Chapitre d’ouvrage

Posture

Pages 138 à 139

Citer ce chapitre


  • Rey-Herme, Y.
(2016). Posture. L’abécédaire de la jeunesse et des banlieues : Indignation, propositions (p. 138-139). Champ social. https://shs.cairn.info/l-aabecedaire-de-la-jeunesse-et-des-banlieues--9782353719228-page-138?lang=fr.

  • Rey-Herme, Yves.
« Posture ». L’abécédaire de la jeunesse et des banlieues Indignation, propositions, Champ social, 2016. p.138-139. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/l-aabecedaire-de-la-jeunesse-et-des-banlieues--9782353719228-page-138?lang=fr.

  • REY-HERME, Yves,
2016. Posture. In : L’abécédaire de la jeunesse et des banlieues Indignation, propositions. Nîmes : Champ social. Acteurs sociaux, p.138-139. URL : https://shs.cairn.info/l-aabecedaire-de-la-jeunesse-et-des-banlieues--9782353719228-page-138?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Seingier-Choteau, « Secondes chances » , Editions Au diable Vauvert, 2008.

1 Si chacun s’accorde sur la nécessité d’apporter un soutien aux personnes fragiles, quelques questions reviennent régulièrement : un accompagnement trop poussé ne risque-t-il pas de déresponsabiliser l’usager ? Que faire pour que les personnes désœuvrées depuis longtemps se prennent en main ? Ne faut-il pas parfois les laisser cheminer seules, voire s’enferrer un temps dans leurs difficultés ? Doit-on, à l’inverse, leur apporter parfois un soutien au-delà de ce qu’elles demandent ?

2 De fait, chaque situation d’usager est différente, supposant un traitement au cas par cas. Pourtant, au-delà des spécificités, l’acteur social peut s’imprégner d’une posture professionnelle globale : celle qui fait de lui un catalyseur, un éleveur de conscience, un être encouragement générant la confiance et l’autonomie de la personne accompagnée, restant flexible, dédramatisant les situations, valorisant les plus petites avancées, donnant à voir le verre au quart plein plutôt qu’au trois quarts vide.

3 Pour nourrir cette confiance, il doit être fiable, disant ce qu’il va faire et faisant ce qu’il a dit. Il accompagne en prenant garde à ne pas prendre les décisions à la place de l’usager. Il renvoie des questions, interpelle, confronte l’habitant à ses résignations, le remobilise et ce sans exercer de pression sur un choix ou un autre, considérant la personne comme responsable de sa vie.

4 C’est une posture complexe, régulièrement mise à l’épreuve de nos jugements personnels. Et, l’équilibre à trouver entre l’écoute engagée et neutre n’est pas simple. On se demande parfois comment soutenir la personne accompagnée lorsqu’elle ne tient pas ses engagements. On s’interroge pour décider s’il faut la remobiliser si elle ne donne plus de nouvelles, ou ne vient pas à un rendez-vous pourtant fixé ensemble. S’il ne faut pas laisser du temps au temps et se retirer du jeu un moment, au risque sinon de tomber dans l’excès d’assistance.

5 Or ces questions, aussi compréhensibles soient-elles, n’ont que peu de sens face au public en réel difficulté, car on parle là d’usagers globalement résignés, ayant une faible estime d’eux-mêmes et manquant avant tout de confiance ou de persévérance. Face à ce public, se retirer, c’est renforcer la spirale d’échec dans laquelle il est déjà souvent enfermé. La théorie de la libre adhésion, aboutissant à laisser les personnes en situation d’exclusion ou de fragilité venir à soi, ou ne pas les relancer activement si elles restent dans le silence, trouve là sa limite.

6

« Ce qui fait la différence, c’est de se sentir soutenu, y a quelqu’un derrière qui te pousse. Sinon, dès que t’as un coup de flemme ou un refus, tu te décourages et au final tu peux presque retomber dans la rue. [1]»

7Au début, le besoin d’accompagnement pourra être très élevé. On parle là en effet d’usagers se sentir parfois incapables de rechercher une adresse d’employeur, d’écrire une lettre, de prendre un rendez-vous, voire de consulter une offre d’emploi. Certains n’engagent même plus de démarches pour régler leurs propres problèmes de santé.  Pour eux, chaque démarche apparemment simple pourra sembler être un obstacle infranchissable.

8 Il est ainsi fondamental de questionner leur degré d’autonomie, pour trouver le juste niveau d’accompagnement permettant l’aboutissement de leurs projets, tout en leur laissant l’initiative des démarches à engager pour avancer. 

9 Ce questionnement nous conduira sans doute à aller davantage à la rencontre des usagers les plus fragiles et les plus sensibles, pour les remobiliser plus activement, là où ils habitent.

10 Questions / pistes d’action locale. Quel serait l’intérêt de temps d’échanges renforcés traitant de la posture professionnelle de l’accompagnant social ?


Date de mise en ligne : 01/10/2017