Introduction
Pages 3 à 9
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Notes
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[1]
Sarah Guillou a assuré la coordination de cet ouvrage.
1En 2007, l’industrie manufacturière française représentait 13 % de l’ensemble des emplois et 12 % de la valeur ajoutée natio¬nale. Cela correspond àune position médiane au sein des pays de l’OCDE. C’est certes beaucoup moins que l’industrie manu¬facturière de l’Allemagnedontlepoids représente presque le quart du produit intérieur brut mais cela est comparable à la situation d’autres pays européens comme la Belgique, ou l’Autriche et les pays anglo-saxons, le Royaume-Uni et les États-Unis (ces deux derniers pays, autour de 13 %).
2Cependant, ces chiffres ne résument pas la place de l’indus-trie manufacturière française : son rôle est encore central dans l’activitééconomique, et sa dynamique est déterminante pour le niveau et la nature de la croissance économique.
3Précisément, l’activité manufacturière se situe à la charnière de l’ensemble des activités économiques, de la construction aux services. D’un côté, elle fournit une grande partie des inputs des autres secteurs et détermine ainsi la valeur de leurs consomma¬tions intermédiaires. D’un autre côté, elle sollicite fortement les autres secteurs comme les services, dont un grand nombre sont en fait des services à l’industrie (environ 30 % des services marchands).
4De plus, la part des produits manufacturiers dans la demande finale dépasse de loin la part de l’industrie dans le PIB (31 %). Si la création de valeur émane de plus en plus des activités immatérielles, la consommation reste profondément matérielle.
La production de « virtuel » s’appuie sur un support matériel et donc sur l’activité de fabrication.
5Cette centralité, à laquelle s’ajoute une forte contribution aux exportations (plus de 70 %), lui fait jouer un rôle important dans la croissance. Elle en détermine non seulement le niveau mais aussi en grande partie la nature car l’industrie manufacturière influence fortement la trajectoire technologique de l’économie. L’activité de recherche et développement (R&D) mais aussi de dépôt de brevets est très fortement initiée, voire dirigée par les entreprises de l’industrie manufacturière.
Encadré 1. Nomenclature et terminologie
Tableau 1. Identifiant et code CITI des différents types d’industries
Tableau 1. Identifiant et code CITI des différents types d’industries
7Ce sont sans doute l’ensemble de ces éléments qui expli¬quent l’attention particulière portée à l’industrie manufacturière et qui font de son recul tendanciel dans la demande, dans le PIB et surtout dans l’emploi total, une forte source d’inquiétude sur le devenir de nos économies.
8Le recul de ce secteur dans l’activitééconomique de tous les pays industrialisés est une donnée structurelle depuis les années 1970. Ce recul est le fruit de trois dynamiques qui sont interdépendantes : une dynamique technologique, une dyna¬mique organisationnelle et une dynamique concurrentielle. La dynamique technologique se résume à ce qui est communé¬ment appelé le progrès technique, auquel il faut ajouter le processus de différenciation des produits, qui conduisent à une incorporation croissante de services dans la valeur ajoutéedu produit. La dynamique organisationnelle est en partie induite par la précédente. Elle se traduit par une externalisation crois¬sante des fonctions de production qui ne constituent pas à proprement parler la fabrication et donc les services incorporés. Enfin, la dynamique concurrentielle a consisté en une accentua¬tion de la concurrence entre entreprises, fruit de la libéralisation des marchésdémarrée dans les années 1980 et de la globalisa¬tion des marchés à partir des années 1990.
9Ces trois dynamiques ont conjointement conduit à une baisse de la part de la valeur ajoutée manufacturière en raison :
- d’une baisse des prix à volume constant ;
- d’un transfert de la valeur ajoutéedel’industrie vers les services
- et d’une substitution par les importations.
10Le recul de l’emploi industriel est un fait indéniable qui concentre les inquiétudes relatives à la globalisation. La montée des pays émergents et notablement de la Chine dans la produc¬tion manufacturière mondiale a été si importante ces dernières années qu’il est difficile de ne pas y voir la source du recul de l’emploi des pays industrialisés. L’inquiétude naît également des logiques d’externalisation et de délocalisation dont les consé¬quences sur le nombre et la nature des emplois et sur le partage profit-salaires sont importantes au regard du pacte social.
11Notons pourtant que, si l’on se concentre sur les cinq dernières années, le recul de l’emploi industriel est un fait « global », aucun pays n’ayant fait l’expérience d’une augmen¬tation de l’emploi industriel. Si la Chine concentre autant d’emplois industriels que l’ensemble des pays de l’OCDE addi¬tionnés, ce volume d’emplois n’augmente pas en raison d’un niveau de la productivité du travail encore très faible et qui croît fortement. La Chine est aujourd’hui la troisième économie en termes de production industrielle mais cette production se fait avec de moins en moins d’emplois.
12La grande mutation que traverse l’industrie manufacturière aujourd’hui dépasse en fait son recul dans l’emploi. La globali¬sation de la production manufacturière se traduit non seule¬ment par l’arrivée massive de nouveaux acteurs, mais également par un processus de création de chaînes de valeur mondiales en interaction avec le progrès technique qui redessinent les contours de la production industrielle domestique. Ce processus conjoint de fragmentation du processus de production et de changement technique n’affecte pas seulement la demande de qualifications mais également l’organisation de la production. La compréhension de ce phénomène en est à ses débuts mais le phénomène est bien lisible dans l’évolution de l’industrie manu¬facturière des dix dernières années.
13C’est à l’analyse de cette évolution que s’attache ce livre sur l’industrie manufacturière française et également à l’analyse de ses particularités, forces ou faiblesses, pour faire face aux muta¬tions en cours mais aussi aux chocs conjoncturels défavorables. La crise économiqueissuedelacrise financière déclenchée en
142007 a mis en difficulté les industries fragiles. Cette crise a entraîné un retour de légitimité de la politique industrielle dans tous les pays industrialisés, notamment pour soutenir l’industrie automobile. La globalisation des marchés, la pression fortement accrue de la concurrence internationale, en Europe un euro fort sont autant de facteurs qui réduisent le temps d’ajustement ou la marge d’action des entreprises pour rester compétitives. Une nouvelle forme de régulation publique devient nécessaire que l’on essaiera de définir.
15Ce livre peut se lire également comme un tableau de bord de l’industrie française. De nombreux indicateurs sont donnés pour les dix-huit industries qui composent l’industrie manufacturière et les quatre regroupements d’industries par intensité technologique (voir encadré 1 pour la classification).
16Pour la plupart des indicateurs, l’année d’observation la plus récente dont nous disposons est 2007. Elle sera sans doute une année charnière pour l’industrie manufacturière de nombreux pays alors que la crise financière déclenchée cette même année et la crise économique induite en 2008, couplées à l’émergence de nouvelles contraintes environnementales issues des accords nationaux et internationaux devraient déterminer une nouvelle trajectoire pour l’industrie manufacturière.
17Cet ouvrage se décompose en trois chapitres. Le chapitre I décrit l’industrie manufacturière française en en précisant la structure productive, géographique et la position dans les flux d’échanges internationaux. Il offre un tableau précis de l’état de l’industrie française et met en évidence certaines faiblesses de notre industrie pour faire face aux mutations en cours. Le chapitre II tente de comprendre les fondements microéconomiques de la performance des industries en utilisant cette fois des données d’entreprises qui autorisent une approche de l’hétérogénéité au sein des industries. Par une étude de la démographie des entreprises et une analyse économétrique des déterminants de leurs comportements, il approfondit la compréhension de la dynamique industrielle. Le chapitre III envisage les contours d’une politique industrielle renouvelée qui tiendrait compte de l’évolution récente de l’industrie manufacturière. Après la présentation de l’évolution de cette politique, nous montrons que les mutations de l’industrie appellent l’abandon d’une politique qui viserait les spécialisations productives, au profit d’une politique qui développe la coordination des agents.
Sarah Guillou [1]
Date de mise en ligne : 01/05/2011