7. L’effroi en partage
Pages 233 à 278
Citer ce chapitre
- OUDIN-BASTIDE, Caroline,
- Oudin-Bastide, Caroline.
- Oudin-Bastide, C.
Citer ce chapitre
- Oudin-Bastide, C.
- Oudin-Bastide, Caroline.
- OUDIN-BASTIDE, Caroline,
Notes
-
[1]
Roger Bastide, Les Amériques noires, op. cit., p. 51. Osaim est la divinité yoruba des herbes et des feuilles.
-
[2]
Étienne Rufz de Lavison, « Recherches… », loc. cit., partie I, p. 426.
-
[3]
Ary Broussillon, L’Exécution…, op. cit., p. 39.
-
[4]
Jacques Ricot, Étude sur l’humain et l’inhumain, Pleins feux, Paris, 1998, p. 52.
-
[5]
La revendication des « trois jours » (concession d’un troisième jour réservé au travail pour soi, en sus du samedi et du dimanche) fut maintes fois formulée par les esclaves : la fausse rumeur d’une franchise de trois jours hebdomadaires accordée aux esclaves par le roi et l’Assemblée nationale mais refusée par l’assemblée coloniale et les petits blancs aurait ainsi joué un rôle important dans le déclenchement de l’insurrection à Saint-Domingue en 1791 ; peu de temps avant la révolte du Carbet en 1822, le bruit aurait également couru dans la population servile, selon le gouverneur de la Martinique, que le roi avait accordé « trois jours de repos » par semaine aux esclaves et que les colons s’opposaient à l’exécution de cette décision ; lors des mouvements insurrectionnels de 1831 dans la même île presque tous les ateliers de la colonie demandaient encore, selon le directeur de l’Intérieur, trois « jours de repos » hebdomadaires. Il s’agit pour les esclaves d’obtenir un partage de la valeur ajoutée qui leur soit moins défavorable.
-
[6]
Frantz Fanon, Les Damnés de la terre, La Découverte, Paris, 2002, p. 90.
-
[7]
Voir notamment Germain Saint-Ruf, L’Épopée Delgrès, L’Harmattan, Paris, 1977 et Jacques Adelaïde-Merlande, René Belenus, Frédéric Régent, La Rébellion de la Guadeloupe, 1801-1802, Conseil général de la Guadeloupe/Société d’histoire de la Guadeloupe, Gourbeyre, 2002.
-
[8]
Xavier Eyma, « Les Borgias noirs », in Les Peaux noires, op. cit., p. 114.
-
[9]
P. Jean-Baptiste Du Tertre, Histoire générale des Antilles, op. cit., tome II, p. 511.
-
[10]
Chambre des députés, procès-verbal de la séance du 10 juillet 1939, annexé au Rapport de M.A. de Tocqueville, op. cit., p. 67-68.
-
[11]
Étienne Rufz de Lavison, « Recherches… », loc. cit., partie I, p. 405.
-
[12]
J.-B. Ricord-Madianna, Recherches…, op. cit., p. 44-47 ; Étienne Rufz de Lavison, « Recherches… », op. cit., partie III, p. 363.
-
[13]
Pierre Pluchon, Vaudou, sorciers…, op. cit., p. 155.
-
[14]
Yvan Debbasch, « Le marronnage, essai sur la désertion de l’esclave antillais », L’Année sociologique, 1961, p. 25-26.
-
[15]
Voir Pierre Dessalles, La Vie…, op. cit., tome II, p. 74-75.
-
[16]
Ibid., p. 118.
-
[17]
Victor Schœlcher, Des colonies françaises, op. cit., p. 134.
-
[18]
Pierre Pluchon, Vaudou, sorciers…, op. cit., p. 195.
-
[19]
Cité par Jules Ballet, La Guadeloupe (1890-1896), tome V, Archives départementales, Basse-Terre, 1974, p. 35-36.
-
[20]
Voir Pierre Dessalles, La Vie…, op. cit., tome I, p. 150.
-
[21]
Caroline Oudin-Bastide, La Scandaleuse Affaire Spoutourne, op. cit., p. 61-62 et 118-119.
-
[22]
La première expression est employée par Yvan Debbasch dans « Le marronnage », loc. cit., p. 24 ; la seconde est proposée par Régis Antoine, cité par Jack Corzani, « L’image de l’homme de couleur avant 1848 (Maynard de Queilhe et Levilloux) », in La Période révolutionnaire aux Antilles, GRELCA, p. 182.
-
[23]
J. Levilloux, Les Créoles, op. cit., p. 31.
-
[24]
Xavier Eyma, « Madeleine Jérémie », in Les Peaux noires, op. cit., 1857, p. 113.
-
[25]
Étienne Rufz de Lavison, « Recherches… », op. cit., partie III, p. 404.
-
[26]
Ministère de la Marine et des Colonies, Exposé général…, op. cit., p. 114.
-
[27]
Xavier Eyma, « Les Borgias noirs », in Les Peaux noires, op. cit., p. 128-129.
-
[28]
Marcel Mauss, « Effet physique chez l’individu de l’idée de mort suggérée par la collectivité (Australie, Nouvelle-Zélande) », Sociologie et anthropologie, op. cit., p. 314.
-
[29]
Extrait de la séance du 13 juin 1829 du conseil privé, ANOM SG Guadeloupe c. 111 d. 770.
-
[30]
ANOM corr. gén. Guadeloupe registre 48.
-
[31]
Pierre Dessalles, La Vie…, op. cit., données relevées dans le tome I.
-
[32]
ANOM SG Martinique c. 42 d. 348.
-
[33]
Victor Schœlcher, Des colonies françaises, op. cit., p. 34-37.
-
[34]
P. Labat, Nouveau voyage…, op. cit., tome II, p. 386-387.
-
[35]
Félix Patron, Des noirs, de leur situation dans les colonies françaises par M. F*. P., L’esclavage n’est-il pas un bienfait pour eux et un fardeau pour leurs maîtres ?, Charles Mary, Paris, 1831, p. 15-16.
-
[36]
Ibid., p. 10.
-
[37]
Benoît Duchesne Duvernay, Mémoire sur la Martinique, Paris, Delaunay, 1832, p. 19-20.
-
[38]
Jean Delumeau, La Peur en Occident, op. cit., p. 174-175.
-
[39]
Franck Collard, Le Crime de poison…, op. cit., p. 154.
-
[40]
Observations sur l’économie, en général pour les colonies de l’Amérique, par le marquis de Ségur, habitant et lieutenant du Roi de la Grande-Terre, 1777, ANOM F3 90.
-
[41]
Granier de Cassagnac, Voyage…, op. cit., tome I, p. 300-304.
-
[42]
M. Bertin, correspondant de l’Académie royale de la Chirurgie, « Relations de quelques accidens extraordinaires, observés à la Guadeloupe, sur les Nègres du quartier de la Capesterre, à la suite de l’usage qu’ils ont fait de la chair des animaux morts d’une maladie Épizootique », in Mignot de Montigny, Instructions & Avis aux habitans des Provinces méridionales de la France, impr. royale, Paris, 1775.
-
[43]
François Vallat, « Les épizooties en France de 1700 à 1850 », Histoire des sociétés rurales, nº 15, 1er semestre 2001, p. 90. La survie des spores de Bacillus anthrasis est de l’ordre de 100 ans.
-
[44]
La morve (dermite érysipélateuse accompagnée d’une inflammation sévère des fosses nasales) aggrave du reste la situation de 1827 à 1829, une troisième maladie qui se manifeste par un gonflement de la bouche, de la langue et de l’extrémité inférieure de la tête de l’animal étant par ailleurs observée en 1830.
-
[45]
ANOM Papiers Reiset 170 APOM 5 et 6.
-
[46]
Bertin, « Relations de quelques accidens… », loc. cit., p. 49.
-
[47]
Poyen Sainte-Marie, Exploitation des sucreries…, op. cit., p. 86.
-
[48]
ANOM Papiers Reiset 170 APOM 5.
-
[49]
Outre quelques mesures sanitaires (bains, mise à couvert des bestiaux, isolement des animaux malades), Poyen Sainte-Marie conseille, en vertu des préceptes néohippocratiques mis en application en France au cours des poussées de peste bovine qui ont touché le pays au cours du xviiie siècle (1714-1715, 1742-1748, 1769-1779, 1796), d’évacuer le mal par divers moyens (diète, sétons, purgation, lavements). Après avoir essayé, en 1826-1827, plusieurs traitements (ellébore, sulfure de potasse, alkali volatil) sans succès, Giraud croit pouvoir affirmer que, lorsque la maladie n’est pas trop intense, les bains locaux d’antiputrides tels que le chlorure de sodium, le rhum, le camphre, le vinaigre, le jus de citron ont des effets positifs. S’il essaie, sans résultat, de séparer ses bêtes afin de les préserver d’une éventuelle contagion, il ne fait mention d’aucune mesure sanitaire concernant la destruction des carcasses infectées.
-
[50]
Paul Lavollée, Notes sur les cultures…, op. cit., p. 54.
-
[51]
P. Labat, Nouveau voyage…, op. cit., tome IV, p. 327-328.
-
[52]
Ministère de la Marine et des Colonies, Exposé général…, op. cit., p. 113.
-
[53]
On constate actuellement, en l’absence de traitements, un taux de guérison d’environ 80 %. Frappant des organismes affaiblis par la malnutrition et diverses pathologies, le taux de mortalité était certainement beaucoup plus élevé.
-
[54]
ANOM Papiers Reiset 170 APOM 5.
-
[55]
M. Bertin, « Relations de quelques accidens extraordinaires… », loc. cit., p. 53.
-
[56]
ANOM Papiers Reiset 170 APOM 5.
-
[57]
Cour d’assises de la Pointe-à-Pitre, op. cit. p. 16.
-
[58]
ANOM C8B 14.
-
[59]
G. Debien avance cette hypothèse (« Les esclaves », Histoire des Antilles et de la Guyane, Pierre Pluchon [dir.], Édition Privat, 1982, p. 153) qui est reprise par Geneviève Léti, Santé et société esclavagiste à la Martinique (1802-1848), L’Harmattan, Paris, Montréal, 1998, p. 160. L’ankylostomiase est une infection parasitaire due à des vers de la classe des nématodes. Il est certain que les esclaves souffraient de sévères parasitoses. Tous les malades soignés par Bertin lors de l’épizootie de 1774 étaient infestés de vers.
-
[60]
Pratique très courante dans la population servile, la géophagie était appréhendée par les maîtres comme un vice ou comme une forme de suicide.
-
[61]
Pierre Dessalles, La Vie…, op. cit., tome I, p. 65.
-
[62]
L’article XXII du Code noir définit les obligations du maître en matière d’alimentation.
-
[63]
ANOM corr. gén. registre 48. Sur la concession des jardins et du samedi, voir Caroline Oudin-Bastide, Travail, capitalisme…, op. cit., p. 187-234.
-
[64]
Bien que la mortalité des « nègres nouveaux » soit particulièrement élevée, ils ne sont pas désignés comme les victimes privilégiées des empoisonneurs.
-
[65]
Si l’on se fie aux statistiques fournies par P. Lavollée en 1839, la Guadeloupe aurait au contraire marqué, à l’époque où Pichon écrivait son rapport, un retard à cet égard par rapport à la Martinique : quand la première réservait seulement 6 209 hectares à la culture des vivres, la seconde, moins peuplée, lui consacrait 8 856 hectares. La Guadeloupe aurait d’ailleurs rattrapé son retard au cours de la décennie suivante en augmentant de 63 % sa surface cultivée en vivres quand celle de la Martinique n’augmentait que de 9 % (Paul Lavollée, Notes sur les cultures…, op. cit., p. IV et V).
-
[66]
Xavier Eyma, « Les Borgias noirs », in Les Peaux noires, op. cit., p. 124-125.
-
[67]
Étienne Rufz de Lavison, « Recherches… », loc. cit., partie I, p. 394-395.
-
[68]
Ibid., partie I note p. 418-419.
-
[69]
ANOM Papiers Reiset, 170 APOM 5 et 6.
-
[70]
Sur la nourriture des esclaves, voir Gabriel Debien, Les Esclaves aux Antilles française (xviie-xviiie siècles), Sociétés d’histoire de la Guadeloupe et de la Martinique, Basse-Terre et Fort-de-France, 1974, p. 171-218, et Geneviève Léti, Santé et société esclavagiste, op. cit., p. 147-179.
-
[71]
O. Dutour, T. Romon, Y. Ardagna, C. Tatilon, P. Courtaud, « Paléoépidémiologie de la tuberculose en Guadeloupe : le cimetière d’esclaves de l’Anse Sainte-Marguerite », in L’Homme et ses images, GALF, 2001, p. 361-367.
-
[72]
Christian Schnakenbourg, La Crise du système esclavagiste 1835-1847, L’Harmattan, Paris, 1980, p. 56-57.
-
[73]
Robert Muchembled, Le Roi…, op. cit., p. 146-147.
-
[74]
Courrier de M. Rivière au directeur général, 20 mai 1828, ANOM SG Martinique c. 42 d. 348.
-
[75]
Rapport du directeur de l’Intérieur en conseil privé, 31 août 1838, ANOM SG Martinique c. 42 d. 350.
-
[76]
Rapport du directeur de l’Intérieur en conseil privé, 3 septembre 1838, ANOM SG Martinique c. 42 d. 350.
-
[77]
Rapport du directeur de l’Intérieur en conseil privé, 30 août 1841, ANOM SG Martinique c. 42 d. 350.
-
[78]
Rapport du directeur de l’Intérieur en conseil privé, 23 septembre 1844, ANOM SG Martinique c. 42 d. 350.
-
[79]
Pierre Pluchon, Vaudou, sorciers…, op. cit., p. 226. Marie Kingué fut condamnée à mort par le conseil supérieur du Cap.
-
[80]
Lucy Mair, La Sorcellerie, op. cit., p. 104-105.
-
[81]
Extrait des registres des délibérations de la chambre d’agriculture de la Martinique, Réponse à des propositions du préfet apostolique des missions des R.R.P.P. capucins, 10 juillet 1777, ANOM F3 126.
-
[82]
Paul Dhormoys, Sous les tropiques, op. cit., p. 134-135.
-
[83]
J.-B. Ricord-Madianna, Recherches…, op. cit., p. 52-53. L’auteur indique en note qu’« on donne le nom de nègre de jardin à celui qui fouille la terre dans un atelier. La pièce de cannes à sucre est le jardin ».
-
[84]
Définition extraite de Hector Poullet, Sylviane Telchid, Danièle Montbrand, Dictionnaire créole français, Hatier Antilles, Fort-de-France, 1984.
-
[85]
Cour d’assises de la Pointe-à-Pitre, op. cit. p. 27.
-
[86]
Christiane Bougerol, Une ethnographie des conflits aux Antilles, Jalousie, commérages, sorcellerie, PUF, Paris, 1997, p. 20.
-
[87]
ANOM SG Martinique c. 141 d. 1271.
-
[88]
Franck Degoul, Le Commerce diabolique, op. cit., p. 102. Notons que Michael Mullin constate l’établissement d’un lien identique entre réussite et sorcellerie dans les colonies esclavagistes anglaises (Africa in America, op. cit., p. 177).
-
[89]
Clyde Kluckhohn, « Navaho Witchcraft », in Max Marwick (dir.), Witchcraft and Sorcery, op. cit., p. 228.
-
[90]
Voir à ce sujet Gérard Barthélemy, Le Pays en dehors, essai sur l’univers rural haïtien, Éditions Henri Deschamps, Cidihca, Port-au-Prince, 1989.
-
[91]
Cette croyance peut avoir une influence sur le comportement professionnel des individus. Ainsi, parmi les pêcheurs de la Martinique et de la Guadeloupe, la réussite est à la fois « crainte et désirée », celui qui réussit trop bien pouvant être soupçonné de sorcellerie, tandis que celui qui échoue sera considéré comme une victime de pratiques sorcellaires (Gilles Blanchet, Bertrand Gobert, Jean-Alfred Guérédrat, La Pêche aux Antilles, Martinique et Guadeloupe, IRD Éditions, Paris, 2002, p. 133).
-
[92]
Pierre Dessalles, La Vie…, op. cit., tome I, p. 121.
-
[93]
Poyen Sainte-Marie, Exploitation des sucreries…, op. cit., p. 22-23.
-
[94]
Hannah Arendt, Du mensonge à la violence, Calmann-Lévy, Paris, 1972, p. 151.
-
[95]
On notera que les observateurs du xviiie siècle ne soulignent pas, comme le font fréquemment ceux du siècle suivant, une moindre fréquence du crime d’empoisonnement à la Guadeloupe. Le caractère fragmentaire des sources judiciaires concernant cette période nous empêche d’appréhender avec précision l’ampleur relative du phénomène dans les deux îles.
-
[96]
Voir Jules Ballet, La Guadeloupe, op. cit., tome IV, p. 116.
-
[97]
Louis-Joseph, « Le développement économique des îles », in Historial antillais, op. cit., tome II, p. 293.
-
[98]
La pratique intensive du commerce interlope par les colons de la Guadeloupe – comme d’ailleurs par ceux de la Martinique – amène à relativiser les effets de cette dépendance sur l’économie de l’île.
-
[99]
Les informations qui suivent sont tirées essentiellement de Frédéric Régent, Esclavage…, op. cit., chapitres V, VI, VII.
-
[100]
Le général de division Desfourneaux remplace V. Hugues le 5 juin 1798 ; Jeannet, Bacot et Laveaux, envoyés par le Directoire pour lui succéder à la fin de 1799, sont confirmés dans leurs fonctions par le Consulat.
-
[101]
Auguste Lacour, Histoire de la Guadeloupe, op. cit., tome II, p. 387-388.
-
[102]
Jacques Adelaïde-Merlande, La Caraïbe et la Guyane au temps de la Révolution et de l’Empire, Karthala, Paris, 1992, p. 163.
-
[103]
Auguste Lacour, Histoire de la Guadeloupe, op. cit., tome III, p. 435-436.
-
[104]
Cité par Jacques Adelaïde-Merlande, « L’émancipation peut-elle résulter des réformes ? », in Historial antillais, op. cit., tome III, p. 334.
-
[105]
Frédéric Régent, Esclavage…, op. cit., p. 421.
-
[106]
Jacqueline Picard (introduction, notes et commentaires), Les Kalmankious, Des magistrats indésirables aux Antilles en temps d’abolition, réédition des libelles de Xavier Tanc et Adolphe Juston, Caret, Gosier, Guadeloupe, 1998, p. 36.
-
[107]
Paul Lavollée, Notes sur les cultures…, op. cit., p. 130.
-
[108]
L’ordonnance du 5 janvier 1840 instaura, outre l’obligation de l’instruction religieuse et primaire, le « patronage des esclaves ». Dans son article V la loi ordonnait aux procureurs généraux, aux procureurs du roi et à leurs substituts « de se transporter périodiquement et toutes les fois qu’il y [aurait] lieu, dans les habitations et dans les maisons des villes et des bourgs, afin de s’y assurer de l’exécution des règlements relatifs aux esclaves, et d’y faire toutes les enquêtes et constatations à ce nécessaires ». Les résultats des tournées – mensuelles pour les procureurs du roi, semestrielles pour les procureurs généraux – devaient être consignés dans des rapports détaillés envoyés par les gouverneurs au ministre secrétaire d’État de la Marine.
-
[109]
Les données et citations sur cette question sont tirées de Nelly Schmidt, Abolitionnistes de l’esclavage et réformateurs des colonies, 1820-1851, Karthala, Paris, 2001, p. 301-302, 951-957.
-
[110]
Alain Touraine, Critique de la modernité, Fayard, Paris, 1992, p. 240-242.
À lire le discours de la plupart des colons et administrateurs, le crime d’empoisonnement constitue un élément dysfonctionnel de la société esclavagiste dans la mesure où ses conséquences en gênent l’adaptation ou l’ajustement : en affaiblissant le pouvoir dominical, il en menace l’équilibre. Il marque par contre pour les abolitionnistes le caractère dysfonctionnel du système lui-même dont il prouve en quelque sorte l’anormalité. Aux yeux des uns et des autres il constitue une forme de résistance des esclaves, parfois individuelle mais le plus souvent collective et organisée.
L’équivocité des incriminations – poison et maléfices – l’absence de saisie de grandes quantités de substances toxiques et le manque de preuves de l’existence d’une secte d’empoisonneurs décrédibilisent cependant ce lieu commun. Le fait qu’une telle approche se soit imposée ne laisse cependant pas d’étonner : comment des crimes dont les principales victimes humaines étaient des esclaves ont-ils pu être appréhendés par d’ardents « négrophiles » comme des actes de résistance au système esclavagiste ?
Si l’on admet que le nombre d’accusations portées contre de présumés empoisonneurs est sans commune mesure avec la mortalité réellement induite par l’emploi de toxiques, on est amené à s’interroger sur le sens de ces imputations et des représentations qui les accompagnent. Comme les chasses aux sorcières européennes, la répression du crime d’empoisonnement résulte d’une double pression qui s’exerce, de façon non coordonnée et non nécessairement simultanée, du haut vers le bas de la société mais aussi du bas vers l…
Date de mise en ligne : 16/05/2019
Ce chapitre est en accès conditionnel
Acheter cet ouvrage
16,99 €
Acheter ce chapitre
5,00 €