Du fait divers à l’affaire d’État
Sur les effets non voulus du droit à l’information
- Par Pierre Bourdieu
Pages 487 à 489
Citer ce chapitre
- BOURDIEU, Pierre,
- BOURDIEU, Pierre,
- Textes choisis et présentés par DISCEPOLO, Thierry,
- POUPEAU, Franck,
- Bourdieu, Pierre.
- Bourdieu, P.
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- BOURDIEU, Pierre,
- Textes choisis et présentés par DISCEPOLO, Thierry,
- POUPEAU, Franck,
Notes
-
[I]
« Reconnu coupable du viol et du meurtre, le 13 septembre 1993, de la petite Karine, alors âgée de huit ans, Patrick Tissier a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de trente ans, vendredi 30 janvier 1998, à Perpignan, par la cour d’assises des Pyrénées-Orientales » (Le Monde, 2 février 1998, p. 9). [nde]
On peut se faire une idée de la contribution du journalisme à la genèse d’une opinion agissante et efficiente en
suivant le déroulement chronologique d’une affaire, somme
toute assez banale, comme l’« affaire de la petite Karine », simple
fait divers voué à rester confiné dans la rubrique locale d’un
journal régional, qui s’est trouvé peu à peu transformé en véritable affaire d’État par un travail de constitution d’une opinion
collective, publique et légitime, finalement ratifiée par une loi
(la loi sur la réclusion à perpétuité).
Au départ, dans un petit journal local, L’Indépendant de
Perpignan, l’annonce de la disparition de la petite fille (15 septembre 1993), l’« appel pathétique » de sa mère (16 septembre),
l’appel du père à ses amis (19 septembre), l’évocation d’un « suspect », ami de la famille et repris de justice « déjà condamné
deux fois en cour d’assises » (20 septembre), les aveux du meurtrier (22 septembre). Puis, le 23 septembre, un changement de
registre : une déclaration du père de la victime appelant au rétablissement de la peine de mort doublée d’une déclaration dans
le même sens du parrain de Karine, et un éditorial suggérant
que les antécédents du meurtrier « auraient dû entraîner des
mesures définitives pour l’empêcher de récidiver encore ». Le
25, un appel de la famille à la manifestation en faveur d’un projet
de loi durcissant les peines à l’égard des violeurs et des meurtriers d’enfants, l’annonce de la création d’une Association des
amis des parents de Karine dans un petit village voisin et d’un
appel au ministre de l’Intérieur dans un autre…
Date de mise en ligne : 26/11/2025
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