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Chapitre 5 - Styles du questionnement

Pages 109 à 125

Citer ce chapitre


  • Abel, O.
  • et Meyer, M.
(2000). Chapitre 5 - Styles du questionnement. L'éthique interrogative : Herméneutique et problématologie de notre condition langagière (p. 109-125). Presses Universitaires de France. https://shs.cairn.info/l-ethique-interrogative--9782130776901-page-109?lang=fr.

  • Abel, Olivier.
  • et al.
« Chapitre 5 - Styles du questionnement ». L'éthique interrogative Herméneutique et problématologie de notre condition langagière, Presses Universitaires de France, 2000. p.109-125. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/l-ethique-interrogative--9782130776901-page-109?lang=fr.

  • ABEL, Olivier
  • et MEYER, Michel,
2000. Chapitre 5 - Styles du questionnement. In :
  • ABEL, Olivier,
L'éthique interrogative Herméneutique et problématologie de notre condition langagière. Paris cedex 14 : Presses Universitaires de France. L'Interrogation philosophique, p.109-125. URL : https://shs.cairn.info/l-ethique-interrogative--9782130776901-page-109?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Gilles-Gaston Granger, Pour la connaissance philosophique, Paris, O. Jacob, 1988, p. 201-219. Le chapitre suivant expose trois exemples d’argumentation philosophique où l’on vérifie ce double caractère d’analycité topique et de connexité des chemins, mais sous des styles philosophiques différents (Kant, Russell, Wittgenstein), qui sont autant de manières de se rapporter à la totalité de l’expérience (p. 217).
  • [2]
    Les paradoxes purs, du genre de la devise shadok « la vérité c’est qu’il n’y a pas de vérité (y compris celle-ci) », sont à cet égard des jeux de mots qui tournent court beaucoup plus vite, quant à l’interrogation qu’ils soulèvent. Je préfère alors l’humour de cette autre devise shadok : « Il vaut mieux pomper même s’il ne se passe rien que de risquer qu’il se passe quelque chose de pire en ne pompant pas » (ou « quand il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y a pas de problème »).
  • [3]
    Voir O. Abel, « La suspension du jugement comme impératif catégorique », dans P.-F. Moreau et O. Abel, Pierre Bayle, la foi dans le doute, Genève, Labor et Fides, 1995, p. 107 sq.
  • [4]
    Des auteurs aussi différents que M. Fumaroli ou J.-F. Bordron ont cherché à pointer cela. Ce dernier, dans son Descartes, Recherches sur les contraintes sémiotiques de la pensée discursive (Paris, PUF, 1987), montre les programmes narratifs à l’œuvre dans les méditations, les antisujets (la possibilité de la folie, du rêve ou de la tromperie par un Malin Génie).
  • [5]
    Dans Objecter et répondre, Paris, PUF, 1996, p. 41-64.
  • [6]
    SMK, p. 67 sq.
  • [7]
    PB poche, p. 16. Meyer estime que si la problématisation du pensable est vécue négativement, cela donne lieu « à une surcompensation scientifique » et technique. « Le dilemme devant lequel on se trouve placé est alors le suivant. Ou bien on récuse la science et l’on ouvre la voie à l’irrationnel sous ses formes multiples (...) Ou bien on accepte le fait de la scientifisation généralisée et sa nécessité technique, opératoire, dont elle s’accompagne désormais, et on se ferme à toute rationalité raisonnable » (PB poche, p. 154).
  • [8]
    PB poche, p. 152-153 et 158-159-162, où Meyer fait surgir l’herméneutique, en même temps que la sémiotique, que la psychanalyse ou que la pragmatique, de ce décalage rhétorique du sujet à soi-même, où il n’est d’identité que figurée : « Mais ne serions-nous pas davantage une problématicité qu’aucune réponse, de quelque ordre qu’elle soit ne pourra réduire ? » (p. 159).
  • [9]
    PB poche, p. 155. A cet égard, il faudrait revenir de Descartes à Calvin pour saisir ce qui s’y passe, et pour trouver un sujet « non apodictique », une assertion qui ne se fonde pas sur elle-même mais soit la réponse à une question ou un appel qui toujours-déjà la précède, une « responsabilité » qui ne soit pas devant soi et autarcique mais devant un autre que soi-même, extérieur à son monde ou à son langage. Relire Descartes à travers Calvin permettrait d’y chercher moins une affirmation première ou un doute premier qu’une différence fondatrice entre le répondre et l’interroger. Et de mieux comprendre à partir de là le profond isomorphisme entre les deux pensées quant au reste : recommencement radical après une rupture où tout a été ébranlé, disproportion entre le fini et l’infini, transcendance et extériorité divine, ordre admirable des lois de la nature mais élimination du finalisme et désenchantement du monde, singularité des décrets divins et voile d’ignorance, sobre abstention face à la superstition comme à la convoitise, critique de la coutume et des lois religieuses ou juridiques mises en position de règles d’interprétation provisoire, théorie du signe qui n’est ni présence réelle ni pur arbitraire, position pragmatique du sujet, etc.
  • [10]
    Cette liberté qui est nôtre de ne pas juger, de « nous abstenir de recevoir en notre croyance les choses que nous ne connaissons pas bien, et ainsi nous empêcher d’être jamais trompés » (Les principes de la philosophie, 1-6).
  • [11]
    Admettons que ce soit involontaire : on pourrait se demander si ce ne sont pas les philosophes qui veulent répondre qui posent le plus de questions, et inversement.
  • [12]
    E. Husserl, Méditations cartésiennes, Paris, Vrin, 1969, p. 2.
  • [13]
    Pour Gadamer aussi le problème des lettres et des sciences humaines tient à la domination croissante des sciences de la nature (PhH, p. 63-64), mais c’est là encore une différence que Descartes et Rousseau avaient diversement pointée (voir n. 5, p. 87).
  • [14]
    PE, p. 37.
  • [15]
    PB poche, p. 331sq. ; Ph, p. 57 sq. sur le réel interrogé.
  • [16]
    Paul Ricœur, « Husserl et le sens de l’histoire », in A l’école de la phénoménologie, Paris, Vrin, 1986, p. 33.
  • [17]
    C’est un peu la même démarche que l’on retrouve chez Charles Taylor, dans Le malaise de la modernité, Paris, Cerf, 1994.
  • [18]
    Ricœur, A l’école de la phénoménologie, p. 32.
  • [19]
    Ibid., p. 48.
  • [20]
    Elle ne croit pas qu’il y ait de question qui puisse porter sur l’existence seule.
  • [21]
    Ph, p. 52.
  • [22]
    Mais plus tellement, remarquons-le, celle de ses successeurs.
  • [23]
    Parlant de l’herméneutique, Gadamer écrit : « La question de savoir si elle suit le schème d’une théorie transcendantale (K.O. Apel) ou plutôt celui d’une dialectique historique (J. Habermas) reste controversée » (PhH, p. 109).
  • [24]
    Même l’histoire est pensée sur ce mode, comme chez Toynbee.
  • [25]
    PB poche, p. 40 sq., 52 sq., 67 sq.
  • [26]
    L. Wittgenstein, De la certitude, Paris, Gallimard, « Idées », 1976, § 12 : « En effet, “ je sais ” semble décrire un état de faits qui garantit comme fait ce qui est su. On est toujours oublieux de l’expression :je croyais que je savais » ; § 177 : « Ce que je sais, je le crois » ; § 132 : « Des hommes ont jugé qu’un roi peut faire pleuvoir ; nous disons que c’est là contredire toute expérience. Aujourd’hui on juge que l’aéroplane, la radio, etc., sont des moyens de rapprochement des peuples ». J. Hintikka compare également croyance et connaissance (Knowledge and Belief, an introduction to the logic of the two notions, Ithaca, Cornell Univ. Press, 1962, p. 62 sq.).
  • [27]
    Ibid., § 115 : « Qui voudrait douter de tout n’irait pas même jusqu’au doute. Le jeu du doute lui-même présuppose la certitude » ; § 160 : « L’enfant apprend en croyant l’adulte. Le doute vient après la croyance. »
  • [28]
    M. Heidegger, « Qu’est-ce que la philosophie », Questions II, Paris, Gallimard, « Tel », 1968, p. 334 sq.
  • [29]
    PhH, p. 155.
  • [30]
    Cette pluralisation des ordres de discours est le cœur du livre de Jean-François Lyotard sur Le différend, Paris, Éd. de Minuit, 1983.
  • [31]
    M. Meyer, in SMK. Meyer observe là encore que la déduction transcendantale, qui présente un profil différent dans les deux éditions de la Critique de la raison pure, est un questionnement « qui se situe en dehors de toute théorie du questionnement » et où « l’on présuppose à titre de réponse ce qui fait question » (p. 238-239). Ce qui frappe à juste titre Meyer, c’est encore une fois cette séparation étanche et ruineuse entre des questions définitivement résolues (l’analytique que Kant substitue à l’ontologie) et les questions absolument insolubles (la dialectique).
  • [32]
    Gadamer rapproche la dialectique hégélienne et la logique de la question et de la réponse développée par Collingwood (PhH, p. 109-110).
  • [33]
    LL, p. 77.
  • [34]
    Dans une variante qui évoque celle que Bayle imprime au questionnement cartésien, Kierkegaard propose une sorte de sur-dialectique, destinée à disjoindre les synthèses hégéliennes dans des questions plus vastes que les réponses successivement apportées.
  • [35]
    Ce double risque est pointé par Gadamer, PhH, p. 39-40.

Comme Gilles-Gaston Granger l’a remarqué, il est impossible en philosophie de dissocier l’ « appareil rhétorique » et l’ « appareil analytique ». L’ « appareil rhétorique », ce sont les mises en scènes dialogales, les arrangements ou les figures qui font voir les ressemblances et les dissemblances, les déplacements de code ; et tout cela vise un « effet » de réceptivité philosophique. L’ « appareil analytique » se caractérise selon lui par la dissociation conceptuelle des domaines de signification explorés, leur topique, et par la connexité des chemins et des enchaînements conceptuels, où chaque point de vue tient à tous les autres.
On pourrait dire qu’il en est de même pour l’interrogation, indissociablement rhétorique et analytique. Les figures du questionnement philosophique sont en effet diverses. Les unes sont marquées par la recherche d’un absolu, d’une sorte de certitude originaire, d’une affirmation première, mais aussi d’une question première. D’autres sont des figures de l’étonnement, de la surprise encore incrédule, doutant si elle rêve ou si elle touche bien quelque chose. Mais l’interrogation peut très bien s’en tenir au doute comme à une sorte d’abstention, de suspension, d’indifférence à juger. Certaines figures, plus critiques, représentent un exercice de séparation, de distinction des questions, qui placent la pensée dans l’obligation d’avoir à répondre distinctement mais simultanément à deux questions hétérogènes, voire contradictoires. D’autres encore sont des figures d’un mouvement dialectique qui prend toujours acte du reste que laisse la réponse à une question, et sur lequel rebondit une nouvelle interrogation…


Date de mise en ligne : 30/07/2024

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