Chapitre 2 - Le jeu de la différence problématologique
- Par Olivier Abel
- et Michel Meyer
Pages 43 à 63
Citer ce chapitre
- ABEL, Olivier
- et MEYER, Michel,
- ABEL, Olivier,
- Abel, Olivier.
- et al.
- Abel, O.
- et Meyer, M.
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Notes
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[1]
On perçoit combien cette manière de briser le fil du récit ou du discours (qui permettrait d’en venir au fait) peut être odieuse : Socrate particulièrement fut détesté pour cette pratique de la question, que lui reproche Protagoras.
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[2]
LLA, p. 125 ; c’est ce qu’il appelle la différence problématologique, qui distingue entre l’aspect apocritique et l’aspect problématologique des propositions.
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[3]
Cette remarque fait allusion aux observations plus politiques du Préambule, mais ne préjuge en rien de l’importance des recherches sur la logique informatique du questionnement. Car il est parfois non seulement heuristiquement utile mais bon pour la créativité même de nos cultures que ce qui était art humain devienne reproductible par la technique. De même que l’on peut penser des machines à produire des effets stylistiques, des structurations singularisées (G.-G. Granger, Essai d’une philosophie du style, Paris, A. Colin, 1969, p. 9), de même on peut penser des applications informatiques de la logique des questions-réponses, des machines pouvant certainement simuler, c’est-à-dire modéliser et clarifier, l’exercice de la problématisation. Elles ne font ainsi peut-être que « délivrer » les humains pour exercer plus loin leur questionnement et leur style, et pour l’exercer d’autant plus loin que leur mémoire plonge ses racines dans l’immémorial des cultures et des êtres vivants.
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[4]
Meyer consacre une belle étude à la comparaison de Wittgenstein et de Valéry sur ce point, dans HO.
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[5]
Schlick, dans « Questions insolubles ? », prend l’exemple de la question : « Quelle est la nature du temps », qui pour lui ne demande pas réellement quelque chose, dont on ne peut pas vérifier le sens (Gesammelte Aufsätze, Hildesheim, G. Olms, 1969, p. 269 sq.). G. Stahl, en laissant délibérément et légitimement de côté la diversité des façons de voir une question (en gros en laissant de côté la pragmatique du questionnement dans le contexte d’interlocution) pour l’identifier logiquement, disons syntaxiquement et sémantiquement, avec la classe de ses réponses (une question est une classe d’expressions, la classe de ses réponses possibles), pourrait aussi être lu comme favorable à l’idée que tant que l’on n’a pas parfaitement défini en extension la classe des réponses, on n’a pas encore complètement posé la question (Gerold Stahl, Les questions et leur logique, Université Paris-Nord - IREM, coll. « Philosophie et mathématique », Séminaire de l’Ecole normale supérieure, Villetaneuse, séance du 10 novembre 1982).
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[6]
Cicéron, dans De l’invention, définit l’inventio, première partie de la rhétorique, comme l’art de dire ce qui fait question, ce qui en grec correspond à l’heuristique.
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[7]
En ce sens la « vérité » herméneutique selon Gadamer est davantage à rapprocher d’une enquête sur l’ouverture préalable à la question implicite, alors que le « vrai » mis en jeu par la problématologie selon Meyer est plutôt à rapprocher de ce que la dualisation ou la différence problématologique fait voir.
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[8]
« Effet problématologique » au sens ou l’on dit « effet Doppler » (la variation apparente de la fréquence d’une onde sonore ou lumineuse sous l’action du déplacement relatif de la source et de l’observateur) : avant le passage de la réponse (au moment ou elle s’approche) et après (au moment ou elle s’éloigne), elle n’a pas le même « son » !
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[9]
LLA, p. 125.
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[10]
« Déconstruction et herméneutique », PhH, p. 158.
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[11]
L’autonomisation des réponses tient donc au fait que « la solution d’une certaine question n’y renvoie plus et s’autonomise par rapport à elle » (LLA, p. 126). On l’a vu, une réponse présuppose la question qu’elle résout mais ne peut pas l’indiquer ; cette réponse peut donc seulement « contribuer à résoudre une autre question, en en exprimant une dont elle n’a pas la solution » (ibid.).
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[12]
Daniel Bougnoux, La communication contre l’information, Paris, Hachette, 1995, p. 132. Il termine sur l’image du guetteur, « gardien de l’ouverture par où le vent de l’éventuel se faufile et surprend les hommes endormis ».
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[13]
Ce point est important chez Ducrot.
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[14]
LLA, p. 137.
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[15]
« Si tout était problématique, on ne saurait même pas ce que l’on demande » (Meyer, Rh, p. 49). C’est pourquoi la différence problématologique entre ce qui est hors question et ce qui est en question est si importante.
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[16]
Platon, dans le Théétète, parle d’un dialogue de l’âme avec elle-même.
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[17]
C’est ce qui fait l’importance du dialogue comme travail à plusieurs, qui suppose une écoute, savoir se faire place, pour porter réciproquement nos réponses et nos questions à leur plus haute valeur. Cet exercice à plusieurs qui augmente les capacités partagées d’un milieu, d’une communauté donnée, explique ce qui paraît parfois comme une exception, la densité philosophique de l’Athènes classique, du séminaire de Tübingen dans la jeunesse des romantiques allemands, etc. C’est sur le fond de ce travail commun que chacun peut se distinguer plus encore.
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[18]
Cette fécondité problématologique de la réponse, là encore, n’implique pas seulement la richesse sémantique des grands textes littéraires, mais aussi la vertu heuristique des grandes théories scientifiques (voir la n. 1, p. 36, à propos de Putnam).
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[19]
Peut-être est-ce la signification méthodologique des grandes apories de l’histoire de la philosophie et la raison de leur fécondité.
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[20]
Un peu comme dans les Sphères de justice de Michaël Walzer, où l’absence de métajustice, de tiers idéal ou de préface axiologique, oblige les différentes sphères pratiques à composer. On pourrait toutefois placer stylistiquement les formes de vérifiabilité, de compréhensibilité, et généralement de déceptivité, sur une échelle allant depuis les expérimentations parfaitement répétables et traductibles, jusqu’aux expériences les plus singulières et intransmissibles.
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[21]
Watzlawick cite ainsi K. Popper, avant de s’attaquer de manière assez réductrice mais néanmoins amusante à la psychanalyse : « Si quelqu’un affirme par exemple que la recherche des causes dans le passé et la prise de conscience qui en résulte conduisent à un changement positif chez un être humain, et qu’un tel changement se produit effectivement, cela prouve le bien-fondé de l’affirmation que la prise de conscience génère le changement. Si par contre aucun changement ne se produit, cela prouve tout simplement que la recherche des causes dans le passé n’a pas encore été poussée assez loin et assez profondément dans l’inconscient. Ainsi l’hypothèse se trouve confirmée et par la voie du succès et par la voie de l’échec » (P. Watzlawick, « De la parole à la communication », Quand interpréter c’est changer, Genève, Labor & Fides, 1995, p. 146). Cela évoque ce général prussien attaché à l’état-major de Koutouzof dans Guerre et Paix de Tolstoï, et qui estimait que les échecs étaient dus au fait que l’on n’avait pas appliqué complètement les plans de la théorie stratégique ! On croirait lire d’avance certains théoriciens marxistes de naguère ou économistes néo-libéraux d’aujourd’hui.
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[22]
Gadamer, PhH, p. 117.
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[23]
Ricœur, TA, p. 305 et 316. La puissance explicative, c’est la capacité à expliquer plus de choses, à tout expliquer, mais c’est aussi celle d’exercer sur l’autre un pouvoir tel qu’on le laisse sans contre-pouvoir sur soi. Ricœur observe dans cette page que la « satisfaction » obtenue dans l’ordre de la croyance à être dans la scientificité « affaiblit la vigilance dans l’ordre de la vérification et de la falsification ».
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[24]
E. Husserl, Expérience et jugement, Paris, PUF, 1970, p. 103.
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[25]
Gadamer, VM, p. 184.
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[26]
Gadamer, VM, p. 86.
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[27]
Cette assimilation du fait à la réponse et de l’interprétation au questionnement doit faire place à l’hypothèse inverse, un peu comme dans l’océan d’argument dont Platon parle dans Le Parménide, et cette inversion de la navigation montre combien on a affaire ici à des postures rhétoriques, à des postures langagières, et non à des catégories substantielles : tout fait peut aussi être considéré comme une question, et son ou ses interprétations comme des réponses à la question.
Recommençons avec une deuxième série d’exemples. On pourrait évoquer la première scène où Hamlet apparaît, et où tout ce qui répond et donne un son plein pour les autres, semble pour lui sonner creux, vide, et faire question. Dès les premières pages de sa tragédie, Shakespeare installe ce décalage irrémédiable entre son personnage et le monde qui l’entoure. Il vaut mieux cependant partir d’un exemple plus élémentaire. Dans une page de Tintin (L’affaire Tournesol), des gendarmes appelés dans le parc de Moulinsart après la découverte d’une victime demandent : « Où se trouve la victime ? C’est moi, Monsieur le Gendarme... Vous êtes blessé ? Moi ? Non », répond Séraphin Lampion. Le gendarme se tourne alors vers le capitaine Haddock : « Vous aviez pourtant déclaré qu’il y avait un blessé ? En effet, mais il a disparu. Mais alors pourquoi prétendez-vous que vous êtes la victime ? », demande alors le gendarme à Séraphin Lampion : « Parce que j’ai été victime d’un attentat, etc. » On s’aperçoit que chaque énoncé répond à une question mais permet d’en poser une autre, possibilité que le gendarme semble exploiter au maximum, sous l’œil perspicace de son adjoint. A chaque réponse on espère commencer à progresser vers les conclusions à tirer de la situation, alors que la question suivante nous fait régresser vers des choses que l’on savait déjà, des « réponses antérieures ». Remarquons que les questions deviennent alors une forme d’obstruction : l’enquête policière remonte jusqu’à la définition d…
Date de mise en ligne : 30/07/2024
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