1. Le corps accessoire
- Par David Le Breton
Pages 29 à 56
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- LE BRETON, David,
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- Le Breton, D.
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Notes
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[1]
Les USA connaissent aujourd'hui une profusion de Multiple Personality Disorders (Désordres de la personnalité multiple) dans le domaine de la psychiatrie et de la justice, c'est-à-dire une succession de personnalités habitant le même individu et qui s'imposent à lui, le contraignant à des actions qu'il ne reconnaît pas par la suite (Behr, 1995).
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[2]
Le travestissement est par ailleurs une dimension essentielle du body artmanifestant la volonté de s'affranchir des limites de l'identité sexuelle (Journiac, Luthi, Molinier, Castelli, etc.). Des chanteurs connus jouent également de l'ambiguïté de leur apparence : David Bowie, Boy George, Michael Jackson, etc.). Michael Jackson qui s'est fait remodeler le visage, décrêper les cheveux, éclaircir la peau, etc., est l'exemple saisissant de la manière dont le corps n'est qu'une apparence dont la mise en scène est l'équivalent d'une mise au monde de soi.
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[3]
« La négativité de la douleur (sensation forte et inattendue) n'existe que pour ceux qui manquent de préparation. Si vous en avez suffisamment l'entraînement, la connaissance et la pratique, vous pouvez la dépasser, la transformer ou la changer en ce que vous voulez... C'est ce que je fais quand je me pends avec des crochets dans la peau. Les gens disent : « Cela doit faire terriblement mal ». Je réponds : « Non, c'est extatique, c'est beau » (Re/Search,1989, 13). Nous retrouverons cette fascination de la douleur dans d'autres domaines de pratiques traités dans ce chapitre.
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[4]
Sur Fakir Musafar et sur les Modern Primitives nous renvoyons au dossier de Re/Search (1989).
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[5]
P. Schelde parle ainsi avec ironie de l'acteur Arnold Schwarzenegger, longtemps modèle absolu du body builder : il « est comme la pièce d'une puissante technologie : vous l'emmenez quelque part et vous appuyez sur un bouton et il se met en action, écrit-il. Il est l'ultime corps docile, le corps construit, rehaussé par les stéroïdes, intégrant un esprit également docile : l'ordinateur intelligent qui exécute les programmes mais peu de choses d'autre » (Schlede, 1993, 203).
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[6]
Voir à ce propos les analyses de M. Dery (1998).
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[7]
Nous avons longuement abordé le rapport intime à la douleur musculaire dans les activités physiques et sportives de l'extrême (1991, 1995), nous n'y reviendrons pas ici mais nous retrouvons dans maintes activités sociales ce même passage obligé par la douleur pour fabriquer du sens. La culture sadomasochiste que les punks avaient sorti de ses officines dans l'Angleterre des années soixante-dix, et que la mode a également relayée, connaît également un développement sensible. Il s'agit là aussi de produire une douleur signifiante pour l'acteur dans une relation ritualisée avec un autre.
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[8]
Dans la même logique du corps alter ego, le corps partenaire devient aisément un corps adversaire, notamment dans les activités physiques et sportives de l'extrême, où il s'agit là aussi d'exercer une maîtrise sur soi (Le Breton, 1991, 1995).
Dans nos sociétés la part de bricolage symbolique s'élargit, le réservoir de connaissance et de service à la disposition des individus s'est démesurément étendu. La malléabilité de soi, la plasticité du corps deviennent des lieux communs. L'anatomie n'est plus un destin mais un accessoire de la présence, une matière première à façonner, à redéfinir, à soumettre au design du moment. Le corps est devenu pour nombre de contemporains une représentation provisoire, un gadget, un lieu idéal de mise en scène pour « effets spéciaux ». Depuis une dizaine d'années des millions d'acteurs le transforment en en faisant un emblème. Entre l'homme et son corps, il y a un jeu, au double sens du terme. Une version moderne du dualisme n'oppose plus le corps à l'esprit ou à l’âme mais plus précisément au sujet lui-même. Le corps n'est plus seulement, dans nos sociétés contemporaines, l'assignation à une identité intangible, l'incarnation irréductible du sujet, son être-au-monde mais une construction, une instance de branchement, un terminal, un objet transitoire et manipulable susceptible de maints appariements. Non plus identité à soi, destin de la personne, il est devenu un kit, une somme de parties éventuellement détachables à la disposition d'un individu saisi dans un bricolage sur soi et pour qui justement le corps est la pièce maîtresse de l'affirmation personnelle. Le corps est aujourd'hui un alter ego, un double, un autre soi-même mais disponible à toutes les modifications, preuve radicale et modulable de l'existence personnelle et affichage d'une identité provisoirement ou durablement choisie (Le Breton, 1990)…
Date de mise en ligne : 04/09/2016
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