L’enchantement du Brol
Glaneurs de mémoires et de rêves sur le vieux marché aux puces de Bruxelles
- Par Virginie Milliot
Pages 357 à 372
Citer ce chapitre
- MILLIOT, Virginie,
- BRAHY, Rachel,
- THIBAUD, Jean-Paul,
- TIXIER, Nicolas,
- ZACCAÏ-REYNERS, Nathalie,
- avec WINKIN, Yves,
- Milliot, Virginie.
- Milliot, V.
- R. Brahy,
- J. Thibaud,
- N. Tixier,
- N. Zaccaï-Reyners,
- avec Y. Winkin
https://doi.org/10.3917/herm.brahy.2023.01.0357
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- Milliot, V.
- R. Brahy,
- J. Thibaud,
- N. Tixier,
- N. Zaccaï-Reyners,
- avec Y. Winkin
- Milliot, Virginie.
- MILLIOT, Virginie,
- BRAHY, Rachel,
- THIBAUD, Jean-Paul,
- TIXIER, Nicolas,
- ZACCAÏ-REYNERS, Nathalie,
- avec WINKIN, Yves,
https://doi.org/10.3917/herm.brahy.2023.01.0357
Notes
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[1]
Schlegel Jean Louis, « Le « réenchantement » du monde et la quête du sens de la vie dans les nouveaux mouvements religieux », in Y. Tardan-Masquelier (dir.), Les spiritualités au carrefour du monde moderne Paris, Centurion, 1994, p. 86-87.
-
[2]
Henochsberg Michel, La place du marché, Paris, Denoël, 2001.
-
[3]
Cette recherche initiée avec Martin Rosenfeld est soutenue par le Labex « les passés dans le présent ».
-
[4]
« L’objet est à moi, car c’est moi qui l’ai usé ; l’usure du mien, c’est l’envers de ma vie » écrivait Jean Paul Sartre dans L’être et le néant, essai d’ontologie phénoménologique, Paris, Gallimard, 1943, p. 640.
-
[5]
Breton André, Œuvres complètes II, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1992.
-
[6]
Titre de la pièce de théâtre dit « d’objets documentaires » de Benoît Faivre et Tommy Laszlo de la compagnie « La bande passante » créé en 2017. La pièce raconte une enquête menée à partir de l’énigme d’un album de famille trouvé sur le marché aux puces de Bruxelles. Ils ont réalisé une enquête croisée sur l’histoire des personnes de l’album photos et sur certaines zones d’ombre de l’histoire de leurs propres familles auxquelles la première faisait échos.
-
[7]
Debary Octave, De la poubelle au musée. Une anthropologie des restes, Paris, Creaphis, 2019 ; Debary Octave et Tellier Arnaud, « Objets de peu », L’Homme, n° 170, 2004.
-
[8]
Le mot désigne une forme d’humour gouailleur et, par extension, un art de vivre typiquement bruxellois.
-
[9]
Carton de Grammont Sarah, « La reine des Marolles et le Roi des Belges : anonymat et souveraineté populaire », Sigila, n° 43, janvier 2019.
-
[10]
Sciardet Hervé, Les marchands de l’aube. Ethnographie et théorie du commerce aux puces de Saint Ouen, Paris, Economica, 2003.
-
[11]
Le Brol, est un terme belge qui désigne des objets de peu, de la camelote, mais aussi des objets auxquels on tient même s’ils ne valent rien, des objets que l’on garde dans la perspective d’en faire quelque chose. Ils sont investis d’une mémoire qui ne vaut que pour soi ou d’un désir créatif. Ce sont des objets en devenir, qui couvent des possibles. Voir la notice rédigée par Paul Aron, Livia Cahn, Chloé Deligne, Ananda Kohlbrenner, Virginie Milliot, Noémie Pons-Rotbardt, Maria Anita Palumbo, Sophie Richelle, Martin Rosenfeld, Marine Spor, Patrick Wouters dans l’abécédaire de la seconde vie des objets : <https://dvo.hypotheses.org/3242>. Et la version anglaise (traduite par Sasha Newell) <https://dvo.hypotheses.org/abcdaire-de-la-deuxieme-vie-des-objets-abcdario-de-la-segunda-vida-de-los-objetos/brol/brol-english-version>.
-
[12]
Tsing Anna, « Sorting out commodities. How capitalist value is made through gifts », Journal of Ethnographic Theory, 3 (1), 2013, p. 361.
-
[13]
Testart Alain, « Échange marchand, échange non marchand », Revue française de sociologie, n° 4, 2001.
-
[14]
Dassié Véronique, « Affordances sensorielles. De l’objet d’affection au portrait collectif », Anthropologie et sociétés, 44(1), 2020, p. 53-74.
-
[15]
Testart Alain, « Échange marchand, échange non marchand », art. cit., p. 725.
-
[16]
Voir la présentation de « vies de papiers » sur <https://www.youtube.com/watch?v=x20F2zu6lfA>.
-
[17]
Un marchand me confiait ainsi que les objets l’affectaient de plus en plus depuis que sa maman était morte.
-
[18]
Rathje William et Cullen Murphy, Rubbish! The archeology of Garbage, Arizona, UP, 2001.Il a montré que l’étude des déchets, la rudologie, était un moyen heuristique pour saisir la culture matérielle et les modes de vie dans une société de consommation.
-
[19]
Halloy Arnaud et Servais Véronique, « Enchanting gods and dolphins: a cross-cultural analysis of uncanny encounters », Ethos, 42(4), 2014.
-
[20]
Rosenfeld Martin, Car connection. La filière euro-africaine de véhicules d’occasion, Paris, Karthala, 2018.
-
[21]
Anstett Elisabeth et Ortar Nathalie (dir.), La deuxième vie des objets. Recyclage et récupération dans les sociétés modernes, Paris, Pétra, 2015.
-
[22]
Barthes Roland, La chambre claire. Note sur la photographie, Paris, Gallimard, 1979, p. 39.
-
[23]
Dassié Véronique, « Affordances sensorielles. De l’objet d’affection au portrait collectif », op. cit.
-
[24]
Despret Vinciane, Au bonheur des morts : récit de ceux qui restent, Paris, La Découverte, 2016, p. 151.
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[25]
Id.
-
[26]
Ibid., p. 23-24.
La notion de désenchantement désignait pour Max Weber l’une des principales caractéristiques de la civilisation occidentale : la réification du monde.
En allemand, le mot est Entzauberung, et, si on le traduit littéralement, il signifierait que les objets, dans le monde moderne, sont dépouillés de toute aura magique, de tout sens merveilleux, que la nature ou le cosmos, en d’autres termes, deviennent un monde d’objets à étudier, à analyser, à classer, à calculer, à mesurer.
La disqualification des dimensions sensibles, poétiques et spirituelles de l’existence fabrique un monde objectivable où tout peut être évalué, comparé, échangé au regard d’un même étalon. Le marché est à la fois le creuset et le miroir de ce monde désenchanté. Depuis l’espace circonscrit et contrôlé qui lui avait d’abord été aménagé, il n’a cessé de se déployer. Il n’est plus un espace qui ne soit aujourd’hui régi ou réformé par l’impératif de rentabilité entérinant la transmutation de toute chose en marchandise. Parmi la variété des formes spatiales prises par le marché, ceux que l’on nomme « puces » rassemblent depuis le milieu du xixe siècle des chiffonniers faisant commerce d’objets déchus récupérés en bout de cycle. Sur le marché aux puces de la place du Jeu de Balle à Bruxelles, sur lequel je mène une enquête ethnographique depuis 2019, se vendent chaque jour des restes d’existences singulières, des archives intimes, des objets qui sont comme des « envers de vie » tant ils sont patinés par l’usage de ceux qui les ont possédés…
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