Chapitre d’ouvrage

V. Un éditeur immoral ?

Jean-Jacques Pauvert face à la censure et à l’opinion publique

Pages 117 à 131

Citer ce chapitre


  • Urbain, A.
(2019). V. Un éditeur immoral ? Jean-Jacques Pauvert face à la censure et à l’opinion publique. L'immoralité littéraire et ses juges (p. 117-131). Hermann. https://shs.cairn.info/l-immoralite-litteraire-et-ses-juges--9791037002204-page-117?lang=fr.

  • Urbain, Anne.
« V. Un éditeur immoral ? : Jean-Jacques Pauvert face à la censure et à l’opinion publique ». L'immoralité littéraire et ses juges, Hermann, 2019. p.117-131. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/l-immoralite-litteraire-et-ses-juges--9791037002204-page-117?lang=fr.

  • URBAIN, Anne,
2019. V. Un éditeur immoral ? Jean-Jacques Pauvert face à la censure et à l’opinion publique. In :
  • AMADIEU, Jean-Baptiste,
  • DARMON, Jean-Charles
  • et DESAN, Philippe,
L'immoralité littéraire et ses juges. Paris : Hermann. Des morales et des œuvres, p.117-131. URL : https://shs.cairn.info/l-immoralite-litteraire-et-ses-juges--9791037002204-page-117?lang=fr.

Notes

  • [1]
    M. Chapsal, « Portrait : Jean-Jacques Pauvert, éditeur », L’Express, 15 décembre 1960.
  • [2]
    F. Mauriac, « Bloc-notes », L’Express, 22 décembre 1960.
  • [3]
    Le procès est pourtant récent puisque le jugement de la cour d’appel de Paris est rendu au printemps 1958, soit deux ans et demi avant la parution du portrait de Jean-Jacques Pauvert dans les colonnes de L’Express.
  • [4]
    Message d’André Pieyre de Mandiargues reproduit dans le catalogue de l’exposition L’Univers de Jean-Jacques Pauvert, Maison de la culture de Rennes, 1980.
  • [5]
    J.-P. Dutel, Bibliographie des ouvrages érotiques publiés clandestinement en français entre 1920 et 1970, J.-P. Dutel, 2005.
  • [6]
    1947 : Les Onze Mille Verges de Guillaume Apollinaire – 1948 : Les 120 journées de Sodome de D. A. F. de Sade, Poésies libres de Guillaume Apollinaire, Pompes Funèbres de Jean Genet – 1950 : Trois filles et leur mère de Pierre Louÿs, Les Exploits d’un jeune Dom Juan de Guillaume Apollinaire – 1951 : Histoire de l’œil de Georges Bataille (signé Lord Auch) – 1952 : Irène de Louis Aragon (non signé) – 1953 : Aventures lubriques, anonyme, L’Anglais décrit dans le château fermé d’André Pieyre de Mandiargues (signé Pierre Morion).
  • [7]
    Deux commissions sont créées afin d’examiner les ouvrages litigieux : la Commission spéciale consultative du livre (instaurée par le décret-loi du 29 juillet 1939) et la Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à l’enfance et à l’adolescence (créée dans le prolongement de la loi du 16 juillet 1949). On emploiera dans la suite de cet article les désignations suivantes : Commission spéciale du livre et Commission de surveillance.
  • [8]
    Registre des procès-verbaux de séances de la Commission spéciale consultative du livre (1940-1969), séance du 4 mars 1955 – Archives nationales, 20030039.
  • [9]
    Maurice Garçon a notamment, dans les années 1930, rédigé un inventaire des différentes affaires d’outrage aux mœurs par la voie du livre. Il a également défendu René Bonnel et Pascal Pia dans l’affaire concernant le roman Mlle de Mustelle et ses amies de Pierre Mac-Orlan, en 1928. Dans le cas d’Histoire d’O, la réponse judicaire se fera longtemps attendre : respectivement poursuivis pour outrage aux bonnes mœurs et complicité, Jean-Jacques Pauvert et Jean Paulhan, défendus par Maurice Garçon, ne seront relaxés que le 19 octobre 1959 par le tribunal correctionnel de la Seine, après plus de quatre années de procédure.
  • [10]
    L’Affaire Sade : compte rendu exact du procès intenté par le Ministère Public aux Éditions Jean-Jacques Pauvert, édition complète avec l’arrêt de la Cour d’appel, Éditions Jean-Jacques Pauvert, 1963, p. 66. André Breton aurait également pu rappeler que le 31 mai 1949, la Cour de cassation avait prononcé la révision du jugement du tribunal correctionnel de la Seine du 27 août 1857 ayant condamné Baudelaire pour délit d’outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs.
  • [11]
    Ibid., p. 64.
  • [12]
    Ibid., p. 58.
  • [13]
    Ibid., p. 113-114.
  • [14]
    Ibid., p. 83.
  • [15]
    Pierre Descaves aurait dû représenter la Société des gens de lettres lors de cette séance. On peut cependant douter de sa clémence envers l’Histoire de Juliette : lors de la séance du 24 février 1951, les deux premiers volumes du roman avaient heurté la Commission spéciale du livre qui, suivant le rapport établi par Pierre Descaves, se prononçait favorablement pour des poursuites pour outrage aux bonnes mœurs.
  • [16]
    J.-M. Lo Duca, « Fondation de la Bibliothèque Internationale d’Érotologie », document de présentation de la collection – Institut Mémoires de l’édition contemporaine, Fonds Hachette/Jean-Jacques Pauvert, S4C10B1D4.
  • [17]
    On doit cette expression à Bernard Pingaud, dans son article « Un combat à retardement », paru dans le dossier que consacre Le Monde à la censure dans son numéro du 17 janvier 1971.
  • [18]
    Lettre de Jean-Jacques Pauvert à François Erval (La Quinzaine littéraire), le 3 mars 1967 : « Il m’est profondément indifférent que mes livres soient interdits à la vente aux mineurs, et je peux admettre à la rigueur qu’ils soient interdits à l’affichage. C’est l’ensemble des trois interdictions qui équivaut à une interdiction totale de fait » – Institut Mémoires de l’édition contemporaine, Fonds Hachette/Jean-Jacques Pauvert, S4C9B5D1.
  • [19]
    J.-J. Pauvert, M. Pauvert, Anthologie historique des lectures érotiques, t. IV, De Eisenhower à Emmanuelle 1945-1985, Stock/Spengler, 1995, p. 605. Les « deux livres » dont il est question sont Le Mort et Histoire de l’œil. En 1967, Georges Bataille était mort depuis cinq ans.
  • [20]
    C’est un signe encore plus fort depuis le mois de janvier 1967 : à partir de cette date, les commissaires peuvent se prononcer pour des interdictions graduées, conformément aux dispositions introduites par la réforme de l’article 14 de la loi du 16 juillet 1949.
  • [21]
    Loi n° 67-17, Journal Officiel de la République Française, Lois et Décrets, 6 janvier 1967, p. 316.
  • [22]
    L’Union générale d’éditions s’aventurera dans la publication en poche des grands textes érotiques du marquis Sade à partir de 1968-1969. Il faut en revanche attendre 1974 pour que le diamant noir des 120 journées de Sodome rejoigne la collection « 10-18 ».
  • [23]
    Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à l’enfance et à l’adolescence, procès-verbal de la séance du 7 juin 1972 – Archives nationales, CSCPEA, 19900208.
  • [24]
    Lettre de Jean-Jacques Pauvert à Robert Chalon (Le Figaro), le 15 juin 1977 – Institut Mémoires de l’édition contemporaine, Fonds Hachette/Jean-Jacques Pauvert, S4C9B5D1.
  • [25]
    J.-J. Pauvert, « Le Vrai Problème de la censure », préface de L’Enfer du Sexe de Y. Belhomme, Éditions Jean-Jacques Pauvert, 1971, p. 18-19.
  • [26]
    Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à l’enfance et à l’adolescence, procès-verbal de la séance du 16 juin 1971 – Archives nationales, CSCPEA, 19900208.
  • [27]
    On peut noter – parmi beaucoup d’autres : « Pauvert, docteur ès érotisme » (L’Express, 25 janvier 1996), « Collectionneur de procès » (Lire, avril 1998), « J’étais l’Arsène Lupin de l’édition » (22 mars 2004).

En décembre 1960, L’Express publie un portrait de Jean-Jacques Pauvert brossé par Madeleine Chapsal. Au cours de l’entretien, l’éditeur évoque la place singulière qu’il occupe alors dans l’édition française : « Vous n’imaginez pas des gens écrivant à Gaston [Gallimard] : “vous êtes un salaud ?” Eh bien ! Moi cela m’arrive : je suis le seul éditeur, à ma connaissance, à recevoir régulièrement des lettres d’injures… » Une semaine plus tard paraît dans L’Express ce qui n’est pas à proprement parler une lettre d’injure mais quelque chose qui s’en approche, sous la plume de François Mauriac. Scandalisé par l’article de Madeleine Chapsal, l’écrivain consacre une grande partie de son Bloc-notes hebdomadaire à Jean-Jacques Pauvert, soulignant la dangerosité de cet éditeur « spécialisé dans l’érotisme et dans le blasphème ». La condamnation est sans appel : « Un chrétien déclaré ne saurait aider à répandre ce qui lui fait horreur ; car pour lui, il ne s’agissait plus ici d’immoralité au sens courant du mot, ni d’amoralité ; dans la lumière de la Foi, c’est le Mal absolu qui se démasquait tout à coup ; je serais presque enclin à écrire, le Mal qui est Esprit, le Mal qui est quelqu’un. »Pourtant, le portrait dressé par Madeleine Chapsal la semaine précédente ne jouait pas la carte du scandale. L’aventure éditoriale de Jean-Jacques Pauvert y apparaît originale, audacieuse, exigeante et surtout débarrassée de son parfum sulfureux que la journaliste de L’Express abandonne aux amateurs d’anecdotes faciles…


Date de mise en ligne : 17/02/2025

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