Chapitre d’ouvrage

Du fait divers à l’affaire d’État

Sur les effets non voulus du droit à l’information

Pages 487 à 489

Citer ce chapitre


  • Bourdieu, P.
(2022). Du fait divers à l’affaire d’État Sur les effets non voulus du droit à l’information. Interventions, 1961-2001 : Science sociale et action politique (2e édition, p. 487-489). Agone. https://shs.cairn.info/interventions-1961-2001--9782748904802-page-487?lang=fr.

  • Bourdieu, Pierre.
« Du fait divers à l’affaire d’État : Sur les effets non voulus du droit à l’information ». Interventions, 1961-2001 Science sociale et action politique, Agone, 2022. p.487-489. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/interventions-1961-2001--9782748904802-page-487?lang=fr.

  • BOURDIEU, Pierre,
2022. Du fait divers à l’affaire d’État Sur les effets non voulus du droit à l’information. In :
  • BOURDIEU, Pierre,
  • Textes choisis et présentés par DISCEPOLO, Thierry,
  • POUPEAU, Franck,
Interventions, 1961-2001 Science sociale et action politique. Marseille : Agone. Mémoires sociales, p.487-489. URL : https://shs.cairn.info/interventions-1961-2001--9782748904802-page-487?lang=fr.

Notes

  • [I]
    « Reconnu coupable du viol et du meurtre, le 13 septembre 1993, de la petite Karine, alors âgée de huit ans, Patrick Tissier a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de trente ans, vendredi 30 janvier 1998, à Perpignan, par la cour d’assises des Pyrénées-Orientales » (Le Monde, 2 février 1998, p. 9). [nde]

On peut se faire une idée de la contribution du journalisme à la genèse d’une opinion agissante et efficiente en suivant le déroulement chronologique d’une affaire, somme toute assez banale, comme l’« affaire de la petite Karine », simple fait divers voué à rester confiné dans la rubrique locale d’un journal régional, qui s’est trouvé peu à peu transformé en véritable affaire d’État par un travail de constitution d’une opinion collective, publique et légitime, finalement ratifiée par une loi (la loi sur la réclusion à perpétuité).
Au départ, dans un petit journal local, L’Indépendant de Perpignan, l’annonce de la disparition de la petite fille (15 septembre 1993), l’« appel pathétique » de sa mère (16 septembre), l’appel du père à ses amis (19 septembre), l’évocation d’un « suspect », ami de la famille et repris de justice « déjà condamné deux fois en cour d’assises » (20 septembre), les aveux du meurtrier (22 septembre). Puis, le 23 septembre, un changement de registre : une déclaration du père de la victime appelant au rétablissement de la peine de mort doublée d’une déclaration dans le même sens du parrain de Karine, et un éditorial suggérant que les antécédents du meurtrier « auraient dû entraîner des mesures définitives pour l’empêcher de récidiver encore ». Le 25, un appel de la famille à la manifestation en faveur d’un projet de loi durcissant les peines à l’égard des violeurs et des meurtriers d’enfants, l’annonce de la création d’une Association des amis des parents de Karine dans un petit village voisin et d’un appel au ministre de l’Intérieur dans un autre…


Date de mise en ligne : 26/11/2025

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