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2 - La mobilité sociale entraîne-t-elle un affaiblissement des liens avec ses parents ?

Pages 45 à 62

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  • Naudet, J.
(2014). 2 - La mobilité sociale entraîne-t-elle un affaiblissement des liens avec ses parents ? Dans
  • S. Paugam
L'intégration inégale : Force, fragilité et rupture des liens sociaux (p. 45-62). Presses Universitaires de France. https://doi.org/10.3917/puf.paug.2014.01.0045.

  • Naudet, Jules.
« 2 - La mobilité sociale entraîne-t-elle un affaiblissement des liens avec ses parents ? ». L'intégration inégale Force, fragilité et rupture des liens sociaux, Presses Universitaires de France, 2014. p.45-62. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/l-integration-inegale--9782130563334-page-45?lang=fr.

  • NAUDET, Jules,
2014. 2 - La mobilité sociale entraîne-t-elle un affaiblissement des liens avec ses parents ? In :
  • PAUGAM, Serge,
L'intégration inégale Force, fragilité et rupture des liens sociaux. Paris cedex 14 : Presses Universitaires de France. Le Lien social, p.45-62. DOI : 10.3917/puf.paug.2014.01.0045. URL : https://shs.cairn.info/l-integration-inegale--9782130563334-page-45?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/puf.paug.2014.01.0045


Notes

  • [1]
    L’analyse de l’auteur s’appuie ici sur le cas d’Annie Ernaux.
  • [2]
    Pour une analyse plus poussée de ces facteurs, voir Naudet, 2013.
  • [3]
    Dans son ouvrage 1 sur 500, Laurens a discuté l’approche de Terrail (Laurens, 1992, chapitre 8). Si nous reprenons le terme de « mobilisation parentale », nous élargissons cependant la définition qu’en donne Terrail. Terrail construit en effet son approche autour d’une typologie distinguant trois types de familles : les familles s’inscrivant dans un projet de « promotion sociale », marquées par une « éthique de l’épargne », « prêtes à payer leur déprolétarisation du renoncement à toute jouissance », et le plus souvent marquées par une éthique chrétienne ; les familles s’identifiant à une entreprise d’« émancipation des conditions faites à leur classe », soucieuses de démontrer les capacités d’intelligence et de lutte de leur classe, qui sont « naturellement de gauche, le plus souvent communisant[es], sinon militant[es] ; et, enfin, les familles dont les projets scolaires des parents étaient au départ modestes (et réévalués au fur et à mesure des succès de l’enfant), voire inexistants, et dans lesquelles « l’auto-détermination de l’enfant va se trouver au premier plan du processus de réussite ».
  • [4]
    Il faut en effet noter, à la suite de Terrail (1984) et, surtout, de Lahire (1995), que les personnes en mobilité sociale ne sont pas nécessairement issues de familles fortement mobilisées dans le succès scolaire de leurs enfants, et c’est pourquoi nous préférons parler d’« idéologie familiale » plutôt que de « mobilisations parentales ».
  • [5]
    Il existe certainement une homologie entre les deux pôles que nous distinguons, et les deux pôles structurant les classes populaires que distingue Jan Rupp (Rupp, 1995), dans la continuité des travaux de Pierre Bourdieu. Pour Jan Rupp, qui s’appuie sur la notion d’investissement dans une forme de capital plutôt que sur le critère de volume de capital détenu, un premier pôle des classes populaires se caractériserait par des investissements tournés avant tout vers la culture et un second pôle se caractériserait avant tout par des investissements orientés essentiellement vers l’économie. De la distinction de ces deux pôles, Jan Rupp émet l’hypothèse de deux formes distinctes de l’habitus populaire.
  • [6]
    Marie Duru-Bellat et Élise Tenret ont ainsi montré que les étudiants des classes préparatoires aux grandes écoles perçoivent davantage la société comme méritocratique que les étudiants des premiers cycles universitaires (Duru-Bellat et Tenret, 2009).
  • [7]
    Pour davantage de détails sur cette typologie, voir Jules Naudet, 2012 c.

La personne en forte mobilité sociale est condamnée à jongler avec au moins deux mémoires, deux histoires, celle de son groupe d’origine et celle de son groupe d’arrivée, qui ne peuvent être actualisées simultanément et dans le même contexte. Certaines pratiques, certaines histoires, certaines expressions ne trouvent leur place que dans l’un des deux milieux. L’individu ayant connu une double socialisation est condamné à une oscillation permanente entre ses deux groupes de référence, d’où une « tension » entre milieu d’origine et milieu d’arrivée. Cette tension n’est par ailleurs pas seulement liée aux différences sociologiques entre les deux groupes. Elle comporte également une dimension affective et morale, liée au possible sentiment de trahison des siens à mesure que l’on s’éloigne d’eux.
Les personnes en très forte mobilité ascendante sont donc soumises à une double contrainte : d’un côté, il leur est important d’avoir le sentiment de ne pas trahir leurs parents et leur famille et, de l’autre, il leur est nécessaire d’acquérir la maîtrise des schèmes d’action et de perception valorisés dans leur milieu d’arrivée (Naudet, 2011). Une acculturation minimale au milieu d’arrivée et un certain légitimisme sont en effet impératifs pour espérer obtenir des rémunérations en termes de pouvoir, de statut et de revenus. Or cet impératif de légitimisme conduit à l’éloignement du milieu d’origine. Outre un éloignement « symbolique » conséquent à l’acquisition de dispositions étrangères au milieu d’origine, il s’agit également d’un éloignement géographique lié au fait que les territoires de l’élite ne coïncident pas avec les espaces qu’occupent les classes populaires…


Date de mise en ligne : 09/04/2018

https://doi.org/10.3917/puf.paug.2014.01.0045

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