Chapitre 10. Le sacrifice de la forme
- Par France Farago
Pages 163 à 199
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La littérature et la peinture – deux arts pourtant très différents – avaient été pendant de longs siècles unies grâce au dénominateur commun du sujet, du « thème » traité. Il y avait une narrativité de la peinture : Ut pictura poesis. Lessing avec son célèbre Laocoon (1766) avait mis fin à cette osmose, chaque art étant appelé à l’autonomie. Le refus de l’ancienne hiérarchie culturelle qui subordonnait les arts plastiques à ceux de la parole – qui traditionnellement définissait le contenu « cognitif » du sujet – engendre une conception différente de la finalité de la création picturale. Renonçant à s’inspirer d’un modèle extérieur, celle-ci s’éprouve comme modèle logique possible pour un autre type d’activité mentale. Kandinsky n’est pas seul à aborder l’abstraction. Les recherches rythmiques de Kupka, Plans verticaux (1912-1913), Chute (1913), Amorpha chromatique chaude et Amorpha fugue à deux couleurs, toiles exposées au Salon d’Automne de 1912, comptent avec les Fenêtres successives de Delaunay et les toiles rayonnistes de Larionov, en 1912-1913, parmi les premières manifestations de la peinture abstraite. En 1913, Malévitch peint son fameux Carré noir sur fond blanc exposé en 1915 et s’engage dans une réflexion qui le mènera au suprématisme. Mondrian ne parviendra à l’abstraction qu’à l’issue d’expériences longues et complexes, nées du cubisme en 1919-1920. C’est donc de façon délibérée que la peinture s’est affranchie de la primauté du sujet. Il n’y eut aucune précipitation chez ces artistes ; l’accident, le hasard ou le goût du scandale n’interviennent guère…
Date de mise en ligne : 06/05/2022
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