biens), se sont opposées aux conversions de masse ou ont tout de même déporté les convertis » (cité par J. Lepsius, Archives du génocide des Arméniens, p. 189).
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[23]
Von Scheubner-Richter, en date du 4-12-1916 (cité par J. Lepsius, op. cit., p. 236).
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[24]
Cf. D. P. Lackey, « Extraordinary Evil or Common Malevolence ? Evaluating the Jewish Holocaust », p. 141-155.
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[25]
Cf. P. Clastres, Recherches d’anthropologie, p. 49.
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[26]
R. Marienstras, Être un peuple en diaspora, p. 11.
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[27]
Ibid., p. 9.
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[28]
R. Lemkin, « La signification du terme et du concept génocide au procès des criminels de guerre », note dactylographiée non datée, bibliothèque du CDJC (cote 11959).
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[29]
R. Marienstras, Être un peuple en diaspora, p. 21.
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[30]
Ibid., p. 35.
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[31]
U. Tal, « On the Study of the Holocaust and Genocide », p. 19. Cf. aussi H. L. Feingold, « How Unique Is the Holocaust ? », p. 398.
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[32]
S. Trigano, « Les Juifs comme peuple à l’épreuve de la Shoa », p. 178.
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[33]
J.-P. Sartre, Réflexions sur la question juive, p. 69-71 et 73.
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[34]
S. Trigano, « Les Juifs comme peuple… », p. 179.
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[35]
A. Mandel, « Juifs de France et d’Israël : la modification », p. 2.
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[36]
Ibid., p. 4.
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[37]
Cf. J. Neusner, Stranger at Home, p. 87.
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[38]
G. Steiner, « La longue vie de la métaphore. Une approche de la Shoah », p. 21.
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[39]
P. Lopate, « Resistance to the Holocaust », p. 58.
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[40]
D. E. Lipstadt, « A critique of Philip Lopate. What is the Meaning of This to You », p. 69.
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[41]
S. Trigano, « Les Juifs comme peuple… », p. 182. Cf. aussi G. Steiner, « La longue vie de la métaphore », p. 22 : « Ramener cette compréhension [celle de la Shoah] à une norme signifierait, très précisément, renoncer à cette chose terrible mais en même temps anoblissante, légitimante, qu’est l’identité juive. »
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[42]
En France, c’est l’historien F. Marcot qui a été chargé de concevoir l’exposition, et il relate les péripéties, dont certaines très comparables, du projet dans « Les musées et le génocide des Juifs : l’histoire face à la mémoire officielle et à la mémoire sociale », p. 155-164.
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[43]
P. Halter, in J.-C. Szurek et al., « Table rende : antifascisme et singularité », p. 40.
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[44]
H. Arendt, Vies politiques, p. 18.
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[45]
Cf. É. Conan et H. Rousso, Vichy…, p. 56. Les passages entre guillemets sont des extraits du discours d’Édouard Balladur.
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[46]
« Éditorial », MJ, n° 33, juillet 1950, p. 1.
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[47]
P. Birnbaum, « Sur un lapsus présidentiel », p. 2.
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[48]
Ibid.
-
[49]
Ibid.
Comme nous venons encore de le vérifier, le problème de la définition du concept de génocide reste d’une brûlante actualité : le judéocide est-il le seul génocide perpétré par les nazis ? N’est-il pas même le seul génocide avéré dans l’histoire universelle ? Ou faut-il estimer qu’il fut plus et autre chose qu’un « simple » génocide : un « Holocauste » par exemple ? Face à la prolifération des auteurs qui donnent l’une ou l’autre de ces différentes propositions pour des évidences, il me semble utile non seulement de revenir brièvement aux textes fondateurs mais aussi et surtout de clarifier encore le concept. A l’issue de cette clarification, j’espère qu’il sera plus aisé de comprendre pourquoi certaines conséquences existentielles de la Shoah sont particulièrement difficiles à saisir dans nos cadres conceptuels et comment ces difficultés rejaillissent sur la question de la singularité.
Le terme de génocide a été forgé — vraisemblablement en 1943 — par le juriste juif polonais Raphael Lemkin en exil aux États-Unis. Il fut ensuite le père spirituel de la « Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide » adoptée unanimement en séance plénière de l’Organisation des Nations unies à Paris le 9 décembre 1948. C’est donc la définition de Lemkin et celle de la convention qu’il convient d’examiner en premier lieu. Toutefois comme, contrairement à ce que l’on se figure souvent, le concept de génocide n’est ni précis ni bien déterminé, il importe d’être attentif au fait qu’il n’existe à l’heure actuell…
Date de mise en ligne : 14/09/2017
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