Chapitre IV. Le fondement philosophique des sociétés humaines
- Par Paul Trouillas
Pages 43 à 52
Citer ce chapitre
- TROUILLAS, Paul,
- Trouillas, Paul.
- Trouillas, P.
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Notes
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[1]
Beaucoup de sociétés humaines sont sous contrainte de la force militaire, de la domination culturelle et politique d’autres sociétés. De telles sociétés ne sont pas de fondation spontanée : notre analyse ne peut leur être appliquée. Pour tenter d’observer la part réelle des idées dans une société, il faut se reporter aux sociétés « naturelles » : soit les sociétés premières totalement autonomes que l’on a pu découvrir ; soit les sociétés modernes qui ont décidé de se définir en tant que sociétés, ceci lors de leurs fondations ou refondations, par des révolutions. Il est évident que les révolutions anglaise, française et américaine viennent à l’esprit.
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[2]
Montesquieu, citation complète : « Dans toutes les sociétés, qui ne sont qu’une union d’esprit, il se forme un caractère commun. Cette âme universelle prend une manière de penser qui est l’effet d’une chaîne de causes infinies, qui se multiplient et se combinent de siècle en siècle. Dès que le ton est donné et reçu, c’est lui seul qui gouverne, et tout ce que les souverains, les magistrats, les peuples peuvent faire ou imaginer, soit qu’ils paroissent choquer ce ton, ou le suivre, s’y rapporte toujours », Montesquieu, De la Politique, in : Mélanges inédits de Montesquieu. Manuscrits publiés par le baron de Montesquieu, Rouam (Paris), 1892 et Œuvres complètes, t. VIII. Montesquieu, dans la poursuite du texte, prend l’exemple de Charles Ier, en Angleterre, qui fut en contradiction avec les idées du peuple anglais.
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[3]
Montesquieu, Essai sur les causes, in Montesquieu, Œuvres complètes, t. IX.
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[4]
Dans La République de Platon, Socrate déclare : “Selon moi, l’État doit sa naissance à l’impuissance où l’individu se trouve de se suffire à lui-même et au besoin qu’il éprouve de mille choses” (II, 369b). D’où la division du travail et l’apparition des divers métiers : le laboureur, le maçon, le tisserand, le cordonnier (369 d), le forgeron, le bouvier, le berger, le pasteur (370d). Platon conçoit la formation des sociétés sur la base du contrat économico-social de la division du travail, permettant la complémentarité des productions des différents corps de métier, ce qui garantit son unité (La République, II, 370ab).
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[5]
Aristote « [C’est] plutôt en vue d’une vie heureuse qu’on s’assemble en une cité (car autrement il existerait aussi une cité d’esclaves et une cité d’animaux, alors qu’en fait il n’en existe pas, parce qu’ils ne participent ni au bonheur ni à la vie guidée par un choix réfléchi », Les politiques, III, 9, 1279b.
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[6]
Hobbes écrit, dans Léviathan, « En vertu du pouvoir conféré par chaque individu dans l’État, il dispose de tant de puissance et de force assemblées en lui que, par la terreur qu’elles inspirent, il peut conformer la volonté de tous en vue de la paix à l’intérieur et de l’entraide face aux ennemis de l’étranger… Celui qui est dépositaire de cette personne [la personne morale de l’État] est appelé souverain et l’on dit qu’il a la puissance souveraine ; en dehors de lui tout un chacun est son sujet », livre ii, L’État, chapitre xvii. Des causes, de la génération et de la définition de l’État, traduction française G. Mairet, Gallimard (Paris), 2000. Ouvrage original : Thomas Hobbes of Malmesbury, Leviathan or The Matter, Forme and Power of a Commonwealth Ecclesiastical and Civil, Andrew Crooke (London), 1651.
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[7]
John Locke : « Le pouvoir politique tire son origine de la convention et du consentement mutuel de ceux qui se sont joints pour composer une société », Du gouvernement civil, chapitre xv, 171. Un principe subsidiaire indique le rôle de la propriété : « La plus grande et la principale fin, lorsqu’ils s’unissent en communauté et se soumettent à un gouvernement, c’est de conserver leurs propriétés ». Ce principe est encore exprimé de façon simple : il ne saurait y avoir d’injure là où il n’y a pas de propriété, Traité du gouvernement civil, chapitre ix, 124.
Les Deux traités sur le gouvernement civil ont été publiés en France avec le titre de Du gouvernement civil. En 1691 est parue une première traduction française de Du gouvernement civil, Abraham Wolfgang (Amsterdam). La version sur laquelle nous avons travaillé est : Traité du gouvernement civil, traduction française D. Mazel, d’après le texte de la cinquième édition de Londres, Desveux et Royer (Paris) 1795-An III de la République française. Nous avons également consulté : Deuxième traité du gouvernement civil, traduction B. Gilson, Vrin (Paris), 1967 et Le second traité du gouvernement civil. Traduction française J.-F. Sptitz, Presses Universitaires de France (Paris), 1994. Sur l’analyse de la philosophie de Locke, voir : Ian Harris, The Mind of John Locke, Cambridge University Press (Cambridge), 1994. -
[8]
Jean-Jacques Rousseau : « Les hommes deviennent tous égaux en droit par le contrat social », Du Contrat Social, livre iii, chapitre xvi, Marc-Michel Rey (Amsterdam), 1762. Autre mention du contrat fondateur : « Je terminerai ce chapitre et ce livre par une remarque qui doit servir de base à tout le système social ; c’est que… le pacte fondamental substitue… une égalité morale et légitime à ce que la nature avait pu mettre d’inégalité physique entre les hommes, et que, pouvant être inégaux en force ou en génie, ils deviennent tous égaux par convention et de droit », ibid., livre i, chapitre ix.
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[9]
Karl Marx, in : Critique de l’économie politique, Avant-propos, traduction française L. Rémy, Scleicher (Paris), 1899 (Publication originale, Von Franz Duncker, Berlin, 1859). Ces stades sont à nouveau décrits dans Le Capital, livre i, en particulier dans la troisième section, chapitre x, La journée de travail, Le capital affamé de surtravail. Boyard et fabricant, in Karl Marx, Œuvres, I, Économie I, op. cit.
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[10]
Karl Marx : « Inutile de nous chercher querelle avec vos conceptions bourgeoises de liberté, de culture, de droit, etc., à l’aune desquelles vous mesurez l’abolition de la propriété bourgeoise. Vos idées sont elles-mêmes les produits du système bourgeois de production et de propriété, tout comme votre droit n’est que la volonté de votre classe, érigée en loi », Manifeste du parti communiste, II. Prolétaires et communistes, traduction française F. Brière, Éditions 10/18 (Paris), 1962. On peut lire dans le même ouvrage : « Que démontre la production des idées, si ce n’est que la production intellectuelle se transforme avec la production matérielle ? ».
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[11]
La notion de processus « inconscients » collectifs, spécifiquement nationaux, a été apportée par Clemenceau, à propos de l’étrange comportement passif des Français après la victoire de 1918, dans Grandeurs et misères d’une victoire, Plon (Paris), 1929. La notion que Marianne, La Marseillaise, le 14 juillet sont des inscriptions collectives qui renferment une signification inconsciente, distincte de leur signification manifeste, a été proposée par nous en 1988 (Paul Trouillas, Le Complexe de Marianne, Éditions du Seuil, 1988).
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[12]
Jules Michelet, Histoire de la Révolution française, Paris, Chamerot, 1847, tome ii, livre iii, chapitre xi : « De la religion nouvelle. Fédérations (juillet 89-juillet 90) » et chapitre xii : « De la religion nouvelle. Fédération générale (14 juillet 1790) ; Ernest Lavisse, Philippe Sagnac, Histoire de la France contemporaine depuis la Révolution jusqu’à la paix de 1919, tome i. La révolution 1789-1792 (Ph. Sagnac), Hachette (Paris), 1920.
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[13]
Mona Ozouf, La fête révolutionnaire, 1789-1799, chapitre ii : « La fête de la Fédération : le modèle et les réalités », Gallimard (Paris), 1976.
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[14]
Il est important de noter que, à côté de ces idées nouvelles caractéristiques de la révolution de 1789, le roi « nouveau style » constitue une idée à part entière de la Fête de la Fédération. Il est donc constitutif du contrat social originel passé lors de cette fête. La fuite à Varennes peut être dès lors conçue comme une rupture fondamentale de ce contrat récent et original passé avec le peuple.
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[15]
Henri Martin (1810-1883), député puis sénateur de l’Aisne, est à l’origine du projet de loi instaurant le 14 juillet comme fête nationale : « Cette seconde journée du 14 juillet [la fête de la fédération], qui n’a coûté ni une goutte de sang ni une larme, cette journée de la Grande Fédération, nous espérons qu’aucun de vous ne refusera de se joindre à nous pour la renouveler et la perpétuer, comme le symbole de l’union fraternelle de toutes les parties de la France et de tous les citoyens français dans la liberté et l’égalité. Le 14 juillet 1790 est le plus beau jour de l’histoire de France, et peut-être de toute l’histoire. C’est en ce jour qu’a été enfin accomplie l’unité nationale, préparée par les efforts de tant de générations et de tant de grands hommes, auxquels la postérité garde un souvenir reconnaissant. Fédération, ce jour-là, a signifié unité volontaire », Discours du 29 juin 1880 au Sénat. Henri Martin rédigea aussi une Histoire de France populaire, Furne et Jouvet (Paris), 1867-1875 et eut en 1883 des funérailles nationales. Un fidèle de Gambetta déclara de son côté en 1878 : « Le peuple français s’est rendu libre dans la journée du 14 juillet 1789. Mais où la gloire de nos pères a été grande, c’est le 14 juillet 1790, au Champ de Mars. C’est alors que la Nation française a été fondée ». Ce texte est cité par un document permanent du Ministère des affaires étrangères et européennes, direction de l’information.
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[16]
Cette concorde sociale frappe Adolphe Thiers, dans son œuvre d’historien. Il note à propos des réjouissances qui suivent la fête de la Fédération de 1790 sur les Champs-Élysées : « Toutes les classes confondues y circulaient au doux éclat des lumières et se trouvaient heureuses d’être ensemble. Ainsi, au sein même de la civilisation, on semblait avoir retrouvé le temps de la fraternité primitive », Histoire de la Révolution française, tome i, chapitre Michel Desforges, « Le 14 juillet : histoire d’une fête nationale et populaire », Document officiel et V, Méline (Bruxelles), 1834. Un temple de la Concorde avait été élevé à Lyon en 1790, à l’occasion d’une fête de la Fédération, le 30 mai 1790. Thiers sera pourtant, plus tard, le grand acteur de la discorde sociale de 1871 ; le responsable – du côté de la bourgeoisie – de la lutte des classes qui eut lieu lors de la répression de la Commune.
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[17]
Jean-Jacques Rousseau : « Les hommes deviennent tous égaux en droit par le contrat social », Du Contrat Social, livre iii.
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[18]
Pour les journées du 10 et du 11 janvier 2015, le nombre total de manifestants dans l’ensemble du territoire national fut estimé à plus de 4 millions par le ministère de l’Intérieur. Plus de 1,5 million de personnes se rassemblèrent à Paris le dimanche 11 janvier. Cette manifestation de masse fut la plus importante de toute l’histoire moderne du pays.
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[19]
Claude Lévi-Strauss : « Une des originalités des petites sociétés que nous étudions tient à ce que chacune constitue une expérience toute faite », Anthropologie structurale II. Vues perspectives, Chapitre premier. Le Champ de l’anthropologie. Plon (Paris), 1973,1996.
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[20]
Dans sa Philosophie de l’Histoire, Voltaire écrivit à propos du peuple arabe dirigé par le calife Omar (584-644), qui détruisit une deuxième fois la bibliothèque d’Alexandrie en 642 : « On eut connu l’origine des superstitions dont ce peuple fut infecté, le chaos de sa philosophie… ». La Philosophie de l’Histoire, chapitre xxi, publiée sous le pseudonyme de Feu l’Abbé Bazin, Aux dépens de la Compagnie (Utrecht), 1765. La bibliothèque fut détruite par ce chef politico-religieux au nom d’une idée intolérante, malgré les supplications des lettrés arabes d’Alexandrie. À propos de l’Inde, Voltaire parla de « ce système de philosophie qui tient aux mœurs », ibid., chapitre xvii.
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[21]
Jean-Jacques Rousseau : « Les peuples les moins cultivés sont généralement les plus sages », Émile ou de l’éducation, Livre cinquième, Jean Néaulme (La Haye) et Nicolas-Bonaventure (Paris), 1762 ; édition moderne citée, Flammarion (Paris), 2009. « Chaque nation, écrit-il encore, a son caractère propre et spécifique, qui se tire par induction, non par l’observation d’un seul de ses membres, mais de plusieurs », ibid.
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[22]
Montesquieu : « Les causes morales forment plus le caractère général d’une nation et décident plus de la qualité de son esprit que les causes physiques. On en peut trouver une grande preuve dans les Juifs… dispersés dans toute la terre, venus dans tous les temps, nés dans tous les pays… » Mélanges inédits de Montesquieu, Essai sur les causes, op. cit.
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[23]
Montesquieu, sur la philosophie collective anglaise face à Charles Ier : « Ce ton étoit tel sous Charles que, de quelque manière qu’il se conduisît, l’affoiblissement de sa puissance étoit assuré. Il n’y avoit point de prudence contre un enthousiasme pareil et une ivresse universelle. Si ce roi n’avoit pas choqué ses sujets d’une manière, il les auroit choqués d’une autre. Il étoit destiné dans l’ordre des causes qu’il auroit tort », De la Politique, Mélanges inédits de Montesquieu, op. cit.
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[24]
Voir Charles Bastide. John Locke. Ses théories politiques et leur influence en Angleterre. Les libertés politiques, L’église et l’État, la Tolérance, Slatkine reprints (Genève), 1970.
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[25]
Michel Foucault, Dits et Écrits, tome ii, 1976-1988, Gallimard (Paris), 2001.
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[26]
Voir David Benichou, Farad Khorkovar, Philippe Migaux Le jihadisme : le comprendre pour mieux le combattre, Plon (Paris), 2015 ; Bernard Rougier, Qu’est-ce que le salafisme, PUF (Paris), collection Proche Orient, 2008 ; Hachem Dawoud, Hameh Bozarslan, La société irakienne. Communautés, pouvoirs et violence, Karthala (Paris), 2003.
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[27]
Cl. Lévi-Strauss, Race et Histoire, 7. Place de la civilisation occidentale, Unesco (Paris), 1952.
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[28]
Cl. Lévi-Strauss, Tristes Tropiques, Première partie, chapitre iv, La quête du pouvoir, Plon (Paris), 1955.
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[29]
« Avec la perte de leur terre existentielle, tout leur univers social, politique, écologique, philosophique et spirituel, va s’effondrer », Martina E. Chàvez, mars 2003, « Femmes, ethnicité et territorialité en Argentine », in Mapuche International Link, mars 2003, Diffusion Pénélopes. Agence internationale femmes information, <http://www.penelopes.org>. Antonio Paléari montre que dans la philosophie fondamentale de cette société incarnée dans le concept de Pachamama, les rapports au temps, à l’espace et à la transcendance incarnant la fertilité sont étroitement liés, du fait que pacha signifie, en quechua, à la fois « terre » et « temps », tandis que mama signifie mère. in : Antonio Paléari, Diccinario màgico jujeno, Talleres Gràficos del Instituto Militar, 2da edicion, 1986.
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[30]
Lévi-Strauss évoque les sociétés premières sud-américaines du Brésil oriental qui se pensaient elles-mêmes fondamentalement heureuses, au point qu’elles plaignaient l’anthropologue qui devait rentrer dans sa société occidentale. Il écrit : « … ces pauvres tribus du Brésil oriental, où l’ethnographe Curt Nimuendaju avait su se faire adopter, et dont les indigènes, chaque fois qu’il revenait parmi eux après un séjour dans les centres civilisés, sanglotaient de pitié à la pensée des souffrances qu’il devait avoir subies, loin du seul endroit – leur village – où ils jugeaient que la vie valut la peine d’être vécue », in : Race et Histoire, 7. Place de la civilisation occidentale, op. cit.
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[31]
Un traitement d’extermination fut infligé par le colonisateur britannique au peuple des Rohillas, aux Indes, qui fit environ 10 000 morts, hommes, femmes, enfants et vieillards. Il s’agissait d’un peuple musulman occupant le Rohlikand, au Nord-Est de l’Inde. Son territoire était l’objet de la convoitise de son voisin, le peuple de Oudh, dirigé par le nawab Shuja-Ud-Daula. Celui-ci négocia avec les Anglais l’extermination intégrale du peuple Rohilla en échange d’arrangements financiers. Le massacre systématique eut lieu sous la responsabilité des anglais Champion et Hastings, ce dernier gouverneur, en 1773-1774. L’homme politique Burke parvint à traîner Hastings en justice à Londres, en 1786, mais celui-ci fut finalement relaxé. John Adams, avant d’être le second président des États-Unis, fut particulièrement choqué par ce triste épisode de la colonisation britannique et protesta vivement dans un discours marquant (« Discourses on Davila » in, Works, vol VI, Russell (Boston), 1805).
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[32]
Le terme de génocide culturel a été proposé dès 1944 par Raphael Lemkin – celui-là même qui imposa le terme de génocide – et exposé par lui dans Axis Rule in Occupied Europe : Laws of Occupation, Analysis of Government, Proposals for Redress (Chapitre ix. Genocide, Carnegie Endowment for International Peace, Washington, 1944). Cependant, Lemkin n’arriva pas à faire accepter le concept de génocide culturel par la Convention sur la prévention et la punition du crime de génocide des Nations Unies, en 1948. Le terme de génocide culturel fut repris en 1994 dans l’article 7 d’un projet de la Déclaration des Nations Unies concernant les droits des minorités, mais fut retiré de la formulation finale de la Déclaration des droits des peuples autochtones adoptée le 13 septembre 2007 par l’Assemblée générale des Nations Unies. Néanmoins cette déclaration établit le droit de ces peuples à leur territoire, à l’interdiction d’expulsion de celui-ci et à la jouissance des ressources de ce territoire. Elle affirme le droit à l’autodétermination interne, à la libre détermination de leur statut politique et à la libre recherche de leur développement économique, social et culturel. Elle donna à ces minorités le droit à la protection de leur existence par les États, et de leur droit à une identité nationale ou ethnique (article 1). Elle rendit obligatoires des mesures permettant d’exprimer leur particularité et de développer leur langue, leurs traditions et leurs coutumes (article 4). La convention de l’Unesco sur la promotion de la diversité des expressions culturelles de 2005 affirma « le principe de l’égale dignité et du respect de toutes les cultures, y compris celles des personnes appartenant aux minorités et celles des peuples autochtones ». Le terme de « génocide culturel » a été utilisé plusieurs fois par le Dalaï-Lama à propos de la destruction de la culture tibétaine par la Chine, en particulier en 1993 et en 2008.
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[33]
Le marxisme fut en effet expérimenté par des plusieurs peuples à l’issue de leur indépendance. En Asie, l’expérimentation eut lieu au Vietnam, au Cambodge et au Laos. En Afrique, les pays ayant tenté une expérimentation marxiste-léniniste complète furent : l’Angola, le Congo Brazzaville, le Bénin, l’Éthiopie, le Mozambique, Madagascar ; les pays socialistes à tendance marxiste furent : l’Algérie, le Cap-Vert, la Libye, la Guinée-Bissau, Sao Tomé et Principe, les Seychelles, la Tanzanie, la Zambie.
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[34]
Lois, III, 701d (Traduction française L. Brisson et J.F. Pradeau, opus cité).
Qu’est-ce qui crée la cohésion d’une société humaine ? Quel est le secret fondateur des collectivités humaines, « naturelles » ou libres ?
Les exemples des sociétés de la Grèce antique, de la société française du xixe siècle, du régime soviétique et des régimes fascistes, tendent à conforter notre hypothèse : des philosophies peuvent animer durablement les sociétés humaines, et révèlent la nature profondément philosophique de ces sociétés.
Un problème est alors posé : toutes les sociétés sont-elles originellement philosophiques, et sont-elles exclusivement fondées sur des idées ?
L’homme collectif est-il originellement un être philosophique ?
À cette question du fondement des sociétés humaines, Montesquieu a apporté une réponse claire en faveur de l’importance fondamentale des idées : « Toutes les sociétés, écrit-il, qui ne sont qu’une union d’esprit, il se forme un caractère commun ». Et il ajoutait : « Les causes morales forment plus le caractère général d’une nation et décident plus de la qualité de son esprit que les causes physiques.
D’autres fondements que les idées ont pourtant été proposés pour les sociétés humaines. La division du travail et la complémentarité professionnelle, selon Platon. La recherche d’une vie heureuse, selon Aristote. La contrainte, selon Hobbes. Le « consentement civil », selon Locke. Le contrat social, dans les futures sociétés fondées sur l’égalité et la liberté, selon Rousseau. La base économico-sociale, selon Marx. Pour ce dernier, les idées et les philosophies d’une société ne sont que le reflet intellectuel des « rapports de production » : l’exploitation des esclaves dans le monde antique, des serfs au Moyen Âge et des travailleurs salariés modernes dans le système capitalist…
Date de mise en ligne : 31/08/2023
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