L’alcoolique qui s’est trompé d’ivresse
- Par Yves Prigent
Pages 33 à 35
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- PRIGENT, Yves,
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- Prigent, Y.
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Je voudrais bien vous parler de l’alcoolique, d’un alcoolique, d’un homme qui boit trop de boissons alcoolisées. Je voudrais bien vous en parler parce que c’est un mal-aimé ; on l’aime parfois malgré son ivrognerie, mais moi je l’aime à cause de son ivrognerie.
Je dis que l’ivrogne a raison de ne pas accepter la vie en noir et blanc, de chercher à la barioler de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel et d’autres encore qu’il invente quand il est fin saoul. Baudelaire disait qu’il faut « être ivre de vin, d’amour, de poésie ou de vertu à votre guise ». L’amour est difficile, la poésie ne se trouve pas comme ça, la vertu donne une ivresse un peu aigre que je ne vous recommande pas. Reste le vin pour les moyens modestes.
On peut bien sûr dire que l’ivresse n’est pas indispensable ; je ne suis pas de cet avis ; je plains ceux qui ne tiennent pas l’ivresse pour leur état optimum « optimisé », leur état naturel. C’est qu’ils n’ont jamais été ivres joyeusement, pleinement, souverainement, qu’ils n’ont pas connu ces grandes noces du dedans et du dehors, du moi et du monde, de l’esprit et de la chair, des uns et des autres, qu’ils n’ont jamais goûté à ces instants où rien ne pèse, où tout danse, où rien ne grimace, où tout sourit, où rien ne coûte, où tout est donné gracieusement, où « trois paysans passeront et vous paieront », comme dit la chanson de Prévert.
Les ivrognes savent cela, que cette vie chantante, dansante et colorée existe et ils la revendiquent avec leurs pauvres moyens, les verres de vin, les bocks de bière, les lampées de whisky…
Date de mise en ligne : 03/02/2026
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