Chapitre 5
Éric au « trou »
- Par Jean Cartry
- et Paul Fustier
Pages 53 à 56
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- CARTRY, Jean
- et FUSTIER, Paul,
- Cartry, Jean.
- et al.
- Cartry, J.
- et Fustier, P.
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Notes
-
[1]
À propos du travail de la métaphore, voir les écrits de Mannoni et, plus récemment, de Fustier.
Tout petit, Éric était violent, dangereux parfois. Son histoire avec sa mère a très mal commencé. Son histoire avec nous a été tumultueuse : alternances d'explosions violentes hétéro-agressives et de tendresse charmeuse à tonalité très œdipienne. On notera que, vingt ans plus tard, il écrit d'abord le nom de l'éducatrice au début de sa lettre, c'est ensuite seulement qu'il nomme l'éducateur en son jardin. Se souvient-il de l'énorme trou que nous avions creusé ensemble pour planter un rhododendron ? En souhaitant que je me repose, se rappelle-t-il qu'il m'a épuisé ?
Depuis sa dernière visite à la maison, nous savions qu'il retournerait en prison. Nous étions impuissants, désespérés, il s'éloignait de nous dans une fuite en avant vers l'échec.
Pourtant, pendant une année, tout allait mieux, le travail, les amours, la liberté. Sa compagne a fini par avoir peur de ses colères, de sa violence, et l'a quitté.
Pendant les premiers mois de sa nouvelle incarcération, nous sommes restés silencieux, vidés. Et puis, sa présence en nous, que nous avions délibérément refoulée, s'est imposée de nouveau, comme s'il nous tirait par la manche, comme avant, dans une demande enfantine à la fois touchante et tyrannique. Et nous lui avons écrit, malgré lui, malgré nous, malgré tout.
Éric est « revenu ». Il est là dans la maison, dans l'épaisseur de l'ombre, la ténacité immuable d'un visage intériorisé. Rémi et Grégoire, ses jeunes frères, se taisent. Ils se taisent, tétanisés, lorsqu'une lettre de prison arrive…
Date de mise en ligne : 03/03/2016
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