Préambule - Notre problème
- Par Olivier Abel
- et Michel Meyer
Pages 1 à 23
Citer ce chapitre
- ABEL, Olivier
- et MEYER, Michel,
- ABEL, Olivier,
- Abel, Olivier.
- et al.
- Abel, O.
- et Meyer, M.
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Notes
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[1]
C’est là une question si radicale que Gadamer, parlant du monde habitable, estime que l’on peut demander à la philosophie de ne pas se la garder (PhH, p. 222 et 226). Voir la note préliminaire de Michel Meyer, in Rh). On verra (notamment au chap. 11) que c’est une question centrale de la problématologie de Michel Meyer.
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[2]
P.-F. Moreau, Hobbes, philosophie, science, religion, Paris, PUF, 1989, p. 63.
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[3]
Voir plus loin, début du chap. 10.
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[4]
Interpretatio (interprétation, explication ; traduction, action de démêler, de décider) de praesto-are (se distinguer, se tenir en avant, exceller, l’emporter sur, d’où pretor : celui qui marche en tête). Interrogatio (question, interrogation, interpellation, interrogatoire, raisonnement par questions et arguments, stipulation) de rogo-are (interroger, demander un avis, consulter, mais aussi prier et supplier, inviter). Dans les deux termes nous avons le préfixe inter, entre, parmi, qui signifie le partage, à la fois la répartition, la séparation, l’opposition et la commune participation, la ressemblance. Quaestio, question, recherche, problème, vient de quaero, chercher à savoir, chercher à obtenir (on n’est pas loin de l’espagnol vouloir, chérir, mais également du latin queror, se plaindre). Responsum, réponse, oracle, décision, de responso, répondre et ronchonner, répercuter, et de respondeo, ere, répondre, comparaître, faire écho à, être situé en face de, donner en retour.
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[5]
Je voudrais procéder à partir de ce que j’estime être le « noyau dur » de la problématologie, qui porte sur la rhétorique du questionnement dans le langage et l’argumentation, et trouve son extension majeure avec le champ pragmatique des passions de la communication et le champ littéraire. On verra que je suis plus incertain avec une expansion de la problématologie qui avale l’ontologie (si tant est que celle-ci se puisse avaler !), et qui ferait de la thématisation du questionnement la clé unique pour tous les problèmes. J’ai d’ailleurs la même réticence avec l’ontologie herméneutique de Heidegger, qui peut avaler tous les questionnements (on se demande parfois où elle les met). La pluralité des ordres de discours me semble irréductible.
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[6]
Ph, p. 54.
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[7]
Note préliminaire Rh, p. 5, et p. 97. Bourdieu encore, dans La distinction (Paris, Éd. de Minuit, 1979), montre combien les sujets sociaux se distinguent par les distinctions qu’ils opèrent. Cela rejoint l’idée de Meyer que la rhétorique est la négociation de la distance entre des hommes à propos d’une question, qui les rassemble ou qui les oppose (ibid., p. 22).
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[8]
Ph, p. 137. De manière également très arendtienne, Meyer expose une autre et nécessaire différence : l’extériorité de celui qui énonce l’identité commune, en d’autres termes l’illégitimité de celui qui énonce la légitimité (Ph, p. 131), avec le risque de détourner le rejet de la différence fondatrice sur une victime expiatoire, et c’est ainsi que religion et politique vont « se rendre indispensable l’une à l’autre » (Ph, p. 134). Cf. n. 2, p. 182.
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[9]
Ph, p. 147.
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[10]
C’est d’ailleurs la forme même de la complicité totalitaire, que ceux qui savent ne parlent pas, et que ceux qui ne savent pas ne posent pas de question.
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[11]
Parlant du « besoin de certitude » qui caractérise celui qui au sens propre est « intéressé » par le fait d’être au monde, Nietzsche écrit : « Mais se trouver planté au milieu de cette rerum concordia discors, de cette merveilleuse incertitude, de cette multiplicité de la vie, et ne pas interroger (en italiques dans le texte n.d.a.), ne pas frémir du désir et de la volupté de s’enquérir, ne pas même haïr celui qui le fait, voilà ce que je trouve méprisable » (Le gai savoir, § 2).
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[12]
TA, p. 110.
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[13]
Nous verrons plus loin qu’interroger à son tour est toujours interpréter une réponse antérieure, un déjà-là.
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[14]
TA, p. 48.
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[15]
HE, p. 155.
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[16]
La justice dans le Code d’Hammourabi est à la fois l’équivalence, la mesure, l’égalité, l’ordre, et la protection du faible et de la victime, de la veuve et de l’orphelin. Et le canon biblique comporte à la fois l’ordre électif du contrat, de l’alliance politique, et l’ordre patriarcal de la tribu, de la descendance, de la protection inconditionnelle.
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[17]
Comme K.O. Apel l’a montré, il y a une éthique du discours argumentatif des sciences.
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[18]
Au sens de l’éthique d’Aristote.
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[19]
Ricœur rapproche sur ce point la logique de la question et de la réponse selon Gadamer et la philosophie du style selon Granger : « Ce qui fait la singularité d’une œuvre, c’est la solution unique apportée à une conjoncture, elle-même saisie comme un problème singulier à résoudre » (TR3, p. 251). Mais en ce sens chaque œuvre, chaque action, chaque parole sont une manière de dévoiler le « qui », car ce dernier ne se connaît pas autrement. Stanley Cavell parlant du film documentaire énonce un axiome valable bien au-delà sur « la seule chose qui compte : permettre au sujet de se révéler » (La projection du monde, Paris, Belin, 1999, p. 173).
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[20]
TR3, p. 355.
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[21]
Ph, p. 14 et 47 sur Heidegger.
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[22]
En commentant le théologien K. Barth du point de vue du « problématoologue » (Ph, p. 51).
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[23]
Ph, p. 13-14.
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[24]
PhH, p. 20 ; HE, p. 153. K.O. Apel aussi cherche un transcendantal susceptible de fonder la communication non sur la conscience mais sur le consentement intersubjectif. Un consensus non présupposé mais produit.
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[25]
Cette ouverture peut elle-même être caractérisée tant dans les termes de la problématologie (comme le propose J.-P. Cometti, dans AQ, p. 114) que dans ceux de l’herméneutique (Gadamer, dans VM).
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[26]
G.-G. Granger, « Logique, langage et communication », Hommage à G. Bachelard, Paris, PUF, 1957, p. 55 sq.
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[27]
G. Bachelard, L’engagement rationaliste, Paris, PUF, 1972, p. 190.
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[28]
J. Cavaillès, Sur la logique et la théorie de la connaissance, Paris, Vrin, 1976, p. 78.
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[29]
Dans un livre pour l’essentiel consacré à la dimension langagière de notre condition, il semble toutefois important de placer à la clé qu’il n’y a pas que le langage et le dire qui soit l’élément de notre condition, mais aussi l’action, le travail et ses instruments, comme probablement l’imagination et ses figures. Ne pas replacer la condition langagière dans cette anthropologie plus générale, et peut-être d’autant plus problématique, serait une erreur dans la manière même de poser le problème. Ce sera un souci constant des pages qui suivent, que de montrer les limites du langage, et de détacher l’interprétation de l’orbe prestigieuse du langage pour la faire voir ailleurs. L’éthique d’interrogativité qui anime notre condition langagière n’est à cet égard qu’une contribution limitée à l’éthique.
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[30]
Gadamer, PhH, p. 43.
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[31]
Meyer, « La rhétorique et la philosophie du droit », in L’homme et la rhétorique. L’École de Bruxelles, A. Lempereur, M. Meyer, E. Dupréel, C. Perelman, Paris, Méridiens-Klincksieck, 1990, p. 165. Lire également PB poche, p. 29 et 38.
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[32]
TA, p. 303.
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[33]
C. Perelman, Justice et raison, Bruxelles, Éd. de l’Université, 1972, p. 195.
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[34]
Lectures 1, Paris, Le Seuil, 1991, p. 138.
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[35]
Lectures 1, Paris, Le Seuil, 1991, p. 161.
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[36]
PhH, p. 50-52.
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[37]
Ph, p. 37 et 48-50.
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[38]
L’effondrement de ce que le marxisme, mais aussi l’ethnographie et d’autres sciences humaines avaient apporté autour des notions de praxis, de dispositions ou d’habitus, etc., a laissé libre cours aux vieilles ornières entre le positivisme le plus plat, le plus réducteur, et l’irrationalisme le plus arbitraire (ou le plus performant).
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[39]
HE, p. 3.
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[40]
Meyer n’a pas seulement en vue le positivisme et le nihilisme, mais l’ensemble de ce qu’il appelle le propositionnalisme, c’est-à-dire toute la tradition philosophique dans la mesure où elle prend les réponses pour des propositions en refoulant le questionnement, ou plutôt en refoulant la différence entre le questionner et le répondre (PB poche, p. 12-14).
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[41]
Jacques Bouveresse, La demande philosophique. Que veut la philosophie et que peut-on vouloir d’elle ?, Paris, L’éclat, 1996, p. 17-22.
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[42]
« Ce que l’on ne peut dire, il faut le taire » (L. Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus, proposition 7).
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[43]
J. Hintikka, The semantics of questions and the question of semantics, Amsterdam, North-Holland, 1976.
-
[44]
C. Perelman et L. Olbrechts-Tyteca, Traité de l’argumentation, la nouvelle rhétorique, Bruxelles, Éd. de l’Institut de sociologie de l’Université libre, 1970, § 35.
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[45]
« La langue se forme à nouveau dans chaque dialogue » (PhH, p. 231).
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[46]
« C’est ainsi que je me suis expressément réclamé de la rhétorique dans Vérité et méthode, position qui a trouvé confirmation de plusieurs côtés, notamment dans les travaux de Chaïm Perelman qui part de la pratique juridique » (PhH, p. 49).
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[47]
TA, p. 47.
-
[48]
PB poche, p. 277.
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[49]
On laissera de côté le champ de l’histoire, délaissée par Meyer, et celui de l’épistémologie des sciences physiques, délaissée par Gadamer ou Ricœur. Ces « angles morts » devraient être examinés spécifiquement pour chacun des auteurs abordés.
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[50]
Merleau-Ponty, à une question sur L’érotisme de Bataille répondait : « La vie humaine ne se joue pas sur un seul registre : de l’un à l’autre, il y a des échos, des échanges, mais tel affronte l’histoire qui n’a jamais affronté les passions, tel est libre avec les mœurs qui pense de manière ordinaire, et tel vit apparemment comme tout le monde dont les pensées déracinent toutes choses » (Signes, Paris, Gallimard, 1980, p. 387).
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[51]
Je vois particulièrement l’injustice avec laquelle je traite Ricœur, si précis dans ses distinctions conceptuelles, et qui confronte si souvent la tradition analytique et la tradition continentale.
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[52]
Il faudrait examiner tous les « arrêts » des dialogues platoniciens : questions qui brisent les grands discours ou qui « retournent » le débat, digressions et mélange des genres, discrétions et discontinuités de toutes sortes, politesses finales, etc.
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[53]
Le Banquet de Platon (et son fameux éloge du vin dans les Lois), et la « campagne des banquets » qui ébranla la monarchie de Juillet en sont des variantes.
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[54]
Parlant du simplisme de la guerre froide, en 1949, Ricœur écrivait dans Histoire et vérité (Paris, Le Seuil, 1964) : « Compliquons, compliquons tout ; brouillons leurs cartes ; le manichéisme en histoire est bête et méchant. »
Nous avons un problème commun, de savoir comment faire place à autant d’humains si semblables et si différents. Ou plutôt : de savoir comment faire place à autant d’êtres qui ne peuvent interpréter le fait d’exister sans se comparer les uns aux autres, sans se distinguer les uns des autres, et qui doivent néanmoins cohabiter. Ou plutôt encore : de savoir comment ces humains peuvent d’autant plus se distinguer qu’ils prennent la place successivement les uns des autres, qu’ils reprennent les mêmes traces et doivent les réinterpréter.
On peut poser la question à la manière de Hobbes, à partir de la condition langagière. N’est-ce pas en effet parce que les humains parlent et se parlent qu’ils passent le plus clair de leur temps à comparer et à se comparer, cherchant à voir le semblable dans le différent, et tout ensemble le différent dans le semblable ? N’est-ce pas pour cela que les humains sont des êtres métaphorisants ? N’avons-nous pas ici le ressort de tout questionnement, de toute rhétorique ? N’avons-nous pas ici le ressort commun de la raison et de la passion ? « C’est parce qu’il parle que l’homme se bat. C’est aussi pour cela qu’il cesse de se battre. »
Cette condition langagière qui leur est faite les tient ainsi entre certaines limites, hors desquelles ils ne peuvent comparaître. N’est-elle pas cet « ange à l’épée flamboyante » qui les sépare à jamais du paradis des universaux ou des singuliers, des identités invariantes et des différences incomparables ?
On peut la poser à la manière d’Arendt, parce qu’au simple fait d’être né, les humains doivent répondre et répliquer par l’initiative, l’action, la capacité à rompre et à commencer eux-mêmes quelque chose de neuf…
Date de mise en ligne : 30/07/2024
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