Introduction
Pages 75 à 77
Citer ce chapitre
- GLOUKOVIEZOFF, Georges,
- Gloukoviezoff, Georges.
- Gloukoviezoff, G.
Citer ce chapitre
- Gloukoviezoff, G.
- Gloukoviezoff, Georges.
- GLOUKOVIEZOFF, Georges,
Notes
-
[1]
J. M. Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Paris, Bibliothèque scientifique Payot, 1988, p. 375.
1L’intensification de la financiarisation a eu pour effet de mettre les produits bancaires au cœur de la vie de tout un chacun. Dans le même temps, elle a eu des effets puissants sur les établissements qui en assurent la distribution. Après une régulation marquée par l’intervention directe et indirecte des pouvoirs publics, ce sont à présent les contraintes de la régulation marchande qui s’imposent à eux. Concurrence, compétitivité, rentabilité sont depuis les maîtres mots de l’activité bancaire.
2Ces évolutions, qui sont qualifiées, au choix, de « rationalisation », « modernisation » ou « industrialisation » (parfois des trois à la fois), ont transformé en profondeur la manière de « faire de la banque ». Pour le comprendre, il est impératif au préalable d’identifier ce qui est au cœur de l’activité bancaire : l’incertitude.
3L’étude de l’incertitude bancaire peut paraître rébarbative aussi bien pour ceux qui sont familiers de la question et craignent d’avoir affaire à ce qu’ils connaissent déjà que pour ceux qui la découvrent et en redoutent la technicité excessive. On ne saurait pourtant trop insister pour que le lecteur (qu’il appartienne au premier groupe ou au second) explore ce chapitre, pour au moins deux raisons. La première, illustrée par John Maynard Keynes, tient à l’influence dans les pratiques des acteurs des discours théoriques pourtant souvent considérés comme éloignés des enjeux de la vie quotidienne. Ainsi :
[…] les idées, justes ou fausses, des philosophes de l’économie et de la politique ont plus d’importance qu’on ne le pense en général. À vrai dire, le monde est presque exclusivement mené par elles. Les hommes d’action qui se croient parfaitement affranchis des influences doctrinales sont d’ordinaire les esclaves de quelque économiste passé. Les visionnaires influents, qui entendent des voix dans le ciel, distillent des utopies nées quelques années plus tôt dans le cerveau de quelque écrivailleur de Faculté [1].
5Se réapproprier les travaux sur l’incertitude bancaire est ainsi une nécessité absolue pour comprendre la structuration de la prestation proposée par les établissements bancaires. C’est seulement à ce prix qu’il est ensuite possible d’en démasquer les éléments rhétoriques récurrents qui viennent en légitimer la forme. Cette volonté de mettre au jour ce qui est d’ordinaire laissé dans l’ombre de ces travaux correspond à la deuxième raison d’explorer ce chapitre. En effet, il ne s’agit pas dans les pages qui suivent de proposer un énième panorama des travaux sur l’incertitude. L’objectif est au contraire d’en identifier les carences par leur mise en perspective au regard de l’objet d’étude qu’est le processus d’exclusion bancaire.
6Cette approche met en lumière que ces théories proposent une conceptualisation biaisée de la relation bancaire en ne se plaçant que du point de vue du banquier, et ce faisant qu’elles passent en grande partie à côté de ce qu’est le produit de la prestation bancaire. Par leurs limites, elles rendent en partie aveugle aux mécanismes qui provoquent les difficultés bancaires. Les propositions de réponse généralement formulées voient alors leur pertinence d’autant plus réduite.
7En confrontant ces résultats obtenus aux évolutions observées de l’activité bancaire, l’influence de ces théories sur les décisions des établissements bancaires devient évidente. À partir des améliorations apportées à la grille de lecture de l’activité bancaire, les avantages et limites des outils statistiques (comme les grilles de scoring) et de l’expertise des banquiers pour réduire l’incertitude sont réévalués. De même, les poids respectifs de l’intérêt du client (satisfaction de ses besoins financiarisés) et de celui de la banque (rentabilité de son activité) dans le choix entre outils statistiques et expertise sont pris en compte de manière plus complète, ce qui donne sens à la structuration de la prestation bancaire telle qu’elle est proposée aux différentes catégories de clientèle.
8Ce passage par l’analyse de l’incertitude doit donc aboutir à une compréhension détaillée de ce qui est à l’origine des difficultés bancaires d’accès et d’usage, difficultés alimentant le processus d’exclusion bancaire.
Date de mise en ligne : 17/09/2015