Chapitre 1. Un monde anéanti
- Par Josef Joffe
Pages 9 à 29
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Notes
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[I]
Lors du blocus berlinois de 1948-1949, l’Union soviétique avait interdit tout trafic terrestre avec Berlin-Ouest (partie de la ville occupée par les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France), escomptant que les secteurs occidentaux affamés finiraient par se soumettre : un pont aérien anglo-américain les sauva tout en évitant une confrontation militaire. Nikita Khrouchtchev recourut à un stratagème plus subtil quand il lança en 1958 son ultimatum relatif à Berlin : il laissa entendre qu’il pourrait placer les voies d’accès à l’enclave occidentale sous le contrôle de ses satrapes est-allemands, ce qui aurait pu forcer l’Occident à choisir entre la soumission et l’acte de tirer les premiers coups de feu de la « Troisième Guerre mondiale ». (Cette menace ne fut jamais mise à exécution.) Après la construction du mur de Berlin, les chars soviétiques et américains se firent face pendant des semaines de chaque côté de la frontière, mais leurs canons demeurèrent silencieux
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[II]
Inspirée par l’essai de Stanley Hoffmann Gulliver’s Troubles, or the Setting of American Foreign Policy (New York, McGraw-Hill, 1968) [trad. fr. par R. Coryell et P. Rocheron, Gulliver empêtré, essai sur la politique étrangère des États-Unis, Paris, Seuil, 1971], cette métaphore évoque un géant amical plutôt qu’apeuré, mais qui n’inquiète pas moins du fait de sa stature. Ce titre renvoie aux Voyages de Gulliver publiés en 1726 par Jonathan Swift : cette satire déguisée en récit de mésaventures tourne autour des périples de Lemuel Gulliver, chirurgien engagé sur un navire qui fait naufrage. Dans le livre I, ce personnage se retrouve sur l’île de Lilliput où il s’aperçoit à son réveil qu’on l’a attaché au sol par mille liens ; une fois le prisonnier libéré, sa force énorme aide les Lilliputiens, hauts de six pouces seulement, à gagner une guerre et à signer un traité de paix, mais Gulliver s’oppose ensuite aux mœurs locales et échappe de justesse à un nouvel esclavage.
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[III]
Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse, Livre I, chap. XXIII, Paris, Garnier Frères, 1966, p. 43, trad. par Jean Voilquin (NdT).
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[IV]
Commandant suprême des forces alliées en Europe (NdT).
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[V]
Cette force nucléaire multilatérale aurait dû consister dans une flotte de navires de surface équipés de missiles Polaris et dont les équi-pages seraient provenus des divers membres de l’OTAN. Loin de permettre aux alliés non nucléarisés des États-Unis d’influer sur la stratégie nucléaire, ce projet n’était qu’un tour de passe-passe dans la mesure où la décision de lancement appartenait aux Américains uniquement.
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[VI]
Appelée « French and Indian Wars » aux États-Unis, cette guerre – le premier conflit global – fut livrée en Amérique du Nord, en Europe et en Inde en même temps que sur tous les océans.
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[VII]
Dans L’Odyssée d’Homère, les cyclopes sont de féroces cannibales. Enfermé avec ses compagnons dans la caverne de Polyphème, Ulysse échappe à la mort en crevant l’œil unique de son ravisseur.
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[1]
« The Sources of Soviet Conduct », Foreign Affairs, juillet 1947, p. 575. Cet article portait sur le « Long télégramme » que l’auteur avait adressé au Département d’État depuis Moscou le 22 février 1946.
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[2]
De la démocratie en Amérique, Paris, GF Flammarion, 1981, t. I, p. 540-541.
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[3]
Cité in « Gorbachev and Kohl Strike NATO Deal », New York Times, 17 juillet 1990, p. 1.
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[4]
Cité in « Soviets Accept Wall’s Fall, Not Reunification », Washington Post, 10 novembre 1989, p. A23.
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[5]
Archie Brown, « Gorbachev and the End of the Cold War », in Richard K. Herrmann et Richard Ned Lebow (éd.), Ending the Cold War, New York, Palgrave Macmillan, 2004, p. 49.
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[6]
Gorbatchev l’a rappelé dans ses Mémoires, publiés pour la première fois en allemand sous le titre Erinnerungen, Berlin, Siedler, 1995, p. 926 ; trad. fr. par Gallia Ackerman, Michel Secinski et Pierre Lorraine, Mémoires : une vie et des réformes, Monaco, Éd. du Rocher, 1997.
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[7]
Milovan Djilas, Conversations with Stalin, trad. par Michael B. Petrovitch, New York, Harcourt, Brace and World, 1962, p. 114 ; trad. fr. par Yves Massip, Conversations avec Staline, Paris, Gallimard, 1962, p. 127.
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[8]
« Radio and television address to the American people by president Kennedy on the nuclear test ban treaty, July 26, 1963 », The American Presidency Project, http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=9360&st=&st1=
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[9]
Pour des commentaires plus élaborés, voir mon article « America’s European pacifier », Foreign Policy, printemps 1984.
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[10]
« Shaping the world for 100 years to come », 1er septembre 1976, in Kiron K. Skinner et al. (éd.), Reagan, in His Own Hand, New York, Free Press, 2001, p. 10 ; trad. fr. par Guy Millière, Écrits personnels : les textes manuscrits de Ronald Reagan qui révèlent sa vision révolutionnaire pour l’Amérique et pour le monde, Monaco, Éd. du Rocher, 2002, p. 40.
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[11]
Hubert Védrine, Dominique Moïsi, Les Cartes de la France à l’heure de la mondialisation. Dialogue avec Dominique Moisi, Paris, Fayard, 2000, p. 9.
Le Noël de 1991 a sonné le glas du plus vaste empire que le monde ait jamais connu. Si précisément daté que soit ce décès, sa portée historique n’a guère été comprise sur le moment. Le suicide de l’Union soviétique n’a pas seulement envoyé un cadavre de plus au cimetière des empires où tant de rêves grandioses s’étaient depuis longtemps transformés en poussière – de Rome à Byzance, de l’empire des Habsbourg au Reich hitlérien. L’autodissolution de l’Union soviétique a constitué l’un des événements les plus rares de l’évolution du système des États : une transformation de la scène même sur laquelle la politique mondiale se joue. Les conséquences, en particulier pour la politique étrangère américaine, ont été capitales, et elles continueront à se faire sentir tout au long du xxie siècle.
La disparition de l’URSS est le point de départ de ce livre, puisqu’il tente de faire la lumière, avant tout, sur ce que le passage révolutionnaire de la « bipolarité » à l’« unipolarité », de la dominance à deux à la primauté d’un seul, a entraîné : en quoi cette rupture a-t-elle influé sur le comportement des États-Unis et du reste du monde ? Ensuite, cet ouvrage essaiera de cerner le rôle que l’Amérique devrait jouer sur cette scène, maintenant que les règles simples mais inflexibles de la guerre froide ont disparu en même temps que l’ordre bipolaire qui les avait engendrées. Ces règles avaient défini – ou dicté, plutôt – la haute stratégie américaine durant un demi-siècle, personne ne les ayant formulées plus concisément que George F…
Date de mise en ligne : 21/07/2022
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