Chapitre d’ouvrage

Rawls face aux libertariens

Pages 191 à 218

Citer ce chapitre


  • Van Parijs, P.
(1988). Rawls face aux libertariens. Dans
  • C. Audard
Individu et justice sociale : Autour de John Rawls (p. 191-218). Le Seuil. https://doi.org/10.3917/ls.terre.1988.01.0191.

  • Van Parijs, Philippe.
« Rawls face aux libertariens ». Individu et justice sociale Autour de John Rawls, Le Seuil, 1988. p.191-218. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/individu-et-justice-sociale--9782020098915-page-191?lang=fr.

  • VAN PARIJS, Philippe,
1988. Rawls face aux libertariens. In :
  • AUDARD, Catherine,
Individu et justice sociale Autour de John Rawls. Paris : Le Seuil. Points-Politique, p.191-218. DOI : 10.3917/ls.terre.1988.01.0191. URL : https://shs.cairn.info/individu-et-justice-sociale--9782020098915-page-191?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ls.terre.1988.01.0191


Notes

  • [1]
    Je remercie vivement Nick Booth, Alain Boyer, Ronald Dworkin, Claude Gamel, Serge C. Kolm, Véronique Maumusson, et tout particulièrement John Rawls, pour d’utiles et stimulantes discussions.
  • [2]
    On trouvera une présentation critique de ces diverses solutions libertariennes au problème de l’appropriation originelle, ainsi que toutes les références bibliographiques, dans Van Parijs (1983 : sections 4 et 5).
  • [3]
    Pour un inventaire et une discussion moins sélectifs des objections que Nozick adresse à Rawls, voir notamment, en anglais, Van der Veen (1978), Phillips (1979 : chap.3), Goldman (1980) et Sandel (1982 : chap. 2) ; en français, Livet (1984).
  • [4]
    Pour une discussion plus approfondie de ce point crucial, voir Van der Veen et Van Parijs (1985 : section 1).
  • [5]
    Les deux références de page séparées par un trait oblique renvoient respectivement à l’édition anglaise de la Théorie de la justice et à son excellente traduction française par Catherine Audard, dont je m’écarte ici – exceptionnellement – quelque peu.
  • [6]
    Voir aussi Rawls (1971 :179/209).
  • [7]
    Qu’elle puisse le faire n’implique bien sûr pas qu’il soit dans son intérêt de le faire. En particulier, une politique ne laissant pas aux travailleurs des revenus suffisants pour qu’ils puissent poursuivre leur travail serait légitime selon ce principe. Elle n’en serait pas moins inopportune.
  • [8]
    Ce caractère radicalement subjectif de la conception libertarienne de la valeur (bien plus subjective, par exemple, que la conception néo-classique de la valeur) est bien mis en évidence par Steiner (1987 : section 1).
  • [9]
    Je m’écarte ici de la terminologie utilisée par Rawls, qui formule un contraste analogue en opposant la liberté et sa valeur : « Parmi les contraintes définissant la liberté, on compte parfois l’incapacité de tirer profit des droits et des possibilités offertes, qui résulte de la pauvreté et de l’ignorance, et, d’une manière générale, d’un manque de moyens. Ce n’est pas cependant mon point de vue, je pense plutôt (I shall not, however, say this, but rather) que ces données affectent la valeur de la liberté, la valeur, pour des individus, des droits définis par le premier principe » (Rawls 1971 : 204/240).
  • [10]
    Au titre d’illustration anecdotique, voir par exemple le harcèlement de David Friedman par Robert Nozick relaté dans Van Parijs (1984 : 257-258).
  • [11]
    Pour un aperçu de l’état actuel de la discussion, voir Van der Veen et Van Parijs (1986), et Van Parijs (1987).
  • [12]
    Le passage le plus clair sur ce point se trouve à la fin de la préface de l’édition française de la Théorie de la justice (Rawls 1987 b : 13-14). A noter que ni la « démocratie de propriétaires » ni la maximisation de l’allocation universelle ne préjugent, par définition, du choix entre capitalisme et socialisme.
  • [13]
    Pour l’ancienne définition, voir Rawls (1971 : 62/93, 92/122) ; pour la nouvelle, Rawls (1982 : section III ; 1987a : section 4B ; et surtout 1987b : 11).

La liberté – la liberté de chacun de mener sa vie comme il l’entend – est la seule valeur qui importe, ou du moins la seule qui importe lorsqu’il s’agit de définir la structure de base de la société : tel est le noyau de la position libertarienne. Souvent exprimé sous la forme négative d’un principe de non-agression ou de non-interférence, ce noyau fait nécessairement appel à une notion de propriété. Sauf harmonie préétablie, en effet, une société dont les membres seraient libres de faire tout ce qu’ils veulent est un non-sens. Ma liberté de manipuler cette pipe se heurte à votre liberté de la fumer ; ma liberté d’épouser, mettons, Catherine Deneuve se heurte à sa liberté de me préférer – qui sait ? – Jean-Paul Belmondo. Pour rendre cohérente l’idée d’une société libre – d’une société d’hommes et de femmes libres – , il est impératif de rendre les libertés compatibles en définissant des territoires au sein desquels chaque liberté particulière peut s’exercer souverainement. C’est ce que réalise le système des droits de propriété : droit de propriété de chacun sur son propre corps, et droit de propriété sur des objets extérieurs acquis (ou créés à partir d’objets acquis) en vertu de leur transfert volontaire de la part de la personne qui en était antérieurement propriétaire.
Pareille conception est parfaitement cohérente. Mais elle est incomplète sur un point crucial. Il existe en effet – ou à tout le moins il a existé – des objets qui ne sont la propriété d’aucun être humain : ce sont les ressources naturelles…


Date de mise en ligne : 16/03/2016

https://doi.org/10.3917/ls.terre.1988.01.0191

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