Chapitre d’ouvrage

17. Chirac, un Queuille gaulliste

Pages 237 à 249

Citer ce chapitre


  • Giesbert, F.-O.
(2024). 17. Chirac, un Queuille gaulliste. La Belle Époque : Histoire intime de la Ve République Tome II (p. 237-249). Gallimard. https://shs.cairn.info/la-belle-epoque--9782073059079-page-237?lang=fr.

  • Giesbert, Franz-Olivier.
« 17. Chirac, un Queuille gaulliste ». La Belle Époque Histoire intime de la Ve République Tome II, Gallimard, 2024. p.237-249. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/la-belle-epoque--9782073059079-page-237?lang=fr.

  • GIESBERT, Franz-Olivier,
2024. 17. Chirac, un Queuille gaulliste. In : La Belle Époque Histoire intime de la Ve République Tome II. Paris : Gallimard. Folio, p.237-249. URL : https://shs.cairn.info/la-belle-epoque--9782073059079-page-237?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Catherine Nay, La Double Méprise, Grasset, 1980.

Un soir, quelques mois après avoir annoncé à Mitterrand que je voulais écrire sa biographie, j’ai avoué à Chirac, le vin aidant, que j’écrirais sa vie, dans les années à venir : qu’il ne s’étonnât pas si je prenais des notes quand je le suivais, ce serait « un roman d’aventures à la Alexandre Dumas ».
« Quelle étrange idée ! s’était exclamé Chirac. Ça n’intéressera personne, en dehors des Corréziens, et encore…
— Je crois qu’un jour, vous serez président. »
C’était une manie : Nostradamus amateur, je voyais des futurs présidents partout, du moins quand les personnages étaient romanesques. La scène se passait la même année que ma première conversation avec Mitterrand : en 1972, Le Nouvel Observateur m’avait envoyé le suivre un week-end dans sa circonscription d’Ussel, en Corrèze. J’avais eu un coup de foudre. Pas pour le politique. Pour le personnage.
Chirac non plus n’était pas humain. Pas parce que, comme Giscard dont il serait bientôt le Premier ministre, il semblait venir d’une autre galaxie mais parce que, chez lui, la part animale prenait toute la place. Haut perché, les narines à l’affût, prêt à avaler la mer, les poissons, les bigorneaux, il haletait comme un chien, galopait comme un cheval, copulait comme un lapin, s’empiffrait comme un cochon. Tout lui faisait ventre.
Sa bouche était comme le trou d’une chaudière qu’il fallait tout le temps alimenter. La clope au bec, en bras de chemise, beau comme un dieu, Chirac tournait à plein régime. Je n’avais jamais vu et ne reverrais jamais autant d’énergie et d’empathie en marche, au service d’un vague credo, fracassant les clivages, la droite, la gauche, quelle importance, pourvu que nos verres soient pleins, allez, Raymond, encore un coup pour la route, et puis, tiens, en l’honneur de Minette, un toast « à nos femmes, à nos chevaux et à ceux qui les montent »…


Date de mise en ligne : 13/03/2026

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